Indemnité de départ
L'indemnité de départ est une prestation financière versée par l'employeur à la fin du contrat de travail, sous des conditions strictes liées à l'âge et à l'ancienneté.
Définition et explication
En Suisse, le droit du travail est de nature libérale. Contrairement aux pays voisins, la loi ne prévoit pas de droit général à une indemnité de départ lors de la résiliation d’un contrat de travail. Toutefois, le Code des obligations (CO) fixe des règles spécifiques pour protéger les collaborateurs ayant une très longue ancienneté au sein de la même entreprise.
Selon l’article 339b CO, un employeur a l’obligation de verser une indemnité seulement si le travailleur remplit deux conditions cumulatives : être âgé d’au moins 50 ans et avoir travaillé au moins 20 ans de manière continue pour le même employeur. Le montant légal varie entre deux et huit mois de salaire.
Une exception majeure est prévue par l’article 339d CO. L’employeur est en droit de déduire de cette indemnité les contributions qu’il a versées à la caisse de prévoyance professionnelle (2e pilier – LPP) du travailleur. Dans la pratique, le cumul des cotisations patronales sur 20 ans dépasse presque systématiquement le montant de l’indemnité de départ. Par conséquent, l’indemnité légale n’est que très rarement versée en Suisse de manière effective.
Cependant, vous pouvez percevoir une indemnité de départ si votre contrat de travail individuel, une convention collective de travail (CCT) ou un plan social (lors d’un licenciement collectif) prévoit des conditions contractuelles plus favorables que la loi de base.
Quand l'indemnité de départ s'applique-t-elle en Suisse ?
- Conditions légales (CO 339b) : Vous avez plus de 50 ans et comptez au moins 20 ans de service continu auprès du même employeur.
- Accord contractuel : Votre contrat individuel de travail stipule expressément le versement d’une prime garantie lors de votre départ.
- Convention collective (CCT) : Votre secteur d’activité dispose d’une CCT qui impose le paiement d’une indemnité selon un barème d’ancienneté.
- Convention de rupture : Vous et votre employeur négociez librement une indemnité financière pour mettre un terme au contrat d’un commun accord.
- Plan social : L’entreprise procède à des licenciements pour motifs économiques et le plan social prévoit un dédommagement en faveur des employés touchés.
Licenciement d'un employé avec 25 ans d'ancienneté
Monsieur Blanc, âgé de 58 ans, est licencié pour des raisons de restructuration après avoir travaillé 25 ans pour la même société industrielle. Son salaire mensuel s’élève à 6000 francs. Il estime avoir droit à une indemnité de départ équivalente à plusieurs mois de salaire, conformément à la lettre de l’article 339b CO. Il adresse une réclamation écrite à son employeur pour exiger ce versement avant la fin de son délai de congé.
À retenir
L’employeur de Monsieur Blanc refuse le versement. Théoriquement, Monsieur Blanc remplit bien les conditions relatives à l’âge et à l’ancienneté. Son indemnité de base s’élèverait à deux mois de salaire minimum, soit 12 000 francs.
Néanmoins, l’employeur invoque l’article 339d CO. Il demande à l’institution de prévoyance (caisse de pension) de calculer la somme totale des cotisations patronales versées en faveur de Monsieur Blanc durant ces 25 années. Le montant total des parts patronales s’élève à 85 000 francs. Puisque cette somme est très largement supérieure aux 12 000 francs de l’indemnité théorique, l’employeur a le droit de la déduire dans son intégralité. Monsieur Blanc ne recevra donc aucune indemnité de départ légale.
Besoin d'aide sur ce sujet ?
Décrivez votre situation en 2 minutes et recevez une réponse personnalisée d'un expert juridique suisse.
Questions fréquentes
Non. Le Code des obligations ne prévoit aucune indemnité pour les licenciements ordinaires si vous n’avez pas atteint le seuil des 50 ans d’âge et 20 ans de service, à moins qu’un accord écrit ne le prévoie.
Selon l’article 339c CO, l’indemnité légale de départ ne peut pas être inférieure à deux mois de salaire pour l’employé qui remplit strictement les conditions fixées par la loi.
L’indemnité légale selon le CO n’est due que si la fin des rapports de travail n’est pas causée par une faute de votre part. Si vous démissionnez sans motif justifié, vous perdez ce droit potentiel.
Oui. Toute somme versée par votre entreprise pour compenser la fin du contrat est qualifiée de revenu. Elle est soumise à l’impôt ordinaire et aux prélèvements des assurances sociales (AVS, AI, APG, AC).
Dans le cadre d’une convention de rupture, les deux parties négocient librement le versement d’une indemnité transactionnelle. Ce montant sert souvent à dédommager la perte d’emploi et à solder tout litige éventuel devant le Tribunal des prud’hommes.
Non. L’indemnité pour licenciement abusif (art. 336a CO) agit comme une pénalité qui punit le comportement fautif de l’employeur. L’indemnité de départ classique vise uniquement à récompenser la fidélité de longue durée.
Oui. Si vous avez réalisé votre apprentissage dans l’entreprise puis avez été engagé de suite, ces années de formation sont additionnées pour le calcul des 20 années de service continu exigées.
Oui. Le juge peut fixer le montant final de l’indemnité de départ en tenant compte des circonstances concrètes, avec un plafond légal fixé à huit mois de salaire (sous réserve de la déduction des cotisations LPP).
Sources
- Art. 339b CO, Art. 339c CO, Art. 339d CO