Retenue sur salaire en suisse : règles et limites (co)
La retenue sur salaire est une déduction opérée par l'employeur sur la rémunération du travailleur, strictement encadrée par la loi pour protéger le minimum d'existence.
Définition et explication
En droit suisse du travail, le paiement du salaire est l’obligation principale de l’employeur. Il arrive régulièrement que des montants soient déduits de la fiche de paie. Si certaines déductions sont obligatoires, d’autres sont soumises à des règles très strictes pour protéger la sécurité financière du travailleur.
- Les retenues légales : Il s’agit des cotisations aux assurances sociales (AVS, AI, APG, AC) et à la prévoyance professionnelle (LPP). Elles sont prélevées d’office.
- La retenue de garantie : Selon l’article 323a du Code des obligations (CO), l’employeur peut retenir une partie du salaire pour garantir ses créances. Cette retenue est limitée à un dixième du salaire exigible le jour de la paie et ne peut pas dépasser, au total, le salaire d’une semaine de travail.
- La compensation : L’employeur souhaite parfois déduire un montant pour réparer un dommage causé par l’employé. L’article 323b CO précise que l’employeur ne peut compenser sa créance qu’en respectant le minimum insaisissable (minimum d’existence) du travailleur, tel que défini par l’Office des poursuites. La seule exception concerne les dommages causés intentionnellement par l’employé.
Toute déduction arbitraire ou punitive qui ne repose pas sur une base légale, un contrat clair ou une convention collective de travail (CCT) est illicite. Vous avez le droit d’exiger le versement intégral de la part abusivement retenue.
Quand une retenue sur salaire est-elle autorisée ?
- Pour le prélèvement des cotisations sociales obligatoires.
- Pour le remboursement d’une avance sur salaire précédemment accordée.
- Pour la réparation d’un dommage causé par l’employé, à condition que sa négligence grave ou sa faute intentionnelle soit prouvée.
- En cas de compensation d’une créance de l’employeur, dans la stricte limite de la part saisissable du salaire.
- Pour des déductions expressément prévues par contrat, comme une participation aux frais de repas ou l’usage privé d’un véhicule d’entreprise.
Exemple de retenue pour un déficit de caisse
Marc travaille comme caissier dans une épicerie. À la fin de la semaine, le gérant constate un manque de 150 CHF dans la caisse de Marc. Jugeant que Marc est responsable, l’employeur décide de déduire unilatéralement ces 150 CHF du salaire mensuel de Marc, sans chercher à prouver une faute spécifique et sans vérifier le minimum d’existence de son employé.
À retenir
Selon le droit suisse, cette retenue est abusive. Un déficit de caisse (ou « manquant de caisse ») relève en principe du risque d’entreprise. Pour imputer cette perte à Marc et effectuer une retenue sur son salaire, l’employeur doit prouver que Marc a causé ce dommage intentionnellement ou par une négligence grave (Art. 321e CO). Une simple erreur d’inattention dans un commerce très fréquenté ne justifie pas une telle déduction. De plus, même si la faute était prouvée, l’employeur n’aurait le droit de prélever cette somme que si elle n’entame pas le minimum d’existence de Marc. Ce dernier peut contester cette décision par écrit et saisir le Tribunal des prud’hommes pour réclamer le versement des 150 CHF manquants.
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Questions fréquentes
Sources
- CO art. 321e (Responsabilité du travailleur), CO art. 323a (Retenues sur le salaire), CO art. 323b (Protection du salaire et compensation), LP art. 93 (Minimum insaisissable)