Voisin qui filme votre balcon ou votre porte en Suisse romande : que faire et comment obtenir l’arrêt
Caméra de porte, interphone connecté, caméra sur un balcon, ou dispositif bricolé dans le couloir. Quand un voisin vous filme, la situation devient vite anxiogène, et vous ne savez pas toujours si c’est légal, quoi dire, ni quoi garder comme preuve. Voici une approche prudente, concrète et adaptée à la Suisse romande pour comprendre vos options et agir sans vous exposer inutilement.
La question posée
« Un voisin a installé une caméra qui semble filmer ma porte d’appartement, et parfois on dirait que mon balcon est dans le champ. Je ne sais pas si ça enregistre, ni combien de temps. Je me sens surveillé. Que puis-je faire en Suisse romande, et comment prouver ce qui se passe si le voisin nie tout ? »
Équipe JuriUp
Équipe de rédaction et de contenu juridique JuriUp, en collaboration avec des avocats partenaires (droit du voisinage, droit du bail, protection des données).
La réponse de l’équipe JuriUp
En Suisse, une caméra installée par un voisin peut être admissible dans certains cas, par exemple pour protéger un accès, un local privé ou un bien. Le problème commence souvent quand la caméra dépasse ce besoin et capte des zones où d’autres personnes doivent pouvoir circuler ou vivre tranquillement, comme un palier commun, une porte d’appartement voisine, un balcon d’en face, ou des espaces communs d’un immeuble. La bonne stratégie consiste à agir vite, mais proprement, en sécurisant des preuves simples, puis en visant d’abord une correction technique ou un accord écrit.
1. Quand une caméra de voisin pose problème
Sans entrer dans des détails trop rigides, la législation suisse et les principes de protection de la personnalité et des données vont généralement dans la même direction. Plus une caméra identifie des personnes et enregistre leur quotidien, plus les exigences sont strictes. Les situations qui déclenchent le plus souvent un conflit en immeuble ou en PPE sont les suivantes :- La caméra filme une zone commune, comme un couloir, une cage d’escalier, l’entrée commune, ou l’accès aux caves.
- La caméra est orientée vers votre porte, ce qui permet de savoir quand vous sortez, quand vous recevez des visites, ou qui vous accompagne.
- La caméra capte votre balcon, votre terrasse, votre jardin privatif ou l’intérieur par une fenêtre.
- Il n’y a aucune information claire sur l’existence de la caméra, son responsable, et ce qui est fait des images.
- Le dispositif enregistre le son, ce qui est souvent beaucoup plus intrusif que l’image.
- La conservation des images paraît excessive, ou le voisin partage des extraits dans un groupe d’immeuble ou sur les réseaux.
Attention : Même si la caméra est posée sur un espace privé du voisin, c’est l’angle, le champ filmé et l’usage réel qui comptent souvent. Le simple fait de dire « c’est chez moi » ne suffit pas toujours si d’autres personnes sont visées ou identifiables.
2. Les bons réflexes avant de confronter votre voisin
Quand on se sent filmé, le premier réflexe est souvent de sonner chez le voisin ou de lui écrire sous le coup de l’émotion. Dans la pratique, cela peut vous mettre en difficulté si le voisin devient agressif, s’il détruit des éléments, ou s’il tente de retourner la situation. Une approche plus sûre consiste à clarifier les faits, puis à faire une demande simple et traçable.- Essayez d’identifier ce qui est visible : type d’appareil, position, présence d’une LED, orientation, éventuel micro.
- Notez depuis quand cela existe, et à quels moments vous avez eu le sentiment d’être filmé.
- Évitez les accusations pénales dans un premier message. Restez factuel.
- Si vous êtes locataire, relisez le règlement de maison, et gardez une copie du bail et des annexes.
3. Quelles preuves garder si vous êtes filmé
Les preuves utiles sont souvent très simples. Le point clé est de pouvoir montrer que la caméra existe, où elle se trouve, et pourquoi vous estimez qu’elle vous vise. Gardez des éléments propres, datés et cohérents, sans vous mettre en tort. En pratique, vous pouvez constituer un dossier de preuves avec :- Des photos et vidéos depuis des zones où vous avez le droit de vous trouver, montrant l’emplacement et l’orientation apparente de la caméra.
- Des captures d’écran si le voisin publie des images ou en parle dans un canal écrit, par exemple un email ou un groupe de copropriétaires.
- Un journal chronologique, avec dates, heures, et description concise des faits (installation, changements d’orientation, échanges, incidents).
- Des témoignages de voisins, si d’autres personnes se sentent aussi visées, idéalement avec une description factuelle et datée.
- Vos courriers ou emails envoyés et reçus, et les réponses, y compris les silences.
Sur la preuve et la prudence
Évitez les manœuvres intrusives, comme essayer d’accéder au réseau Wi-Fi du voisin, toucher l’appareil ou entrer sur son balcon. Si vous avez un doute sur ce que vous pouvez filmer ou utiliser comme élément de preuve, un avocat spécialisé peut vous aider à choisir une méthode sûre, surtout si vous envisagez ensuite une démarche formelle.
4. Demander l’arrêt ou la correction, sans escalade
Dans beaucoup de cas, la sortie la plus efficace est une correction technique. Réorienter la caméra, ajouter un masque de confidentialité, réduire le champ, désactiver le son, limiter l’enregistrement ou supprimer la fonction de détection sur les zones sensibles. L’objectif est de rendre la surveillance proportionnée et ciblée. Une démarche en deux temps fonctionne souvent :- Un premier message calme et écrit, demandant une clarification, puis une correction de l’angle si votre porte, votre balcon ou des parties communes sont dans le champ.
- Si la réponse est négative, une demande plus formelle, éventuellement avec copie à la régie, à l’administration de PPE ou au propriétaire, selon votre situation.
Conseil : Demandez une réponse écrite. Dans un conflit de voisinage, le « je vous ai dit de vive voix » ne protège pas. Un email ou une lettre simple suffit souvent au début, et vous gardez une trace.
5. Si la situation dégénère : régie, PPE, conciliation, police
Quand la discussion bloque, le bon interlocuteur dépend de votre situation. En location, la régie ou le bailleur peut intervenir si le dispositif touche les parties communes, le règlement, ou la tranquillité des occupants. En PPE, l’administration et l’assemblée des copropriétaires ont souvent un rôle central, surtout si l’installation se trouve sur une partie commune ou affecte l’usage commun. Si le conflit devient plus dur, par exemple menaces, harcèlement, intimidation, ou diffusion d’images, il peut être nécessaire de considérer une démarche plus formelle. Selon la situation, cela peut passer par des voies civiles, et parfois par une démarche pénale. Comme les risques et les effets varient fortement d’un canton à l’autre, il est préférable de valider votre stratégie avec un avocat spécialisé avant de vous lancer. Si vous êtes convoqué par la police, ou si vous devez faire une déclaration comme témoin ou prévenu, préparez-vous avec méthode. Vous pouvez aussi consulter notre ressource sur la convocation par la police en Suisse et le déroulement d’une audition. Et si le conflit s’inscrit dans une gestion plus large de l’immeuble, gardez une logique de dossier, comme vous le feriez pour d’autres problèmes du logement. Par exemple, la méthode de documentation ressemble à celle qu’on conseille dans un cas de fuite d’eau dans un appartement loué, même si le sujet juridique est différent.Les points clés à retenir
Démarches recommandées
- Observez et notez les faits : où est la caméra, que filme-t-elle selon vous, depuis quand, et avec quel impact.
- Constituez un mini-dossier : photos, captures, journal daté, échanges écrits.
- Envoyez une demande écrite factuelle au voisin, en demandant clarification et correction de l’angle si votre porte, votre balcon ou des parties communes sont captés.
- Si vous êtes locataire, informez la régie ou le bailleur si les parties communes ou le règlement sont concernés.
- Si vous êtes en PPE, contactez l’administration et vérifiez les décisions ou règlements internes applicables.
- En cas de blocage, demandez un avis juridique ciblé pour choisir la bonne voie selon votre canton et votre objectif (arrêt, retrait, accord écrit, démarche formelle).
Vous voulez faire arrêter la caméra sans vous tromper de démarche ?
Sur JuriUp, vous décrivez votre situation en quelques minutes. Nous vous mettons gratuitement en relation avec un avocat spécialisé ou un juriste adapté à votre canton et à votre contexte, location ou PPE, conflit de voisinage, protection des données. Vous gagnez du temps, vous clarifiez vos options, et vous avancez avec une stratégie solide.
Vous pouvez aussi parcourir nos contenus sur le blog JuriUp pour mieux comprendre vos droits en Suisse romande.
Questions fréquentes
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Mon voisin a le droit de filmer le palier ou le couloir de l’immeuble ?
En règle générale, filmer des parties communes pose plus souvent problème que filmer un espace strictement privé, surtout si des voisins sont identifiables. La réponse dépend ensuite du champ exact, de l’objectif, du réglage, et des règles internes de l’immeuble, en particulier en PPE. Si vous hésitez, un avis d’avocat spécialisé via JuriUp vous permet d’évaluer rapidement la situation dans votre canton.
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Et si la caméra ne filme pas vraiment, mais qu’elle est dirigée vers ma porte ?
Même sans certitude sur l’enregistrement, l’effet de surveillance peut être vécu comme une atteinte à votre sphère privée. Dans la pratique, on demande souvent au moins une correction d’angle ou une limitation technique, pour éviter que votre porte ou vos visites soient dans le champ. Documentez l’orientation et demandez une clarification écrite.
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Quelles preuves sont les plus utiles pour faire cesser la situation ?
Des photos datées montrant l’emplacement et l’orientation, un journal chronologique, et tous les échanges écrits sont souvent les éléments les plus convaincants. Si d’autres voisins sont concernés, des témoignages factuels peuvent aussi aider. En cas de doute sur la manière de constituer les preuves, demandez une stratégie à un avocat spécialisé via JuriUp.
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Dois-je appeler la police si je me sens filmé ?
Cela dépend du contexte. Si vous êtes face à une urgence, une menace ou une situation de harcèlement, il peut être nécessaire de solliciter les autorités. Pour un conflit de voisinage « classique », une démarche écrite et une intervention de la régie ou de l’administration de PPE sont souvent un premier pas plus proportionné. Si vous envisagez une démarche pénale, validez d’abord votre dossier et votre approche avec un avocat spécialisé.
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JuriUp peut-il m’aider même si je ne sais pas encore quelle procédure choisir ?
Oui. Vous décrivez votre situation, puis JuriUp vous met en relation avec un expert juridique adapté. L’objectif est de clarifier rapidement vos options, les risques, et la démarche la plus efficace selon votre canton, sans perdre des semaines à chercher au hasard.



