Gestion déloyale en suisse : définition et peines (cp 158)
La gestion déloyale est une infraction pénale sanctionnant une personne qui porte intentionnellement atteinte aux intérêts financiers qu'elle a l'obligation légale ou contractuelle de sauvegarder.
Définition et explication
La gestion déloyale est une infraction économique majeure, définie à l’article 158 du Code pénal suisse (CP). Elle s’applique à toute personne disposant d’un pouvoir de disposition ou d’administration sur le patrimoine d’autrui (comme un directeur de société, un gérant de fortune, un liquidateur ou un curateur). L’infraction est commise lorsque cette personne viole ses devoirs de gestion et cause intentionnellement un préjudice financier au patrimoine qu’elle doit protéger.
Ce délit ne nécessite pas que l’auteur s’approprie physiquement une somme d’argent, ce qui le distingue de l’abus de confiance. La simple conclusion de contrats ruineux pour l’entreprise, l’octroi de crédits sans garanties ou le paiement de factures fictives suffisent à constituer l’infraction. Si vous confiez la direction de vos affaires à un tiers, la loi vous protège contre les actes contraires à vos intérêts. Le législateur suisse réprime particulièrement la gestion déloyale aggravée, c’est-à-dire lorsque l’auteur agit dans le but de s’enrichir lui-même ou d’enrichir un tiers de manière illégitime.
Quand la gestion déloyale s'applique-t-elle en Suisse ?
- Position de garant : L’auteur doit jouir d’une indépendance suffisante et avoir l’obligation de gérer ou de sauvegarder les intérêts financiers d’autrui (statut d’organe de société, mandat de gestion).
- Violation du devoir : L’auteur agit en contradiction flagrante avec ses obligations de diligence et de fidélité (par exemple, l’article 717 CO pour un administrateur de SA).
- Dommage financier : Le patrimoine géré subit une diminution, une perte sèche ou un manque à gagner avéré.
- Intention : L’auteur agit avec conscience et volonté. La négligence, même grave, ne relève pas de la gestion déloyale au sens pénal.
Exemple d'une gestion déloyale dans une PME suisse
Vous êtes l’associé principal d’une société à responsabilité limitée (SARL) basée à Genève. Vous découvrez que le gérant statutaire de l’entreprise a commandé des prestations de conseil en marketing facturées à des prix exorbitants. Après vérification, l’agence de marketing bénéficiaire appartient en réalité à l’épouse du gérant, et aucune prestation réelle n’a été fournie à votre SARL. L’entreprise subit une perte directe de 150’000 francs suisses.
À retenir
Le gérant peut être poursuivi pénalement par le Ministère public pour gestion déloyale aggravée (Art. 158 ch. 1 al. 3 CP). Il a violé son devoir de fidélité pour enrichir un proche aux frais de la société. Il risque une peine privative de liberté allant jusqu’à cinq ans. En tant qu’associé lésé, vous pouvez déposer une plainte pénale et vous constituer partie plaignante pour exiger, devant le Tribunal de première instance, le remboursement intégral des fonds détournés par le biais de conclusions civiles.
Besoin d'aide sur ce sujet ?
Décrivez votre situation en 2 minutes et recevez une réponse personnalisée d'un expert juridique suisse.
Questions fréquentes
Le Code pénal prévoit une peine privative de liberté de trois ans au plus ou une peine pécuniaire. Toutefois, si l’auteur a agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime, l’infraction est qualifiée et la peine maximale s’élève à cinq ans de prison.
L’abus de confiance (Art. 138 CP) implique l’appropriation illicite d’une chose mobilière ou d’une valeur patrimoniale expressément confiée à l’auteur. La gestion déloyale (Art. 158 CP) est plus large et réprime la mauvaise administration générale causant un dommage, même si l’auteur ne met pas directement l’argent dans sa propre poche.
En principe, non. L’infraction exige que l’auteur ait un réel pouvoir de décision et d’administration sur le patrimoine. Un employé subalterne sans autonomie financière ne répond pas aux critères de l’article 158 CP, bien qu’il puisse être poursuivi pour d’autres délits comme l’escroquerie ou le vol.
Non, le droit pénal suisse exige que la gestion déloyale soit commise intentionnellement. Une simple erreur commerciale ou une négligence de la part du gérant ne suffit pas pour une condamnation pénale. Cependant, une faute civile pour mauvaise gestion (responsabilité des organes) reste possible.
Vous devez rassembler les preuves documentaires (contrats, bilans, relevés bancaires) et déposer une plainte pénale auprès de la police cantonale ou directement au Ministère public. Une action civile en responsabilité (Art. 754 CO pour les SA) peut être menée en parallèle ou intégrée à la procédure pénale.
Oui, absolument. Le curateur a l’obligation légale de gérer le patrimoine de la personne sous protection. S’il utilise ces fonds pour ses dépenses personnelles ou les dilapide volontairement, il commet une gestion déloyale, avec la circonstance aggravante de l’abus de l’autorité qui lui a été conférée.
Le délai de prescription de l’action pénale est de 10 ans pour le cas de base (peine maximale de 3 ans). S’il s’agit d’une gestion déloyale aggravée par le dessein d’enrichissement (peine maximale de 5 ans), le délai de prescription s’étend à 15 ans selon l’article 97 du Code pénal.
Oui. Dès l’ouverture de l’instruction pénale, le procureur peut ordonner le séquestre pénal des comptes bancaires et des biens immobiliers du prévenu. Cette mesure garantit le paiement des amendes, des frais de justice, et permet de sécuriser le remboursement de la victime à l’issue du procès.
Sources
- Code pénal suisse (CP) art. 158, art. 138, art. 97 ; Code des obligations (CO) art. 717, art. 754.