Contrat avec soi-même suisse : la justice recadre les bonus abusifs

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Le contrat avec soi-même suisse face aux abus de gouvernance

Comprendre les règles du contrat avec soi-même suisse représente une étape obligée pour tout administrateur. Face à un président de conseil d’administration qui utilise sa voix prépondérante pour s’octroyer des avantages financiers, de nombreuses PME romandes se retrouvent démunies. Ce cas de figure, loin d’être un simple détail administratif, soulève de lourds problèmes de gouvernance. Lorsque les intérêts personnels d’un dirigeant priment sur ceux de la société anonyme, les actionnaires minoritaires et les autres administrateurs doivent réagir vite. L’octroi unilatéral d’un bonus massif constitue un abus de pouvoir caractérisé que la justice sanctionne fermement. Cet article vous explique de manière concrète comment identifier ces dérives, bloquer les paiements abusifs et protéger le capital de votre entreprise.

Ce que dit la justice sur le contrat avec soi-même suisse

La Cour de justice de Genève a récemment rendu une décision très claire, référencée ACJC/535/2026 et publiée le 18 mars 2026. Cette juridiction cantonale se base directement sur les grands principes établis par le Tribunal fédéral. Le litige opposait deux administrateurs d’une société. Le président du conseil d’administration a utilisé la voix prépondérante que lui conféraient les statuts pour valider un bonus exceptionnel de 1’500’000 francs en sa propre faveur. Le second administrateur s’y opposait catégoriquement. La cour a statué que cette manœuvre relevait directement des règles strictes applicables au contrat avec soi-même suisse.

Arrêt cantonal ACJC/535/2026 confirmant le TF

Les juges estiment que la décision par laquelle un président s’octroie un bonus grâce à sa voix prépondérante pour contourner une opposition constitue une transaction avec lui-même. Sans l’approbation explicite de l’assemblée générale, cette décision est frappée de nullité absolue, car elle lèse de manière évidente les intérêts financiers de la société.

La justice considère que la voix prépondérante ne constitue pas un passe-droit absolu. Le Tribunal fédéral a déjà précisé par le passé que l’interdiction de contracter avec soi-même vise à empêcher toute instrumentalisation de la personne morale. Même si le versement d’un bonus s’inscrit dans le cadre d’un contrat de travail existant, il s’agit d’une décision unilatérale qui engage la volonté de la société. Le dirigeant pris dans un tel conflit d’intérêts ne peut pas exprimer seul cette volonté.

Le contexte juridique du contrat avec soi-même suisse

Le droit suisse encadre de manière très précise la représentation des sociétés commerciales. L’article 718b du Code des obligations (CO) dicte la règle de base en la matière. Il stipule que si une société est représentée par la personne même avec laquelle elle conclut un accord, le document doit impérativement revêtir la forme écrite. La loi tolère une seule exception pour les opérations courantes dont la valeur ne dépasse pas 1’000 francs.

Introduit lors de la récente révision du droit de la société anonyme, l’article 717a CO oblige les membres du conseil d’administration à informer immédiatement l’organe de tout conflit d’intérêts. Le conseil doit alors prendre des mesures pour préserver les intérêts de l’entreprise, ce qui implique la récusation stricte de l’administrateur concerné lors du vote.

La notion de contrat avec soi-même suisse ne s’arrête pas à la simple signature d’un papier officiel. La jurisprudence scrute toujours la réalité économique de l’opération. Lorsqu’un administrateur fixe sa propre rémunération sans aucun contrôle indépendant, le risque de léser la société devient flagrant. Avant la révision du droit des sociétés, certains dirigeants jouaient sur le flou entourant les compétences du conseil. Désormais, le devoir de loyauté prime totalement. Un administrateur ne peut privilégier son enrichissement personnel au détriment de la santé financière et de la trésorerie de l’entité qu’il dirige.

Ce que ce jugement change concrètement pour votre entreprise

Cette jurisprudence délimite fermement le pouvoir décisionnel au sein des PME romandes. Voici plusieurs situations pratiques où la règle du contrat avec soi-même suisse s’applique sans la moindre ambiguïté.

Start-up technologique à Lausanne

Le fondateur et directeur général utilise sa signature individuelle pour valider ses propres notes de frais extravagantes. Cette pratique s’assimile à un acte nul si elle dépasse les frais courants et ne fait l’objet d’aucun contrôle par les actionnaires.

Entreprise familiale à Genève

Deux frères administrent une société immobilière. L’aîné, nommé président, force le versement d’une prime exceptionnelle de 50’000 francs par sa voix prépondérante. Le cadet peut exiger l’annulation immédiate de ce versement.

Holding de construction à Fribourg

Un membre du conseil s’attribue un véhicule de fonction luxueux en signant seul le contrat de leasing au nom de l’entreprise. Sans accord préalable du conseil réuni au complet, cet acte engage sa responsabilité personnelle.

Agence de communication à Neuchâtel

Un dirigeant délègue temporairement son pouvoir de signature à un employé subordonné pour que ce dernier valide une hausse de salaire en sa faveur. La justice perçoit ce stratagème comme un contournement illicite.

Ces exemples montrent à quel point les dérives s’installent parfois discrètement dans la gestion courante d’une entreprise. La voix prépondérante, pensée initialement pour éviter les blocages, devient un danger pour la trésorerie si elle n’est pas régulée. Les actionnaires lésés disposent d’un argumentaire clair pour contester ces manœuvres.

Vos droits et démarches en cas de conflit d’intérêts

Si vous constatez qu’un dirigeant a enfreint les règles du contrat avec soi-même suisse, vous devez agir de façon méthodique. La loi offre plusieurs leviers pour protéger le patrimoine de la structure. La première étape consiste à invoquer formellement la nullité de la décision. Selon l’article 714 du Code des obligations, les décisions du conseil d’administration qui violent les bases du droit des sociétés sont frappées de nullité absolue. Contrairement à l’annulation des résolutions de l’assemblée générale qui exige une action dans un court délai de deux mois (Art. 706a CO), la nullité d’une décision du conseil peut se faire valoir en tout temps devant le juge civil.

Si le bonus abusif a déjà quitté les comptes de la société, l’action pour enrichissement illégitime (Art. 67 CO) s’applique. Vous disposez de trois ans pour exiger le remboursement à compter de la découverte du paiement indu, avec un délai maximal de dix ans dès la naissance du droit.

Pour monter un dossier en béton, rassemblez immédiatement les procès-verbaux des séances du conseil, les statuts de la société et toutes les preuves de transferts bancaires. Face aux sommes souvent importantes, l’accompagnement par un avocat spécialiste du droit des affaires s’impose. N’hésitez pas à utiliser notre plateforme pour trouver l’expert adapté à votre canton. Vous pouvez soumettre votre cas en toute sécurité via juriup.ch/creer-un-dossier/. Par ailleurs, si vous êtes un avocat souhaitant accompagner des PME romandes sur ces enjeux complexes, découvrez nos offres sur juriup.ch/devenir-partenaire-juriup/. Notre équipe reste à votre écoute pour toute demande technique via juriup.ch/contact/.

L’avis de la rédaction JuriUp

La décision genevoise ACJC/535/2026 rappelle une vérité juridique indéniable : le pouvoir ne s’exerce jamais sans contrôle. L’utilisation de la voix prépondérante pour un enrichissement personnel détruit la confiance, véritable moteur de toute entreprise. Bien que les administrateurs méritent une rémunération en adéquation avec leurs responsabilités, l’auto-attribution de bonus financiers en contournant l’opposition d’un collègue relève de l’abus pur et simple. Notre équipe salue cette application stricte de la loi, qui préserve le tissu économique romand de l’avidité de certains mandataires.

Ce que retient la rédaction :

Une rémunération exceptionnelle n’est valide que si un organe indépendant ou l’assemblée générale l’approuve sans réserve. Le vote décisif du président perd toute sa légalité lorsqu’il sert à valider ses propres intérêts financiers.

Jurisprudence et erreurs fréquentes à éviter

L’arrêt cantonal s’inscrit dans le prolongement de la jurisprudence rendue par le Tribunal fédéral. L’arrêt TF 4A_488/2021, publié le 4 mars 2022, avait déjà clairement balisé le terrain. Dans cette affaire, un administrateur pris dans un grave conflit d’intérêts avait délégué sa signature à un autre membre du conseil pour conclure un acte en sa faveur. Les juges de Mon-Repos ont qualifié ce mécanisme d’élusion inacceptable. L’interdiction formelle de ces pratiques s’applique donc même face à des montages d’apparence légale.

Une erreur redoutable dans les entreprises consiste à ignorer le plafond légal de 1’000 francs fixé par l’article 718b CO. Beaucoup de dirigeants s’imaginent pouvoir se rembourser des frais de représentation de plusieurs milliers de francs ou s’acheter du matériel sans trace écrite formelle. En cas de contrôle fiscal ou de procédure de faillite, les administrateurs de la masse exigeront le remboursement intégral de ces montants si aucun contrat écrit et indépendant ne justifie la dépense. L’approbation a posteriori par l’assemblée générale demeure toujours possible, mais elle nécessite une transparence financière totale.

Questions fréquentes sur le contrat avec soi-même suisse

Qu’est-ce qu’un contrat avec soi-même en droit suisse ?

Il s’agit d’une situation où une personne agit à la fois comme représentant d’une société et comme cocontractant à titre personnel. La loi présume un conflit d’intérêts important. Ces actes sont nuls d’office, sauf s’ils ne lèsent absolument pas la société ou s’ils reçoivent l’approbation d’un organe supérieur.

Le président du conseil a-t-il toujours le vote décisif ?

Non, pas de manière systématique. Si les statuts prévoient une voix prépondérante en cas d’égalité, celle-ci sert à débloquer les affaires courantes. En revanche, l’article 717a CO impose la récusation obligatoire du président si la décision concerne ses propres intérêts, comme la fixation de son salaire.

Peut-on s’octroyer un bonus sans l’accord des actionnaires ?

C’est un risque juridique majeur. Un bonus important qui s’écarte des conditions du marché appauvrit les finances de l’entreprise. Sans la validation de l’assemblée générale ou d’un conseil d’administration indépendant, cette décision constitue un acte nul et non avenu.

Quelle est la sanction pour un conflit d’intérêts avéré ?

L’acte juridique concerné tombe sous le coup de la nullité. De plus, selon l’article 754 CO, l’administrateur engage sa responsabilité civile et personnelle. Il devra restituer les montants perçus à tort et indemniser la société pour le dommage causé par sa gestion.

Quel est le délai pour agir contre une telle décision ?

La nullité d’une décision du conseil s’invoque en tout temps. Pour exiger le remboursement des fonds versés, le délai de restitution est de trois ans dès la découverte de l’enrichissement illégitime, conformément à l’article 67 du Code des obligations.

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