Sous-traitant impayé sur un chantier : sécuriser ses preuves et agir sans se faire sortir du site
Sur un chantier, la pression est souvent maximale quand la facture n’est pas payée. Vous devez continuer à avancer, rester “dans les bons papiers”, et en même temps protéger vos droits. Voici une stratégie concrète, pensée pour la Suisse romande, afin de verrouiller vos preuves, négocier de manière intelligente et préparer la suite sans vous tirer une balle dans le pied.
La question posée
« Je suis sous-traitant sur un chantier dans le canton de Genève. L’entreprise principale me doit plusieurs factures. On me dit que “le maître d’ouvrage n’a pas payé” et on me met la pression pour continuer. J’ai peur qu’on me sorte du chantier si je insiste. Comment sécuriser mes preuves de prestations, relancer efficacement et préparer une action sans me faire bloquer l’accès au site ? »
Équipe JuriUp
Équipe de rédaction juridique JuriUp, en collaboration avec des avocats partenaires actifs en droit de la construction, contrats et recouvrement.
La réponse de l’équipe JuriUp
Quand vous êtes sous-traitant impayé, le réflexe naturel est d’augmenter la pression. Sur un chantier en Suisse romande, c’est souvent là que la situation se retourne contre vous, avec un badge désactivé, un accès refusé, ou une “fin de mission” justifiée par des motifs opérationnels. Votre meilleur levier, c’est une approche en deux axes : sécuriser les preuves de votre prestation puis cadencer votre communication de façon à rendre le non-paiement difficile à contester, tout en réduisant le risque de représailles.
1. Comprendre ce qui vous fragilise sur un chantier
Dans la plupart des cas, vous êtes lié par un contrat de sous-traitance avec l’entreprise principale. Le maître d’ouvrage n’est pas forcément votre cocontractant. Résultat, l’argument “nous n’avons pas été payés” revient souvent, même si cela ne règle pas votre problème de trésorerie. Le nœud du dossier se joue presque toujours sur deux questions très concrètes.- Qu’est-ce qui a été commandé exactement, et par qui, sur le chantier (travaux, quantités, variantes, urgences).
- Qu’est-ce qui a été réalisé et accepté, même de manière informelle (avancement, levée de remarques, mise en service, remise des clés techniques).
À retenir : Votre objectif n’est pas de “gagner un débat” au téléphone. Votre objectif est de rendre votre dossier documenté, chronologique, et vérifiable, pour qu’un expert juridique puisse agir vite si nécessaire, et pour que l’entreprise principale comprenne que vous êtes prêt.
2. Sécuriser vos preuves sans attendre
Si vous sentez que le paiement dérape, ne vous contentez pas de votre facture. Une facture démontre une demande de paiement, pas forcément l’acceptation de la prestation. En Suisse, dans les litiges de sous-traitance, ce sont souvent les traces d’exécution qui font la différence.Votre check-list de preuves “chantier” Conservez le tout dans un dossier unique, avec dates et versions. Idéalement, exportez en PDF et sauvegardez hors de votre téléphone.
- Contrat, offre acceptée, bons de commande, conditions générales, et tout avenant.
- Plans, détails techniques, e-mails et messages qui valident une variante ou une urgence.
- Journal de chantier ou rapports journaliers, même si vous les rédigez vous-même, avec heures, zones, effectifs et tâches.
- Photos et vidéos datées, avec repères visuels (pièce, niveau, local technique, numéros de portes, zones).
- Procès-verbaux de séance, listes de points, remarques, levées de réserves.
- Signatures de réception partielle, feuilles de régie, fiches d’heures et tickets de livraison.
- Accès chantier, badges, feuilles de présence, bons d’entrée, ou attestations d’intervention.
- Échanges sur la coordination, par exemple “OK pour poser aujourd’hui” ou “validez la modification”.
“Suite à notre échange de ce jour sur le chantier, nous confirmons l’exécution des travaux suivants : [liste courte], zone [x], date [x]. Merci de nous confirmer par retour si vous avez une réserve. À défaut de retour, nous considérons ces éléments comme validés pour facturation.”
3. Obtenir des validations simples et exploitables
Dans la vraie vie, obtenir une signature formelle est parfois impossible. Vous pouvez quand même construire une validation “utile”, en vous appuyant sur les habitudes de chantier.- Demandez une validation sur un support léger, comme “OK” par e-mail, ou un retour sur un PDF de feuille de régie.
- Après une séance, renvoyez un résumé avec les points réalisés et les points acceptés, et demandez une correction si nécessaire.
- Si une zone est livrée ou mise en service, documentez le moment, les présents et l’absence de réserve majeure.
- Pour les variantes, faites confirmer au minimum le principe, puis le chiffrage ou la méthode, même en deux temps.
4. Relancer et négocier sans perdre la main
L’objectif d’une relance n’est pas seulement d’obtenir une promesse de paiement. C’est de fixer un cadre. Vous cherchez à obtenir une date, un motif clair, et un engagement écrit, tout en restant factuel.- Relance 1: rappel courtois, avec récapitulatif des factures et des prestations liées.
- Relance 2: demande de position écrite, avec proposition de plan de paiement si la trésorerie est le vrai sujet.
- Relance 3: mise en demeure formelle, sous réserve d’un examen de votre contrat et des usages applicables.
Astuce qui change souvent la dynamique
Quand vous envoyez une relance, joignez une pièce claire, par exemple un tableau d’avancement avec photos et dates, et une liste des validations obtenues. Vous montrez que vous êtes organisé, et vous réduisez l’espace de contestation. Si vous voulez sécuriser le ton et les formulations, décrivez votre situation via JuriUp et un avocat spécialisé peut vous aider à préparer un courrier solide, adapté à votre canton.
5. Limiter le risque de “sortie de chantier”
Le point délicat, c’est que vous voulez être payé sans donner un prétexte à une exclusion du chantier. Les accès et la coordination sont souvent contrôlés par l’entreprise principale, parfois avec des règles de sécurité et de planification strictes. Plutôt que de faire un bras de fer frontal, adoptez une stratégie de protection.- Continuez à documenter vos prestations, même si l’ambiance se tend, et évitez les échanges uniquement verbaux.
- Évitez les menaces générales. Préférez des phrases factuelles, comme “nous devons clarifier le paiement avant d’engager des ressources supplémentaires”.
- Annoncez par écrit vos contraintes, par exemple “sans confirmation de paiement, nous ne pouvons pas commander certains matériaux”.
- Si on vous retire l’accès, demandez une confirmation écrite du motif. Gardez le message neutre et orienté solution.
6. Quand passer à l’étape juridique
Si vous avez des preuves solides et que la partie adverse se contente de “gagner du temps”, vous pouvez envisager une escalade. Les étapes exactes dépendent du contrat, du canton, et de la situation, mais les options les plus fréquentes en Suisse sont les suivantes.- Mise en demeure structurée, avec rappel des prestations, pièces jointes, et demande d’une position écrite.
- Négociation assistée par un avocat spécialisé, pour obtenir un accord écrit, un calendrier et des garanties.
- Procédures de recouvrement et action civile, en tenant compte des règles de compétence et des exigences de preuve.
Vous êtes sous-traitant impayé et vous voulez une stratégie sans faux pas ?
Avec JuriUp, vous décrivez votre situation en quelques minutes, puis nous vous mettons gratuitement en relation avec un expert juridique adapté à votre dossier en Suisse romande, notamment dans le canton de Genève et dans le canton de Vaud. Vous gagnez du temps, vous clarifiez vos options, et vous évitez les démarches inutiles.
Les points clés à retenir
Plan d’action en 48 heures
- Centralisez vos pièces dans un dossier unique (contrat, factures, validations, photos, PV, feuilles de régie).
- Écrivez un résumé chronologique de la commande à aujourd’hui, avec dates, zones, quantités et personnes impliquées.
- Envoyez un e-mail de confirmation des prestations réalisées cette semaine, et demandez un retour en cas de réserve.
- Relancez avec un tableau clair des factures, montants et prestations associées, puis demandez une date de paiement ou un plan concret.
- Anticipez le scénario “accès bloqué” en demandant que toute décision opérationnelle vous soit confirmée par écrit.
- Si aucune réponse sérieuse n’arrive, préparez une démarche juridique avec un avocat spécialisé via JuriUp, afin d’éviter les erreurs de timing et de ton.
Questions fréquentes
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Puis-je contacter directement le maître d’ouvrage si l’entreprise principale ne paye pas ?
Cela dépend de votre contrat et de l’organisation du chantier. Dans beaucoup de situations, votre lien principal est avec l’entreprise principale, et un contact direct peut être mal perçu, voire conflictuel. Si vous envisagez cette démarche, faites-la de manière cadrée et documentée, et demandez un avis à un avocat spécialisé via JuriUp pour éviter de créer un risque contractuel inutile.
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Les messages WhatsApp et les photos comptent-ils comme preuve en Suisse ?
En pratique, ces éléments peuvent être utiles pour reconstituer les faits, surtout s’ils sont cohérents avec d’autres pièces, comme des e-mails, des procès-verbaux, des feuilles de régie ou des livraisons. La force probante dépend du contexte et des contestations. Pour maximiser l’efficacité, sauvegardez, datez, et reliez chaque élément à une prestation précise.
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Est-ce risqué d’arrêter les travaux si je ne suis pas payé ?
Oui, cela peut être risqué. Selon la législation suisse, votre contrat, et les circonstances, un arrêt peut être interprété comme un retard ou une inexécution, avec des conséquences financières. Avant d’en arriver là, sécurisez vos preuves, formalisez vos relances, et faites valider la stratégie par un avocat spécialisé via JuriUp.
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Que dois-je mettre dans une mise en demeure pour une facture impayée de chantier en Suisse romande ?
En général, vous devez identifier clairement les parties, les prestations, les factures, et joindre les preuves principales. Vous demandez un paiement dans un délai raisonnable et vous annoncez les suites possibles en cas de non-paiement, de façon factuelle. Les formulations et la stratégie doivent être adaptées à votre dossier, notamment si des prestations sont contestées. JuriUp peut vous orienter vers un avocat spécialisé pour rédiger un courrier adapté à votre situation.



