Droit de refuser de témoigner
Prérogative légale permettant à un témoin de refuser de répondre aux questions d'un juge ou de la police, notamment pour protéger un proche ou un secret.
Définition et explication
Dans le système judiciaire suisse, le principe général exige que toute personne convoquée par une autorité (police, Ministère public, Tribunal de première instance) a l’obligation de se présenter, de témoigner et de dire la vérité. Toutefois, le législateur a prévu des exceptions majeures pour éviter de vous placer dans un conflit de loyauté intolérable vis-à-vis de votre famille. Cette exception est le droit de refuser de témoigner.
Sur le plan de la procédure pénale, l’article 168 du Code de procédure pénale (CPP) stipule que vous pouvez refuser de déposer contre une personne si vous entretenez avec elle des liens de parenté étroits (conjoint, partenaire enregistré, père, mère, enfant, frère, soeur). La loi assimile également les concubins de longue date faisant ménage commun aux couples mariés pour l’application de ce droit.
Par ailleurs, l’article 169 CPP et l’article 166 du Code de procédure civile (CPC) prévoient que vous pouvez refuser de répondre à des questions spécifiques si vos réponses risquent de vous incriminer vous-même ou d’exposer un proche à des poursuites pénales. Enfin, ce droit couvre également les personnes soumises au secret professionnel, comme les médecins ou les avocats, à moins qu’elles n’aient été expressément déliées de leur secret.
Quand cela s'applique-t-il ?
- Liens familiaux : Vous êtes le conjoint, l’ex-conjoint, le partenaire enregistré ou un parent direct (filiation ou fratrie) de la partie concernée.
- Concubinage : Vous faites ménage commun de manière durable avec la personne accusée.
- Risque d’auto-incrimination : Vos réponses pourraient vous exposer, vous ou un de vos proches, à une condamnation pénale ou civile.
- Secret professionnel : Vous exercez une profession protégée (avocat, médecin, notaire) et votre client ne vous a pas autorisé à parler.
- Secret de fonction : Vous êtes fonctionnaire et l’autorité supérieure ne vous a pas autorisé à témoigner sur un fait couvert par votre secret de fonction.
Convocation de la mère lors d'une enquête pénale
Le Ministère public instruit une affaire pénale pour de graves dommages à la propriété. L’enquête se concentre sur un jeune adulte. Le procureur décide de convoquer la mère du suspect pour l’interroger formellement sur l’emploi du temps de son fils la nuit de l’incident.
À retenir
Dès le début de l’audition, le procureur (ou l’inspecteur de police) a l’obligation formelle d’informer la mère de son droit de refuser de témoigner selon l’Art. 168 CPP. Si la mère décide de faire usage de ce droit pour protéger son fils, elle peut invoquer le silence immédiat. Le Ministère public ne peut lui imposer aucune sanction, amende ou contrainte. De plus, le fait qu’elle refuse de parler ne peut pas être juridiquement utilisé comme une preuve de culpabilité contre son fils lors du procès.
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Questions fréquentes
Sources
- CPP art. 168, CPP art. 169, CPC art. 165, CP art. 307