Sous-location non autorisée : comment récupérer votre logement en Suisse romande
Airbnb, location à la chambre, sous-locataire qui s’installe durablement sans que vous n’ayez jamais donné votre accord. Quand la sous-location est cachée, l’enjeu n’est pas seulement de “reprendre les clés”, c’est de sécuriser les preuves et de choisir la bonne stratégie pour éviter un dossier attaquable devant l’autorité de conciliation. Voici une méthode concrète, pensée pour les bailleurs dans le canton de Genève, dans le canton de Vaud, dans le canton de Fribourg, dans le canton du Valais, dans le canton de Neuchâtel et dans le canton du Jura.
La question posée
« Je suis bailleur en Suisse romande. Je soupçonne que mon locataire sous-loue sans autorisation, possiblement via Airbnb, ou qu’il a installé un sous-locataire de manière permanente. Je veux récupérer mon logement. Quelles preuves réunir, quel courrier envoyer, et à quel moment envisager une résiliation sans prendre le risque de me faire contester ? »
Équipe JuriUp
Équipe de rédaction et de contenu juridique JuriUp, en collaboration avec des avocats partenaires en droit du bail en Suisse romande.
La réponse de l’équipe JuriUp
En Suisse, la sous-location n’est pas forcément interdite, mais elle est en principe soumise à des conditions et, dans la pratique, elle doit être annoncée au bailleur de manière transparente. Quand la sous-location est dissimulée, votre priorité n’est pas de “faire un coup d’éclat”, mais de construire un dossier propre avec des preuves vérifiables et des courriers cohérents. Cela augmente nettement vos chances si le dossier passe en conciliation, puis devant un tribunal.
1. Identifier si vous êtes face à une sous-location non autorisée
En pratique, on voit souvent trois scénarios chez les bailleurs en Suisse romande.- Sous-location “type Airbnb” avec des rotations fréquentes, boîtes à clés, annonces en ligne et voisins qui signalent des allées et venues inhabituelles.
- Location à la chambre avec un tiers qui vit sur place et utilise durablement les parties communes.
- Sous-locataire permanent alors que le locataire principal semble absent une grande partie du temps, voire a déménagé.
2. Réunir des preuves solides sans vous mettre en tort
Un bon dossier repose sur des éléments concrets, datés et recoupables. En parallèle, il faut éviter tout ce qui pourrait être perçu comme une atteinte à la sphère privée ou une “surveillance” excessive. Si vous hésitez, faites valider la méthode par un avocat spécialisé, car un dossier “sale” peut se retourner contre vous.Attention : Évitez les méthodes intrusives. Dans la plupart des cas, entrer dans le logement sans droit, forcer une visite ou installer des dispositifs de surveillance fragilise le dossier et peut vous exposer à un conflit plus large.
- Captures d’écran d’annonces avec URL, date, photos, calendrier de disponibilité et, si possible, éléments identifiant le logement (sans manipulation).
- Constats et observations factuelles : photos des éléments visibles depuis les parties communes, présence d’une boîte à clés dans les espaces communs, affichage d’instructions d’arrivée.
- Témoignages de voisins sous forme de notes datées, factuelles, sans interprétation. Idéalement, plusieurs témoignages concordants.
- Échanges écrits : courriels, messages, lettres du locataire où il admet des séjours de tiers, des “amis” récurrents, ou des locations de courte durée.
- Éléments de cohérence : nom sur la boîte aux lettres, changements répétés d’occupants, plaintes récurrentes liées au bruit ou à la sécurité, toujours documentées.
3. Envoyer un courrier utile et “auditable”
Avant de parler résiliation, vous avez souvent intérêt à envoyer un courrier structuré qui vise trois objectifs : obtenir des informations, fixer une position claire, puis vous ménager une preuve de votre démarche.Ce que votre courrier devrait contenir, en termes simples
- Les faits observés, décrits de manière neutre, avec dates et éléments concrets.
- Une demande écrite d’explications et d’informations sur l’occupation du logement.
- Une demande expresse que toute sous-location soit annoncée et soumise à votre accord, avec conditions (durée, identité du sous-locataire, loyer, etc.).
- Une exigence claire de mettre fin à toute sous-location non annoncée si elle est confirmée.
- Un délai raisonnable pour répondre, sans inventer un délai légal précis.
- La mention que vous vous réservez le droit d’entreprendre les démarches prévues par le droit du bail si la situation persiste.
4. Choisir la bonne option : régulariser, exiger la fin, ou résilier
Une fois que vous avez des éléments suffisants et, idéalement, une réponse du locataire, trois voies se présentent généralement selon la législation suisse et la pratique.Option A : régulariser si la sous-location est acceptable
Dans certains cas, vous ne cherchez pas à “reprendre” le logement, mais à reprendre la main. Une régularisation écrite peut parfois résoudre le problème, à condition d’avoir une transparence complète sur l’identité de l’occupant, la durée et les conditions financières.Option B : exiger la cessation de la sous-location
Si la sous-location vous pose problème, par exemple rotations fréquentes, nuisances, risques de sécurité, usage contraire au bail, vous pouvez exiger qu’elle cesse. Cette étape est souvent utile avant une résiliation, car elle démontre que vous avez laissé une chance de corriger la situation.Option C : envisager une résiliation
La résiliation liée à une sous-location non autorisée est un sujet sensible. Selon les circonstances, elle peut être contestée, et la procédure commence souvent devant l’autorité de conciliation compétente dans votre canton. C’est précisément le moment où un avocat spécialisé fait la différence, car la stratégie dépend beaucoup du dossier, des preuves et de la chronologie.Réflexe qui protège votre dossier
Avant d’envoyer une résiliation, faites relire votre dossier et votre projet de courrier par un expert juridique. Avec JuriUp, vous pouvez trouver un avocat spécialisé en droit du bail dans votre canton, avec une approche orientée preuves, risques et résultat.
5. Éviter les erreurs qui rendent le dossier attaquable
Dans les litiges de sous-location non autorisée, beaucoup de dossiers se fragilisent pour des raisons évitables. Voici les erreurs que l’on retrouve le plus souvent.- Agir trop vite sans preuves : résilier “sur impression” alors que les faits ne sont pas documentés.
- Mélanger des reproches : sous-location, nuisances, défaut d’entretien, tout dans la même lettre, sans structure ni pièces.
- Se contredire : tolérer implicitement pendant des mois, puis changer brutalement de position sans explication écrite.
- Utiliser des formulations accusatoires : “fraude”, “escroquerie”, “illégal”, alors que vous n’avez pas de constat clair.
- Se tromper de destinataire : oublier qu’en principe, votre interlocuteur contractuel reste le locataire principal.
- Oublier l’angle “procédure” : si le locataire conteste, votre chronologie et vos pièces doivent “tenir” devant l’autorité de conciliation.
6. Et si le logement est sur Airbnb : réflexes pratiques
Avec les plateformes, le problème est souvent la volatilité. Une annonce disparaît, un compte change de nom, les preuves s’évaporent. Voici des réflexes pragmatiques, sans tomber dans l’intrusif.- Conserver des captures d’écran complètes : page, photos, descriptif, conditions, calendrier, profil, et date visible si possible.
- Documenter la concordance : éléments uniques de l’appartement visibles sur les photos, sans vous mettre en situation de violation du domicile.
- Recouper avec des faits neutres : rotations signalées par les voisins, codes de boîte à clés, plaintes datées.
- Éviter la mise en scène : se faire passer pour un client, réserver pour “piéger”, ou provoquer une situation peut compliquer le dossier selon les circonstances.
Les points clés à retenir
Démarches recommandées
- Rassembler les éléments objectifs : captures d’écran, dates, témoignages, photos des parties communes, échanges écrits.
- Mettre vos faits au propre dans une chronologie simple, avec une pièce ou un exemple pour chaque point important.
- Envoyer un courrier écrit au locataire principal pour demander explications et informations, puis exiger la régularisation ou la cessation.
- Conserver une trace de tous les envois et de toutes les réponses.
- Évaluer la stratégie : régularisation, exigence de fin, ou préparation d’une résiliation en tenant compte du risque de contestation.
- Se faire accompagner si le locataire refuse, si les preuves sont fragiles ou si la situation dégénère.
Vous voulez récupérer votre logement sans fragiliser votre dossier ?
Décrivez votre situation et téléversez vos preuves. JuriUp vous met gratuitement en relation avec un avocat spécialisé en droit du bail dans votre canton, pour sécuriser vos courriers et choisir la stratégie la plus solide face à une sous-location non autorisée.
Questions fréquentes
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Puis-je résilier immédiatement si je découvre une sous-location non annoncée ?
Cela dépend des circonstances et de la manière dont la sous-location se présente. En pratique, beaucoup de dossiers se traitent d’abord par un courrier demandant des explications et exigeant la cessation ou la régularisation. Si vous envisagez une résiliation, faites valider votre base factuelle et votre chronologie par un avocat spécialisé, car une contestation devant l’autorité de conciliation est fréquente.
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Quelles preuves fonctionnent le mieux contre une sous-location type Airbnb ?
Généralement, les captures d’écran datées de l’annonce, recoupées avec des faits observables et des témoignages factuels, sont les plus utiles. L’objectif est de montrer une concordance claire entre l’annonce et votre logement, sans démarches intrusives.
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Dois-je m’adresser au sous-locataire ou uniquement au locataire principal ?
Dans la plupart des cas, votre interlocuteur contractuel est le locataire principal, car c’est lui qui est partie au bail. Pour éviter les erreurs, privilégiez des échanges écrits avec le locataire principal et faites cadrer la communication par un expert juridique si la situation est tendue.
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Que se passe-t-il si le locataire conteste et refuse de mettre fin à la sous-location ?
En Suisse romande, de nombreux litiges locatifs passent d’abord par l’autorité de conciliation compétente dans le canton concerné. Un dossier bien documenté et des courriers cohérents augmentent vos chances de trouver une issue, par accord ou par décision ultérieure. JuriUp peut vous orienter vers un avocat spécialisé pour sécuriser cette étape.
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Comment JuriUp peut-il m’aider concrètement dans mon canton ?
Vous décrivez votre situation en quelques minutes, puis JuriUp vous met en relation gratuitement avec un avocat spécialisé en droit du bail qui pratique en Suisse romande. Vous gagnez du temps et vous évitez les courriers approximatifs qui fragilisent le dossier.



