Preuve illicite en suisse
Une preuve illicite est un élément probatoire obtenu en violation du droit matériel, dont l'admissibilité en justice est soumise à de très strictes conditions légales.
Définition et explication
Dans le système judiciaire suisse, la présentation d’une preuve obtenue de manière illégale soulève le problème de son admissibilité devant les tribunaux. Le traitement de la pièce diffèrera fortement selon le domaine du droit applicable.
- En procédure civile (Art. 152 al. 2 CPC) : Le juge civil refuse en principe toute preuve illicite. Il ne la prendra en considération que si l’intérêt à la manifestation de la vérité l’emporte de façon évidente sur l’intérêt au maintien du secret ou du droit violé. Les tribunaux sont extrêmement stricts. Par exemple, un enregistrement audio réalisé en cachette viole la protection de la personnalité (Art. 28 CC) et est quasi systématiquement écarté du dossier.
- En procédure pénale (Art. 140 et 141 CPP) : Le législateur distingue formellement les méthodes absolument interdites (torture, contrainte), dont les fruits sont inexploitables en toutes circonstances, des preuves simplement illicites. Ces dernières peuvent être validées par le juge pénal uniquement si leur exploitation est indispensable pour élucider une infraction qualifiée de grave.
Produire une preuve illicite vous expose non seulement au rejet de cette pièce, mais vous risquez également des sanctions pénales si votre méthode de collecte constitue en elle-même une infraction, comme la violation de la sphère privée.
Quand cela s'applique-t-il ?
- Droit de la famille : Un époux pirate la messagerie ou le téléphone de sa conjointe pour prouver un adultère ou dissimuler des revenus lors d’une procédure de divorce.
- Droit du travail : Un employé active son dictaphone pour enregistrer secrètement son supérieur hiérarchique afin de prouver un licenciement abusif ou des actes de harcèlement psychologique.
- Droit pénal et administratif : L’utilisation d’une caméra embarquée (Dashcam) par un conducteur privé pour dénoncer une infraction de la circulation au Ministère public.
L'enregistrement secret lors d'un litige au travail
Vous subissez de fortes pressions de la part de votre employeur. Vous décidez de dissimuler le dictaphone de votre téléphone portable dans votre poche lors d’un entretien de licenciement pour obtenir des aveux de sa part. Vous soumettez par la suite cet enregistrement au Tribunal des prud’hommes pour exiger une indemnité pour licenciement abusif et réparation du tort moral.
À retenir
Le juge qualifie cet enregistrement audio de preuve illicite, car il viole l’article 179bis du Code pénal, qui punit l’écoute et l’enregistrement de conversations non publiques. Conformément à l’article 152 alinéa 2 du CPC, le tribunal procédera à une stricte pesée des intérêts. En règle générale, le juge prud’homal refusera d’admettre cet enregistrement au dossier, estimant que la protection de la personnalité de l’employeur prime. De surcroît, votre employeur sera en droit de déposer une plainte pénale contre vous pour cette captation clandestine.
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Questions fréquentes
Sources
- Code de procédure civile (CPC) art. 152, Code de procédure pénale (CPP) art. 140 et 141, Code pénal suisse (CP) art. 179bis et suivants.