Course de rue, rodéo urbain, vidéo sur Snapchat : que risquez-vous vraiment et comment préparer votre défense
Une accélération filmée, un départ arrêté au feu, un “rodéo” de nuit dans le canton de Genève ou dans le canton de Vaud, et tout peut s’emballer. En Suisse romande, ces situations déclenchent souvent une procédure pénale et une procédure administrative en parallèle. Voici une approche pratique, sans dramatiser, pour savoir comment réagir, quoi documenter et quand vous faire assister par un avocat spécialisé.
La question posée
« J’ai été contrôlé après une accélération et une “petite course” avec une autre voiture. Un ami a posté une vidéo sur Snapchat. Je suis convoqué par la police, et on me parle aussi d’un retrait de permis. Qu’est-ce que je risque vraiment en Suisse romande, et comment me défendre sans aggraver la situation ? »
Équipe JuriUp
Équipe de rédaction et de contenu juridique JuriUp, en collaboration avec des avocats partenaires en droit de la circulation et défense pénale.
La réponse de l’équipe JuriUp
En Suisse, une course improvisée ou un rodéo urbain n’est pas seulement un “écart de conduite”. Selon les circonstances, les autorités peuvent viser des infractions liées à la mise en danger de la circulation, à la vitesse, aux manoeuvres interdites, ou à un comportement téméraire. Et surtout, vous pouvez faire face à deux volets distincts, une procédure pénale et des mesures administratives sur le permis. Quand une vidéo circule sur Snapchat, Instagram ou ailleurs, la situation se complique souvent, car l’image devient un élément de preuve, parfois interprété contre vous.
1. Course de rue et rodéo urbain, de quoi parle-t-on juridiquement
Les termes “course de rue” et “rodéo urbain” sont des expressions courantes, utilisées par les médias et parfois dans le langage policier. Juridiquement, ce qui compte, ce sont les faits concrets et la manière dont ils sont qualifiés selon la législation suisse, notamment en lien avec la circulation routière et, selon les cas, le droit pénal. Les comportements typiques qui attirent l’attention des autorités en Suisse romande ressemblent souvent à ceci:- départs arrêtés agressifs, “duels” à un feu ou à une entrée d’autoroute
- accélérations répétées en zone urbaine, slaloms, dépassements risqués
- drifts, demi-tours, burnouts ou démonstrations de maîtrise du véhicule
- conduite en cortège avec provocation, klaxons, appels de phares, arrêt volontaire de la circulation
- mise en scène pour filmer, y compris passager qui filme ou véhicule suiveur
Point d’attention :
Même si vous estimez ne pas avoir “fait la course”, les autorités se basent souvent sur un ensemble d’indices. Par exemple, la simultanéité des accélérations, la répétition, la présence d’une vidéo, puis le danger créé pour les autres usagers.2. Deux procédures en parallèle: pénal et mesures administratives
En pratique, dans le canton de Genève, dans le canton de Vaud ou dans le canton du Valais, un dossier de “course” ou de “rodéo” peut avancer sur deux rails: la procédure pénale et la procédure administrative liée au permis. Ce point surprend beaucoup de personnes, car une décision sur le permis peut tomber même si la procédure pénale n’est pas terminée, selon la situation et l’appréciation du risque. Concrètement, vous pouvez être confronté à:- une audition ou convocation policière, puis un traitement par le ministère public
- des actes d’enquête, comme l’analyse d’une vidéo, des auditions de témoins, ou une demande d’expertise
- des mesures administratives, par l’autorité compétente en matière de circulation routière, pouvant impacter votre droit de conduire
3. Ce qui peut vous incriminer: vidéo, témoins, données techniques
Dans ce type de dossier, il est fréquent que la preuve ne repose pas uniquement sur un radar. La combinaison de plusieurs éléments est souvent utilisée. Et une vidéo sur Snapchat, même supprimée ensuite, peut laisser des traces, par exemple via des enregistrements, des captures d’écran ou des transferts. Les éléments typiques qui reviennent dans les dossiers en Suisse romande:- vidéo et audio, y compris commentaires, légendes, emojis, géolocalisation et horodatage visibles
- témoignages d’autres automobilistes, riverains, passagers, ou agents de police
- constats sur place, marques de pneus, trajectoires, distances, configuration des lieux
- données du véhicule, selon le modèle et ce qui est accessible légalement dans le cadre de la procédure
- données de téléphone, si elles sont exploitées selon les règles applicables, ce qui peut dépendre du dossier et des décisions de l’autorité
- caméras de surveillance, par exemple sur parkings, stations-service, ou axes routiers, si des images existent et sont obtenues dans le cadre légal
4. Ce qui peut vous aider: preuves à conserver et réflexes utiles
Se défendre ne veut pas dire nier automatiquement. Se défendre, c’est souvent documenter ce qui s’est passé, replacer les faits dans leur contexte, puis éviter les raccourcis. Dans les dossiers liés à la circulation, le détail compte, la visibilité, la densité de trafic, la configuration des voies, puis la chronologie exacte. Voici des éléments qui peuvent parfois aider, selon votre situation:- photos du lieu, prises rapidement, montrant la signalisation, les voies, la luminosité, l’état de la chaussée
- identité et coordonnées de témoins neutres, si quelqu’un a réellement vu la scène
- chronologie écrite de votre soirée ou trajet, rédigée à froid, sans exagération
- données d’itinéraire ou de navigation, si elles existent, sans les altérer
- éléments montrant votre situation personnelle, par exemple nécessité du permis pour l’activité, sans prétendre que cela annule le risque
Réflexe utile
Évitez de “nettoyer” votre téléphone ou vos comptes de réseaux sociaux après les faits. Dans la plupart des cas, cela ne fait pas disparaître une preuve déjà partagée, et cela peut être perçu très négativement. Si vous avez un doute sur ce que vous pouvez ou devez conserver, le plus sûr est de demander un avis à un avocat spécialisé avant de faire quoi que ce soit.
5. Comment réagir dès le contrôle ou la convocation
Le moment du contrôle ou de la convocation est souvent le plus délicat, parce que vous êtes sous stress. Pourtant, c’est là que se joue la suite. L’objectif est simple, ne pas vous enfoncer et ne pas vous contredire. Dans la pratique, gardez ces points en tête:- restez calme et factuel, sans chercher à convaincre sur place
- ne “complétez” pas l’histoire avec des suppositions, surtout si vous n’êtes pas sûr
- évitez les phrases du type “on rigolait”, “on a fait exprès”, “on a filmé pour faire le buzz”
- demandez clairement de quoi on vous accuse et ce qui est retenu, puis notez les éléments
- si vous êtes convoqué, préparez-vous comme pour un examen, avec une chronologie et vos pièces
Ce qui change tout :
votre première version. Une déclaration spontanée, mal formulée, peut ensuite être utilisée comme base, même si vous la “corrigez” plus tard. Si le dossier évoque une course de rue ou un comportement très dangereux, l’assistance d’un avocat spécialisé dès le début est souvent décisive.6. Préparer une défense crédible, sans vous piéger
Une défense crédible, en droit de la circulation, se construit généralement autour de trois axes: la qualification des faits, la preuve, puis la proportion des conséquences. L’objectif n’est pas de “raconter une meilleure histoire”, mais de vérifier si les autorités ont des preuves solides, si l’interprétation est correcte, et si certains éléments atténuants existent réellement. Selon les dossiers, un avocat spécialisé va souvent regarder:- si la vidéo montre vraiment ce que l’on prétend, ou si l’angle et le montage trompent sur la vitesse et la distance
- si la scène est identifiée avec certitude, lieu, date, conducteur, véhicule
- si les conditions de circulation et le danger concret sont établis, pas seulement supposés
- si des contradictions existent entre témoins, images et constatations
- comment coordonner la stratégie entre pénal et permis, car l’un peut impacter l’autre
Vous êtes visé par une “course” ou un “rodéo” filmé ?
Sur JuriUp, vous pouvez décrire votre situation de manière confidentielle et être mis en relation, gratuitement, avec un avocat spécialisé en droit de la circulation dans votre canton. Vous gagnez du temps, vous évitez les erreurs de départ, et vous obtenez un avis concret sur la meilleure stratégie.
Les points clés à retenir
Démarches recommandées
- Notez une chronologie précise des faits dès que possible, sans exagérer et sans combler les trous.
- Conservez les éléments utiles (convocation, documents, messages, informations sur la vidéo), sans modification.
- Documentez le lieu si c’est encore pertinent, avec photos de la signalisation et de la configuration des voies.
- Identifiez des témoins si vous en avez, idéalement neutres, et notez leurs coordonnées.
- Évitez de commenter l’affaire sur les réseaux sociaux ou dans des groupes, même “pour vous expliquer”.
- Demandez rapidement un avis à un avocat spécialisé, surtout si la police parle de course, de mise en danger, ou de retrait de permis.
Questions fréquentes
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Est-ce qu’une vidéo Snapchat suffit pour me condamner ?
Tout dépend du contenu, de la qualité, de l’identification du conducteur et du véhicule, puis de la manière dont la scène est interprétée. En Suisse, les autorités apprécient généralement l’ensemble des preuves, pas uniquement un extrait. Si une vidéo existe, un avocat spécialisé peut évaluer si elle prouve réellement ce qui est allégué et comment la contester ou la contextualiser.
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Pourquoi parle-t-on d’un retrait de permis alors que je n’ai pas encore été condamné ?
En Suisse, les mesures sur le permis relèvent d’une procédure administrative distincte. Selon les circonstances, l’autorité peut estimer qu’il y a un risque pour la sécurité routière et agir. Chaque dossier est différent, et les pratiques peuvent varier d’un canton à l’autre, d’où l’intérêt d’un avis rapide sur votre situation.
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Je n’étais pas le conducteur, mais je suis sur la vidéo. Est-ce un problème ?
Cela peut devenir un problème si les autorités cherchent à identifier qui conduisait ou qui a organisé la scène. Le fait d’être passager ou de filmer ne signifie pas automatiquement que vous êtes poursuivi comme conducteur, mais cela peut vous impliquer comme témoin, ou vous exposer à des questions. Si vous êtes convoqué, il est prudent de vous faire conseiller avant l’audition.
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Est-ce utile de contacter un avocat avant l’audition par la police ?
Oui, dans de nombreux cas, surtout si l’on évoque une course de rue, un comportement dangereux ou une mise en danger. Un avocat spécialisé peut vous aider à préparer une version claire, éviter les formulations qui se retournent contre vous et organiser les pièces utiles. Sur JuriUp, vous pouvez créer un dossier gratuit et être orienté rapidement vers le bon expert juridique.
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Comment trouver rapidement un avocat spécialisé en droit de la circulation dans mon canton ?
Le plus simple est de passer par JuriUp. Vous décrivez votre situation en quelques lignes, puis vous êtes mis en relation avec un avocat spécialisé adapté à votre dossier et à votre canton. Vous pouvez démarrer ici: trouver un avocat via JuriUp.
Sources officielles
- Fedlex, Recueil systématique du droit fédéral (textes officiels, dont la législation sur la circulation routière)
- Administration fédérale, informations institutionnelles et accès aux autorités fédérales
- Tribunal fédéral, accès aux informations et à la jurisprudence
- République et canton de Genève, informations et services officiels
- Canton de Vaud, informations et services officiels
- Canton du Valais, informations et services officiels