Combien coûte une libération de l’obligation de travailler en Suisse romande pour l’employeur et l’employé ?

Combien coûte une libération de l’obligation de travailler en Suisse romande pour l’employeur et l’employé ?

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Combien coûte une libération de l'obligation de travailler en Suisse romande pour l'employeur et l'employé ?
Droit du travailLecture : 7 min14 octobre 2026

Combien coûte une libération de l'obligation de travailler en Suisse romande pour l'employeur et l'employé ?

Le chiffrage des charges salariales, le report ou le paiement des vacances, la compensation des heures supplémentaires et la déduction du gain intermédiaire selon l'article 324 du Code des obligations.

La question posée

« Mon employeur m'a notifié mon licenciement avec un préavis de trois mois et une dispense immédiate de travailler. Quels sont exactement les montants qu'il doit continuer à me verser, et que se passe-t-il si je retrouve un emploi avant la fin de mon préavis ? Combien cette mesure coûte-t-elle à chacune des parties ? »

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Réponse préparée par JuriUpInformation juridique générale

La réponse de l’équipe JuriUp

La libération de l'obligation de travailler, couramment appelée dispense de travail ou « garden leave », n'interrompt pas le contrat de travail. L'employeur renonce unilatéralement aux prestations du travailleur tout en restant tenu à ses obligations pécuniaires fondamentales. Calculer le coût réel de cette décision exige d'analyser le maintien du salaire contractuel, le sort des vacances et des heures supplémentaires, ainsi que les règles légales relatives au gain intermédiaire.

1. Maintien du salaire et charges sociales obligatoires

En vertu du principe de la demeure de l'employeur prévu à l'article 324 alinéa 1 du Code des obligations (CO), l'employeur qui refuse ou renonce à la prestation de travail doit verser le salaire intégral jusqu'à l'expiration du délai de congé travail contractuel ou légal.

Pour l'employeur, le coût comprend le salaire de base brut convenu, le prorata du treizième salaire éventuel, ainsi que la part patronale des cotisations sociales : AVS, AI, APG, assurance-chômage (AC), prévoyance professionnelle (LPP) et assurances perte de gain maladie et accidents. Une dispense de travail ne dispense en aucun cas l'entreprise du paiement des cotisations de sécurité sociale.

Pour l'employé, les retenues ordinaires continuent de s'appliquer. Les parts salariales des cotisations sociales sont déduites de la même manière que si le travailleur était physiquement à son poste. Zoé A., employée au salaire mensuel brut de 7 000 CHF, percevra exactement son montant net ordinaire, déduction faite de ses cotisations habituelles, pendant toute la durée de sa dispense.

À noter :Le droit à la part variable (bonus ou gratification) dépend de sa nature contractuelle. Si le bonus constitue un élément de salaire convenu, il reste dû au prorata temporis selon les règles applicables. S'il s'agit d'une gratification purement discrétionnaire au sens de l'art. 322d CO, l'employeur conserve une marge d'appréciation, sous réserve de la jurisprudence du Tribunal fédéral sur les limites de l'accessoire. Pour vérifier la formulation de vos clauses de rémunération, un diagnostic contrat permet de clarifier vos droits.

2. Solde des vacances et heures supplémentaires

L'une des principales interrogations financières porte sur la liquidation du solde des vacances (art. 329d CO) et des heures de travail supplémentaires (art. 321c CO). L'employeur espère fréquemment imputer ces éléments sur la période de libération pour éviter un paiement en espèces à la fin des rapports de service.

Selon la jurisprudence constante du Tribunal fédéral, les vacances doivent en principe être prises en nature pour remplir leur but de repos. Toutefois, lors d'une libération de l'obligation de travailler, l'employeur peut exiger la prise des vacances pendant le préavis, à condition que la durée de la libération soit nettement supérieure au solde de vacances à épuiser. L'employé doit conserver un temps effectif suffisant pour consacrer ses efforts à la recherche d'un nouvel emploi.

  • Ratio de prise des vacances : Les tribunaux considèrent généralement qu'un tiers au plus de la période de dispense peut être consacré à la prise des vacances en nature. Par exemple, sur une dispense de trois mois (environ 60 à 65 jours ouvrables), l'employeur ne peut raisonnablement imposer la prise que d'une vingtaine de jours de vacances. Le reliquat non imputable doit être payé en espèces au terme du contrat.
  • Heures supplémentaires (art. 321c CO) : La compensation des heures supplémentaires par du temps libre nécessite impérativement l'accord de l'employé, sauf clause contractuelle écrite préalable autorisant l'employeur à l'imposer. À défaut d'accord valable, les heures supplémentaires approuvées ou nécessaires doivent être rétribuées avec une majoration de 25 %, ce qui alourdit directement le coût final pour l'employeur.

3. Déduction du gain intermédiaire selon l'art. 324 al. 2 CO

L'article 324 alinéa 2 CO pose une règle financière fondamentale : l'employé libéré de son obligation de travailler doit imputer sur son salaire ce qu'il a épargné par suite de l'interruption du travail, ainsi que le revenu qu'il a tiré d'un autre travail ou qu'il a intentionnellement négligé de tirer.

Ce mécanisme permet à l'employeur de réduire la charge financière de la libération si le travailleur débute une nouvelle activité lucrative avant la fin formelle de son délai de résiliation. Si Zoé A. retrouve un poste pendant son préavis avec un revenu mensuel de 5 000 CHF, son employeur initial n'est plus tenu de lui verser que la différence (soit 2 000 CHF bruts par mois au lieu des 7 000 CHF initiaux). Si le nouveau revenu égale ou dépasse le salaire initial, l'ancien employeur est libéré de son obligation de paiement.

Obligation d'information :L'employé est tenu par son devoir de fidélité (art. 321a CO) d'informer en toute transparence son ancien employeur de l'existence et du montant de tout revenu de substitution réalisé pendant la durée de validité du contrat initial. La dissimulation d'un gain intermédiaire expose le travailleur à une action en répétition de l'indu (art. 62 CO).

4. Frais professionnels et avantages en nature

Le statut des indemnités forfaitaires de déplacement, de repas ou des avantages en nature (véhicule de fonction, abonnement général) a un impact immédiat sur le calcul des montants versés :

  • Frais effectifs (art. 327a CO) : Le remboursement des dépenses professionnelles effectives (kilomètres parcourus, repas d'affaires) prend fin automatiquement dès la libération de l'obligation de travailler, l'employé n'engageant plus de frais pour le compte de l'entreprise.
  • Forfaits de frais : Si les indemnités de frais correspondent à une rémunération déguisée (sans rapport avec des frais réels), elles doivent être maintenues. En revanche, si le forfait couvre des débours qui disparaissent du fait de la dispense, son versement peut être suspendu par l'employeur.
  • Voiture de fonction : Si le véhicule est mis à disposition uniquement pour les trajets et besoins professionnels, l'employeur peut exiger sa restitution dès le premier jour de la dispense. S'il existe un droit d'usage privé stipulé par contrat, la restitution anticipée sans compensation financière constitue une retenue salariale illicite ; l'employeur doit alors indemniser la valeur de cet avantage jusqu'au terme du contrat.

Lorsque la résiliation découle d'un différend plus large, il convient également d'examiner si le licenciement n'ouvre pas droit à des indemnités pour licenciement abusif en application des articles 336 et suivants du CO, lesquelles s'ajouteraient aux coûts contractuels normaux.

Conseil pratique

Pour éviter tout litige devant le tribunal de prud'hommes de votre canton (Tribunal de prud'hommes à Genève ou Lausanne, par exemple), l'employeur et l'employé ont intérêt à consigner les modalités financières de la libération dans une convention écrite claire. Ce document doit régler précisément la date de fin du contrat, le maintien de la rémunération, la restitution du matériel, l'imputation convenue des vacances et le traitement du gain intermédiaire. Pour sécuriser cette démarche, sollicitez l'appui d'un avocat spécialisé en droit du travail via JuriUp.

Les points clés à retenir

Le salaire contractuel et les cotisations sociales ordinaires (AVS, AI, APG, AC, LPP) doivent être payés intégralement par l'employeur jusqu'à la fin du délai de congé (art. 324 al. 1 CO).

L'employeur ne peut pas imputer l'intégralité du solde de vacances sur la dispense si cela empêche l'employé de chercher sereinement un nouvel emploi ; le reliquat doit être payé.

Les heures supplémentaires ne se compensent en temps pendant la libération qu'avec l'accord écrit de l'employé, sous peine de devoir être rémunérées avec 25 % de majoration (art. 321c CO).

Tout gain intermédiaire réalisé par l'employé auprès d'un autre employeur est légalement déductible du salaire dû par l'employeur initial (art. 324 al. 2 CO).

Les remboursements de frais effectifs cessent immédiatement dès lors que l'employé n'engage plus de dépenses pour l'entreprise.

Démarches recommandées

  1. Établir le décompte exact du temps restant en chiffrant le nombre de semaines jusqu'au terme du délai de congé légal ou contractuel.
  2. Faire l'inventaire précis du solde de vacances et des heures supplémentaires accumulés à la date effective de la libération.
  3. Rédiger un accord écrit ou une lettre de dispense détaillée fixant les droits financiers, l'imputation des vacances et le traitement du matériel professionnel.
  4. Déclarer sans délai tout revenu d'appoint ou nouvel emploi auprès de l'ancien employeur pour permettre l'ajustement du salaire conformément à l'art. 324 al. 2 CO.
  5. Faire vérifier le décompte final par un expert juridique si des désaccords persistent sur le paiement des bonus ou les retenues salariales.

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Questions fréquentes

  • L'employeur peut-il réduire unilatéralement le salaire de base pendant une libération de travail ?

    Non. L'article 324 CO impose le paiement intégral du salaire convenu. La dispense de travail relève du seul choix de l'employeur, ce qui ne confère aucun droit à une diminution unilatérale de la rémunération contractuelle fixe.

  • L'employé est-il obligé de chercher un nouvel emploi pendant sa dispense ?

    Oui, l'employé doit faire des recherches actives s'il entend solliciter des prestations de l'assurance-chômage à l'issue de son préavis. De plus, selon l'art. 324 al. 2 CO, s'il néglige intentionnellement une occasion concrète et raisonnable de réaliser un gain intermédiaire, l'employeur peut théoriquement déduire le montant qu'il aurait pu percevoir.

  • Que se passe-t-il si un employé tombe malade pendant la période de libération de travailler ?

    Une incapacité de travail due à la maladie ou à un accident suspend le délai de congé en vertu des périodes de protection de l'article 336c alinéa 1 lettre b CO. La fin du contrat est donc reportée d'autant de jours, ce qui prolonge l'obligation salariale de l'employeur et augmente le coût total de la libération.

Dernière mise à jour : 14 octobre 2026

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Dernière vérification 14 octobre 2026
Sources Fedlex, Tribunal fédéral
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Dernière mise à jour de cette page : 14 octobre 2026.

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