Action en désaveu de paternité en suisse
Procédure judiciaire permettant de contester et d'annuler le lien de filiation juridique présumé entre un enfant et le mari de sa mère.
Définition et explication
En droit suisse, l’enfant né pendant le mariage est automatiquement présumé avoir pour père le mari de sa mère, conformément à l’article 255 du Code civil (CC). Toutefois, cette présomption légale ne correspond pas toujours à la réalité biologique. L’action en désaveu de paternité est la procédure civile qui vous permet de renverser cette présomption et de faire annuler officiellement ce lien de filiation.
Fondée sur l’article 256 CC, cette action doit être portée devant le Tribunal de première instance compétent. La loi est stricte sur la qualité pour agir : seuls le mari présumé ou l’enfant possèdent le droit de saisir le juge. La mère ou le père biologique ne peuvent pas intenter directement cette action. Si vous agissez en tant que mari, votre tâche consiste à prouver que vous n’êtes pas le géniteur. Le juge ordonne très fréquemment une expertise génétique (test ADN) pour établir formellement la vérité.
Les délais sont extrêmement rigoureux (Art. 256c CC). Vous devez introduire votre requête dans le délai d’un an à compter du jour où vous découvrez que vous n’êtes pas le père ou qu’un tiers a eu des relations avec la mère au moment de la conception. Le délai absolu est fixé à cinq ans après la naissance de l’enfant. Si vous dépassez ces limites, l’action n’est recevable que si vous démontrez de justes motifs expliquant votre retard.
Quand cette action s'applique-t-elle ?
- Le mari découvre des preuves de son infertilité médicale à l’époque exacte de la conception.
- Un test ADN (même effectué à titre privé) démontre une absence de lien biologique.
- Les époux vivaient séparément et n’ont eu aucune relation intime durant la période critique de la conception.
- L’enfant, une fois majeur, décide de contester son lien de filiation légal pour établir la vérité sur ses origines.
- L’enfant mineur, représenté par un curateur désigné par l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA), saisit la justice si le mari omet d’agir.
Une séparation conjugale suivie d'une naissance inattendue
Marc et Sophie sont mariés mais vivent séparés depuis près de deux ans, sans avoir entamé de procédure formelle de divorce. Sophie tombe enceinte de son nouveau partenaire et donne naissance à un enfant. Puisqu’ils sont toujours unis par les liens du mariage, l’état civil inscrit automatiquement Marc comme le père légal de l’enfant. Marc découvre l’existence de cet enfant six mois plus tard et refuse d’assumer une paternité qui n’est biologiquement pas la sienne.
À retenir
Marc dépose rapidement une action en désaveu de paternité devant le Tribunal de première instance de son domicile. Il respecte le délai d’un an prévu par la loi. Devant le juge, il produit les preuves de la séparation de fait stricte et sollicite une expertise ADN. Les résultats confirment qu’il n’est pas le père biologique. Le tribunal prononce le désaveu : le lien de filiation est annulé avec effet rétroactif au jour de la naissance, libérant Marc de toute obligation d’entretien (pension alimentaire) et de tout lien successoral avec l’enfant.
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Questions fréquentes
Sources
- Code civil suisse (CC) : Art. 255 (Présomption), Art. 256 (Qualité pour agir), Art. 256c (Délais) ; Code de procédure civile (CPC).