Revenge porn en Suisse romande : porter plainte et sécuriser les preuves sans relancer la diffusion
Quand des images intimes circulent, le réflexe est souvent de capturer, transférer, puis demander de l’aide à plusieurs personnes. Le problème est que chaque copie supplémentaire peut aggraver la diffusion, et parfois compliquer la preuve. Ce guide vous aide à documenter proprement, à demander des retraits et à préparer une plainte en Suisse, tout en limitant les risques.
Objectif
Protéger vos droits et conserver une preuve exploitable.
Temps
30 à 60 min pour un dossier de base, puis suivi.
Résultat
Un plan clair, avec preuves et demandes de retrait cadrées.
Ce contenu est une méthode pratique, fondée sur des principes généralement admis en Suisse pour documenter une atteinte numérique sans l’amplifier. Selon la plateforme, le canton et la situation, la stratégie peut varier. Si l’auteur vous menace, si l’enjeu est important ou si des mineurs sont concernés, contactez rapidement un avocat pénaliste via JuriUp.
1 Objectif et prérequis (avant de commencer)
À réunir, sans vous mettre en danger
- Le lien exact (URL) ou le nom du compte qui diffuse.
- Une série de captures d’écran montrant le contexte (plateforme, date, pseudo, légende, commentaires pertinents).
- Les messages reçus (menaces, demandes d’argent, chantage, demandes de retrait).
- Une liste des personnes à qui l’auteur a envoyé le contenu, si vous le savez, avec dates approximatives.
Réflexe clé : documenter ne veut pas dire conserver partout. L’idée est d’obtenir une preuve lisible et datée, puis de la stocker de manière contrôlée, sans renvoyer la vidéo ou la photo.
Ce qu’il vaut mieux éviter
- Renvoyer l’image à vos proches pour “demander conseil”.
- Publier un appel public avec la capture, même floutée, si cela permet d’identifier la scène ou la plateforme.
- Contacter l’auteur en mode confrontation, surtout si vous craignez l’escalade.
- Télécharger et partager le fichier dans plusieurs clouds ou messageries.
Dans la plupart des cas, la meilleure approche est simple : preuve minimale mais solide, puis action rapide pour faire retirer, puis préparation d’une plainte pénale si nécessaire.
2 Procédure pas à pas (ordre recommandé)
L’objectif est de garder une preuve exploitable, tout en limitant la circulation du contenu.
Identifiez précisément où le contenu circule
Notez la plateforme, le nom du compte, le lien direct, la date et l’heure approximative, puis le type de contenu (photo, vidéo, story, groupe privé). Si le contenu est reçu en message, notez aussi la messagerie et l’identité affichée de l’expéditeur.
- URL exacte ou identifiant du compte.
- Date et heure approximatives, avec votre fuseau horaire.
- Visibilité: public, groupe, message privé, “vue unique”.
Faites des captures d’écran “contextualisées”
Une capture utile montre le contenu et son contexte. Idéalement, capturez aussi l’écran où l’on voit le nom du compte, l’URL ou le fil de discussion, la date et l’heure affichées si possible, puis les éléments de navigation qui prouvent la plateforme.
Conseil simple: privilégiez 6 à 12 captures nettes plutôt que des dizaines de fichiers. Trop de copies et trop d’envois augmentent le risque de fuite.
Tenez un journal d’incident (une page suffit)
Notez en quelques lignes: quand vous avez découvert la diffusion, qui vous a informé, sur quel canal, et ce que vous avez fait. C’est très utile si vous portez plainte ou si vous devez expliquer rapidement la situation à un avocat spécialisé.
À noter
- Dates et canaux (plateforme, messagerie).
- Identifiants visibles (pseudos, liens, numéros).
- Éléments de contrainte: menaces, chantage, demandes.
À éviter
- Réécrire l’histoire “à froid” sans distinguer faits et suppositions.
- Effacer des messages avant de les capturer.
- Partager vos captures à plusieurs interlocuteurs.
Signalez et demandez le retrait, sans “répondre avec le contenu”
Utilisez les outils de signalement de la plateforme, puis envoyez une demande de retrait concise. Si vous contactez un administrateur de groupe ou un hébergeur, évitez d’ajouter des copies. Décrivez l’URL, le compte, et la raison de retrait, puis joignez uniquement des captures nécessaires.
Conservez les confirmations de signalement, les emails envoyés et les réponses. Même un refus automatique peut servir de trace.
Préparez le dépôt de plainte en Suisse romande
Selon la situation, l’infraction peut relever de différentes bases en droit suisse, et certaines situations se poursuivent sur plainte, d’autres d’office. Sans entrer dans des délais précis, retenez surtout ceci: plus vous agissez tôt, plus il est facile de préserver les traces numériques et d’obtenir des retraits.
Dossier
Captures + journal + URLs + échanges.
Auteurs
Pseudos, numéros, emails, comptes liés.
Risques
Menaces, pression, diffusion au travail, famille.
3 Modèles de messages (copier-coller)
Adaptez les éléments entre crochets. Restez factuel et bref. Évitez d’envoyer les images elles-mêmes, privilégiez l’URL et des captures contextualisées.
Message à un administrateur de groupe
Restez courtois, donnez l’URL et demandez une suppression. Ne joignez pas la vidéo. Une capture peut suffire si elle ne ré-expose pas inutilement.
Message à l’auteur (si c’est sûr)
Si vous craignez des représailles, évitez le contact direct et passez par un avocat. Si vous écrivez, restez factuel, demandez la suppression et conservez la preuve de l’échange.
4 Tableau de suivi (à remplir)
Ce suivi vous aide à ne rien oublier. Il est aussi utile si vous devez résumer votre situation à un avocat pénaliste, ou lors d’un dépôt de plainte dans votre canton.
| Action | Date | Canal | Référence | Statut |
|---|---|---|---|---|
| Captures + journal d’incident | [date] | Téléphone (local) | [dossier] | Fait |
| Signalement plateforme | [date] | Formulaire / app | [numéro] | En attente |
| Demande de retrait envoyée | [date] | Email / message | [copie] | Envoyé |
Si une diffusion se déplace vers une autre plateforme, ajoutez une ligne par canal. L’important est de garder une trace simple et continue.
5 Quand consulter en urgence (et quoi dire)
Situations à traiter immédiatement
- Menaces explicites ou pression, surtout si cela ressemble à de la menace ou à du chantage.
- Tentative d’extorsion, demandes d’argent ou d’actes imposés.
- Diffusion à votre employeur ou dans votre cercle de travail.
- Doute sur la présence d’un mineur sur les images.
- Piratage de compte ou accès non autorisé à vos appareils.
Si la diffusion vous impacte au travail, gardez une preuve propre et évitez de “répliquer” en interne. La logique est proche de celle abordée dans notre guide sur un salarié qui enregistre des réunions et la gestion de preuves au sein d’une entreprise, à lire ici: gérer un enregistrement de réunion sans autorisation.
Ce qu’un avocat pénaliste vous demandera
- Où et quand vous avez découvert la diffusion.
- Les preuves disponibles sans transfert du fichier.
- Ce que vous avez déjà fait (signalements, contacts).
- Si l’auteur est identifiable et s’il y a un historique (couple, ex, conflit).
Un avocat spécialisé peut aussi vous guider sur la protection de votre personnalité, par exemple via des démarches civiles ou urgentes selon les cas. Pour comprendre la logique générale, vous pouvez aussi consulter notre définition de la protection de la personnalité.
Cas particulier: diffusion liée à un contexte d’emploi
Si l’affaire touche votre entreprise, la gestion de la preuve devient aussi une question de gouvernance interne. Selon le contexte, des sujets voisins peuvent vous concerner, comme une accusation de discrimination à l’embauche et la manière de conserver des preuves propres, à lire ici: réagir à une accusation de discrimination à l’embauche. Si un conflit RH se durcit en parallèle, vous trouverez aussi des repères utiles sur: une demande de certificat de travail intermédiaire pendant un conflit, un conflit sur des commissions et objectifs, ou un conflit sur le paiement des vacances en fin de contrat.
Besoin d’agir vite, sans faire d’erreur de preuve ?
JuriUp vous met en relation avec un avocat pénaliste adapté à votre situation en Suisse romande. Vous décrivez les faits, puis vous recevez un retour clair sur la stratégie, les preuves utiles et les prochaines étapes. Le tout avec confidentialité et un cadrage rassurant.
6 FAQ questions fréquentes
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Est-ce que je dois télécharger la vidéo pour prouver la diffusion ?
Pas forcément. Dans beaucoup de situations, des captures contextualisées, l’URL et un journal d’incident suffisent déjà à établir qu’il y a diffusion et où elle a lieu. Télécharger le fichier peut augmenter le risque de redistribution. Si vous avez un doute sur ce qui est nécessaire dans votre cas, un avis rapide via un avocat pénaliste sur JuriUp permet de choisir l’approche la plus sûre.
Est-ce que c’est toujours du “revenge porn” si ce n’est pas un ex ?
Le terme “revenge porn” est surtout un mot courant pour parler de la diffusion d’images intimes sans consentement. Juridiquement, en Suisse, la qualification dépend des faits concrets, de l’intention, du canal et d’éventuelles menaces. Si vous hésitez sur la qualification ou sur l’opportunité d’une plainte, un avocat spécialisé peut analyser rapidement votre dossier.
Puis-je demander la suppression aux plateformes sans plainte ?
Oui, généralement vous pouvez signaler et demander un retrait immédiatement. Une plainte pénale n’est pas toujours nécessaire pour activer une modération. L’idéal est de documenter d’abord, puis de demander le retrait sans partager la vidéo ou la photo.
Est-ce risqué de faire des captures d’écran si la publication disparaît ensuite ?
Les captures servent justement à figer une situation avant suppression. Le point d’attention est le stockage et le partage: conservez-les dans un endroit contrôlé, et évitez les transferts inutiles. Si vous avez besoin d’un traitement “propre” de la preuve, un avocat pénaliste peut vous indiquer les bonnes pratiques adaptées à votre canton.
Que dire à vos proches qui reçoivent les images ?
Demandez-leur de ne pas transférer, de ne pas commenter publiquement, et de conserver une trace minimale s’ils peuvent le faire sans redistribuer. S’ils ont reçu le contenu en message, une capture montrant l’expéditeur et le contexte peut être utile. Pour organiser cela sans stress, vous pouvez centraliser les informations via votre dossier JuriUp et demander à un avocat ce qu’il est préférable de collecter.