Indemnité pour perte de soutien
L'indemnité pour perte de soutien est une réparation financière accordée aux proches d'une victime décédée pour compenser la perte de leur source d'entretien économique.
Définition et explication
En droit suisse de la responsabilité civile, le décès d’une personne peut engendrer un lourd préjudice financier pour sa famille. Conformément à l’article 45 alinéa 3 du Code des obligations (CO), si la victime subvenait aux besoins d’autres personnes, ces dernières peuvent réclamer une indemnité pour perte de soutien à l’auteur responsable du décès.
Cette indemnité ne répare pas la douleur émotionnelle, qui relève du tort moral, mais vise strictement à replacer les proches dans la situation économique qui aurait été la leur si le drame n’avait pas eu lieu. Le soutien perdu peut être direct, comme un salaire versé au ménage, ou indirect, comme le travail non rémunéré lié à la tenue du foyer ou à la garde des enfants.
Le calcul de cette indemnité s’avère complexe. Il tient compte du revenu hypothétique du défunt, de son espérance de vie statistique, de la part de ses ressources qu’il aurait consacrée à l’entretien des demandeurs, ainsi que de la durée présumée de ce soutien, par exemple jusqu’à la majorité ou la fin des études pour un enfant.
Quand cela s'applique-t-il ?
- Un décès fautif : La mort de la victime doit avoir été causée par la faute, la négligence ou la responsabilité objective d’un tiers, par exemple lors d’un accident de la circulation ou d’une erreur médicale.
- Une relation d’entretien : Le défunt devait subvenir aux besoins du demandeur de manière effective au moment du décès, ou il devait exister une forte probabilité qu’il le fasse dans le futur.
- Un préjudice économique : Le demandeur doit prouver que la disparition du défunt entraîne une baisse concrète de son niveau de vie.
- Des bénéficiaires identifiés : Principalement le conjoint, les partenaires enregistrés et les enfants, mais parfois aussi les concubins ou les parents s’ils dépendaient financièrement de la victime.
Exemple concret en Suisse
Monsieur X, âgé de 40 ans et père de deux jeunes enfants, perd la vie dans un tragique accident de la route causé par un conducteur en état d’ébriété. Il était le seul pourvoyeur de fonds de la famille avec un salaire mensuel net de 7000 francs. Son épouse, Madame X, s’occupe du foyer à plein temps. Suite à ce décès, la famille se retrouve brusquement privée de sa seule source de revenus.
À retenir
Madame X engage une action en responsabilité civile contre l’assurance automobile du conducteur fautif. En se fondant sur l’article 45 CO, elle réclame une indemnité pour perte de soutien. Le juge évalue la part du revenu que Monsieur X consacrait à sa famille, déduction faite de ses propres frais de subsistance, et capitalise ce montant sur les années durant lesquelles il aurait soutenu son épouse et ses enfants. L’assurance verse un capital substantiel pour garantir la sécurité financière de la famille, en complément d’une indemnité pour tort moral liée à la souffrance de la perte.
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Questions fréquentes
Oui. Contrairement au droit des successions, le droit de la responsabilité civile permet au concubin de réclamer une perte de soutien s’il parvient à prouver que le défunt subvenait effectivement à ses besoins et que le concubinage présentait un caractère de stabilité, souvent estimé à plus de cinq ans par les tribunaux.
La perte de soutien compense le préjudice purement économique lié à la disparition d’une source de revenus. Le tort moral (Art. 47 CO), quant à lui, est une somme d’argent versée spécifiquement pour atténuer les souffrances psychologiques et le chagrin causés par la mort brutale d’un proche.
La jurisprudence suisse reconnaît que la tenue du ménage et l’éducation des enfants constituent un soutien doté d’une véritable valeur économique. En cas de décès de la personne au foyer, la perte de soutien est évaluée sur la base du coût qu’engendrerait l’engagement d’une aide familiale externe pour accomplir ces mêmes tâches.
Oui. Le principe de l’interdiction de l’enrichissement s’applique fermement. Les rentes de survivants versées par l’AVS, l’assurance-accidents ou la prévoyance professionnelle sont déduites du montant de l’indemnité due par le tiers responsable, afin que les proches ne soient pas indemnisés à double pour le même dommage.
En règle générale, le soutien est présumé durer jusqu’à la majorité de l’enfant (18 ans) ou jusqu’à l’achèvement de sa formation professionnelle adéquate, souvent fixée autour de 25 ans, en parfaite adéquation avec les règles du droit de la famille sur l’obligation d’entretien (Art. 277 CC).
L’indemnité doit être payée par la personne reconnue responsable du décès ou, dans la plupart des cas pratiques, par son assurance responsabilité civile. Il peut s’agir de l’assurance véhicule à moteur en cas d’accident de la circulation, ou de l’assurance RC professionnelle en cas de faute médicale.
Si la victime a commis une faute concomitante, par exemple si elle ne portait pas sa ceinture de sécurité lors de l’accident, l’indemnité versée aux proches survivants sera réduite proportionnellement, en stricte application de l’article 44 CO.
Le délai de prescription est de trois ans à compter de la connaissance du dommage et de la personne responsable, avec un délai absolu de dix ans (Art. 60 CO). Toutefois, si le décès résulte d’une infraction pénale soumise à une prescription plus longue, comme un homicide par négligence, ce délai pénal plus long s’applique également à l’action civile.
Sources
- Code des obligations (CO) art. 44, 45, 47, 60 ; Code civil (CC) art. 277