Transmission d'entreprise familiale et succession en Suisse romande
Vous dirigez une PME en Suisse romande et envisagez votre retraite ? La remise de votre commerce à vos enfants, à un associé ou à un tiers implique le droit des successions, le droit des sociétés et souvent le droit matrimonial. L’équipe JuriUp vous détaille les étapes pour anticiper cette transition, éviter les litiges entre héritiers et assurer la pérennité de votre activité dans les cantons de Vaud, Valais, Fribourg, Jura, Neuchâtel et Genève.
Article mis à jour le 27 janvier 2026
La situation type de l’entrepreneur romand
« Je suis fondateur d’une PME familiale active depuis plus de 25 ans dans le canton de Vaud. L’un de mes enfants travaille déjà dans l’entreprise et souhaite la reprendre, alors que les autres ont choisi des voies différentes. Je veux transmettre la société sans créer de sentiment d'injustice ni de conflit au sein de la fratrie, tout en protégeant mon épouse. Comment organiser ma succession pour garantir la pérennité de l'activité selon le droit suisse ? »
Équipe JuriUp
Rédaction juridique JuriUp, en collaboration avec des avocats et notaires partenaires spécialisés en droit des successions et transmission d'entreprises en Suisse romande.
L'analyse de l’équipe JuriUp
En Suisse, la transmission d’une entreprise familiale ne se limite pas à un transfert d'actions ou de parts sociales. Elle impacte directement la répartition de votre future succession, les droits de votre conjoint et les réserves héréditaires de vos enfants. Sans une planification rigoureuse, le risque de blocage décisionnel ou de liquidation forcée de la société pour payer les parts des héritiers est réel.
1. Enjeux juridiques de la transmission de société en Suisse
Le droit suisse des successions protège vos héritiers légaux (conjoint, enfants) en leur garantissant une part minimale de votre patrimoine, appelée réserve héréditaire. Votre entreprise fait partie de ce patrimoine. En l'absence de dispositions spécifiques, la société peut se retrouver :- en indivision entre plusieurs héritiers aux intérêts divergents,
- confrontée à des exigences de rachat de parts immédiat par les héritiers non repreneurs,
- contrainte à la vente ou à la liquidation pour désintéresser les membres de la famille.
- garantir la continuité opérationnelle de la société,
- désigner sans équivoque le ou les repreneurs,
- respecter l'égalité de traitement ou les réserves des héritiers selon le Code civil,
- éviter les conflits futurs entre les enfants actifs dans la société et ceux qui ne le sont pas,
- assurer la sécurité financière du conjoint survivant après le décès.
2. Organiser la succession : pacte successoral et régimes matrimoniaux
La planification d'une transmission d'entreprise nécessite souvent de combiner plusieurs instruments juridiques : le pacte successoral, le testament et le contrat de mariage.2.1 Le testament : un outil parfois limité
Le testament permet d'attribuer la quotité disponible (la part de votre patrimoine dont vous disposez librement) à la personne de votre choix, par exemple l'enfant repreneur. Cependant, le testament seul ne suffit pas toujours car :- il reste soumis au respect strict des réserves héréditaires,
- il ne permet pas de fixer une valeur contraignante pour l'entreprise avec l'accord des héritiers,
- il n'offre pas la même sécurité juridique qu'un accord signé par toutes les parties.
2.2 Le pacte successoral : la solution privilégiée
En droit suisse, le pacte successoral est un contrat conclu devant notaire entre le futur défunt et ses héritiers. C'est l'instrument le plus sûr pour transmettre une PME car il permet :- d'attribuer l'entreprise à un héritier spécifique avec l'accord des autres,
- de convenir d'une méthode de valorisation de la société (valeur de rendement, valeur intrinsèque) acceptée par tous,
- d'obtenir la renonciation des autres héritiers à leur réserve concernant l'entreprise, souvent moyennant une compensation financière (soulte),
- de figer ces accords pour éviter toute contestation future au moment du décès.
2.3 Le contrat de mariage : protéger le conjoint
Si vous êtes marié, la liquidation du régime matrimonial précède le partage de la succession. Il est crucial de déterminer si votre entreprise constitue un acquêt (bien acquis pendant le mariage) ou un bien propre. Un contrat de mariage peut permettre :- d'attribuer l'entier du bénéfice de l'union conjugale au conjoint survivant,
- de sortir l'entreprise du partage matrimonial pour faciliter sa transmission aux enfants,
- de sécuriser les revenus du conjoint sans mettre en péril la trésorerie de la société.
3. Transmettre une société familiale sans léser les héritiers réservataires
Le sentiment d'inégalité est le moteur principal des conflits familiaux. L'enfant qui reprend l'entreprise prend un risque entrepreneurial, tandis que les autres peuvent se sentir désavantagés s'ils reçoivent des actifs moins dynamiques. Il faut donc équilibrer les lots.3.1 La valorisation de l'entreprise
La valeur retenue pour la société dans le partage successoral est déterminante. Pour éviter les litiges, il est recommandé de :- faire réaliser une évaluation objective par un expert neutre ou une fiduciaire,
- inscrire la méthode de calcul retenue dans le pacte successoral,
- distinguer la valeur vénale (prix du marché) de la valeur de rendement, souvent plus pertinente pour une PME familiale.
3.2 Les mécanismes de compensation (soulte)
Si la valeur de l'entreprise dépasse la part d'héritage de l'enfant repreneur, celui-ci devra indemniser ses frères et sœurs (verser une soulte). Pour que cela soit supportable :- le pacte successoral peut prévoir un paiement échelonné sur plusieurs années,
- le repreneur peut contracter un prêt bancaire spécifique au rachat,
- les autres héritiers peuvent recevoir d'autres biens du patrimoine (immobilier, titres) pour compenser.
3.3 Adapter la gouvernance de la société
Au-delà de l'aspect successoral, il faut adapter les documents sociaux :- convention d'actionnaires : pour gérer les droits de vote, les dividendes et les options de sortie si plusieurs enfants héritent de parts,
- statuts : pour introduire des clauses d'agrément permettant de contrôler l'entrée de nouveaux actionnaires (par exemple en cas de décès d'un associé).
4. Particularités pratiques dans les cantons romands
Bien que le Code civil soit fédéral, la fiscalité successorale et les pratiques notariales varient selon les cantons (Vaud, Genève, Valais, Neuchâtel, Fribourg, Jura).- Fiscalité : La plupart des cantons romands exonèrent d'impôt les successions en ligne directe (parents-enfants) et entre époux. Toutefois, des exceptions existent et les donations du vivant peuvent être traitées différemment.
- Spécificités agricoles : La Loi fédérale sur le droit foncier rural (LDFR) impose des règles très strictes pour la transmission des exploitations agricoles (désignation de l'héritier capable, valeur de rendement), fréquentes dans les cantons de Vaud et Fribourg.
5. Sécuriser votre planification successorale avec JuriUp
La transmission d'une entreprise exige une double compétence : notariale (pour les actes authentiques) et juridique (droit des affaires, contrats). JuriUp facilite cette démarche complexe. Notre plateforme vous permet :- de trouver un notaire ou un avocat spécialisé en transmission d'entreprise dans votre région,
- d'organiser une vision globale incluant votre régime matrimonial, votre succession et les statuts de votre société,
- de préparer les actes essentiels (pacte successoral, testament, convention d'actionnaires) avec un expert vérifié.
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Consultez également nos autres guides juridiques pour entrepreneurs en Suisse :
Points clés à retenir
Démarches recommandées pour l'entrepreneur
- Audit de la situation : Analyser la structure de la société, le régime matrimonial et la composition du patrimoine privé.
- Dialogue familial : Clarifier qui souhaite reprendre l'activité et qui préfère une compensation financière.
- Valorisation : Faire estimer la valeur de l'entreprise par un expert neutre.
- Rédaction des actes : Établir un projet de pacte successoral et de contrat de mariage avec un notaire ou un avocat spécialisé.
- Signature : Signer les actes en la forme authentique devant notaire, avec tous les héritiers concernés.
- Mise à jour : Adapter les statuts de la société et la convention d'actionnaires pour refléter la nouvelle organisation.
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Questions fréquentes
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Puis-je donner mon entreprise à un seul de mes enfants ?
Oui, mais vous devez respecter les réserves héréditaires des autres enfants et de votre conjoint. Si la valeur de l'entreprise dépasse la part disponible, l'enfant repreneur devra verser une soulte (compensation) aux autres héritiers. Le pacte successoral permet de régler ces montants et d'obtenir l'accord des frères et sœurs pour éviter tout litige ultérieur.
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Quel est le rôle du notaire dans la transmission d'une SA ou Sàrl ?
Le notaire est indispensable pour instrumenter les actes nécessitant la forme authentique, comme le pacte successoral, le contrat de mariage ou certaines modifications des statuts de la société. Il garantit la validité juridique des documents et conseille les parties sur la portée de leurs engagements. JuriUp peut vous orienter vers des notaires spécialisés en droit des affaires.
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Quand faut-il commencer à planifier sa succession d'entrepreneur ?
L'idéal est de commencer 5 à 10 ans avant la retraite envisagée. Cela laisse le temps de former le successeur, d'accumuler les liquidités nécessaires pour désintéresser les autres héritiers et d'optimiser la structure fiscale de l'opération. Une planification tardive réduit souvent les options disponibles.
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Que se passe-t-il si je décède sans avoir rien prévu pour ma société ?
L'entreprise tombe dans la masse successorale commune. Tous vos héritiers en deviennent propriétaires en commun (hoirie). Les décisions doivent alors être prises à l'unanimité, ce qui peut paralyser la gestion en cas de désaccord. Si les héritiers ne s'entendent pas, l'entreprise risque d'être vendue ou liquidée pour permettre le partage de l'héritage.
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Combien coûte la mise en relation avec un expert via JuriUp ?
La création de dossier et la mise en relation via JuriUp sont gratuites pour les entrepreneurs. Vous ne rémunérez que l'avocat ou le notaire que vous choisissez de mandater pour traiter votre dossier.
Sources juridiques et liens utiles
- Code civil suisse (Droit des successions) - Fedlex
- Portail PME de la Confédération - Succession d'entreprise
- Tribunal fédéral - Jurisprudence en droit successoral
- État de Vaud - Fiscalité des successions et donations
- République et Canton de Genève - Informations fiscales
- Canton du Valais - Registre du commerce et notariat