Possession en droit suisse (art. 892 cc) : définition et règles
En droit suisse, la possession désigne la maîtrise de fait effective d'une personne sur une chose, indépendamment de son droit de propriété.
Définition et explication
En droit suisse, la distinction entre la possession et la propriété est une notion juridique fondamentale régie par le Code civil. L’article 892 CC définit la possession comme la maîtrise de fait qu’une personne exerce sur une chose. À l’inverse, la propriété (Art. 641 CC) représente le droit absolu de disposer de cette chose.
Il est donc tout à fait possible d’être possesseur d’un bien sans en être le propriétaire. Par exemple, lorsque vous louez un appartement ou empruntez un véhicule, vous exercez une maîtrise de fait (vous êtes le possesseur dérivé) alors que le bailleur ou le prêteur conserve la propriété. Le droit suisse protège la possession en elle-même afin de garantir la paix publique et d’éviter que les citoyens ne se fassent justice eux-mêmes par la violence.
- Possession originaire et dérivée : Le propriétaire qui détient son bien est possesseur originaire. Le locataire est possesseur dérivé.
- Protection possessoire : L’article 926 CC autorise le possesseur à repousser par la force tout acte d’usurpation, à condition que la réaction soit immédiate et proportionnée.
- Actions judiciaires : En cas de perte involontaire de la maîtrise de fait, le possesseur peut saisir le Juge de paix ou le Tribunal de première instance pour réclamer la restitution immédiate de la chose (Art. 927 CC).
Quand la notion de possession s'applique-t-elle ?
- Lorsqu’une personne détient matériellement un objet, qu’il s’agisse d’un bien mobilier (véhicule, bijou) ou immobilier (appartement, terrain).
- En cas de litige suite à un vol ou à la perte d’un objet, pour déterminer qui a le droit de le conserver temporairement.
- Pour l’exercice du droit de légitime défense des biens, permettant de repousser une intrusion ou une tentative de vol immédiate.
- Dans le cadre des contrats de bail ou de prêt, pour définir les droits du détenteur matériel face au propriétaire.
- Pour le calcul des délais de prescription acquisitive (usucapion), permettant à terme de devenir légalement propriétaire.
L'achat d'un ordinateur d'occasion et la revendication
Julien se fait cambrioler et son ordinateur portable est dérobé. Le voleur revend rapidement la machine sur un site de petites annonces à Sophie, qui paie un prix normal et ignore totalement qu’il s’agit d’un objet volé. Sophie utilise l’ordinateur chez elle : elle en a la possession de fait et l’a acquis de bonne foi.
Quelques semaines plus tard, Julien repère son ordinateur dans un café alors que Sophie l’utilise (grâce à un autocollant distinctif). Julien s’approche et exige que Sophie lui rende immédiatement l’appareil, menaçant de le reprendre de force s’il le faut.
À retenir
Sur le plan juridique, Sophie exerce la possession de l’ordinateur, tandis que Julien en conserve la propriété. Julien n’a pas le droit d’arracher l’ordinateur des mains de Sophie par la force, car le délai pour agir en défense immédiate (Art. 926 CC) est largement dépassé. S’il le fait, Sophie pourrait déposer une plainte pour voies de fait ou vol.
Cependant, selon l’article 934 du Code civil, celui à qui une chose a été volée peut la revendiquer pendant un délai de cinq ans, même contre un acquéreur de bonne foi. Julien devra donc faire valoir son droit de propriété (par une action en revendication au Tribunal de première instance) pour obliger Sophie à lui restituer l’appareil. Sophie devra rendre l’ordinateur à Julien, mais elle pourra ensuite se retourner contre le vendeur indélicat pour exiger le remboursement du prix qu’elle a payé.
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Questions fréquentes
Sources
- CC art. 3, CC art. 641, CC art. 892, CC art. 922, CC art. 926, CC art. 927, CC art. 934, CC art. 940