Arnaque à la chambre en colocation ou en sous-location : l’étudiant qui arrive de loin et le sous-loueur absent qui réclame un paiement pour envoyer les clés
Une chambre à prix doux en colocation ou en sous-location, un sous-loueur qui se dit absent et un paiement exigé pour réserver la chambre ou envoyer les clés. Après le virement, plus aucune nouvelle.
Comment ça marche
Le piège vise les personnes qui cherchent une chambre sans pouvoir la visiter, typiquement un étudiant ou un stagiaire qui s’installe dans une nouvelle ville. L’annonce est souvent copiée d’une annonce réelle, avec un loyer attractif. L’auteur se dit absent, parfois à l’étranger, et propose de régler tout à distance : avance de loyer ou caution pour réserver, puis envoi des clés par la poste pour visiter. Ce stratagème de la clé est décrit par la Prévention Suisse de la Criminalité (PSC) : https://www.skppsc.ch/fr/fraude-a-la-commission-sur-un-bien-immobilier/. Une fois le paiement reçu, le contact est coupé. Les clés n’arrivent jamais.
Ce stratagème vise en particulier les étudiants et les stagiaires qui cherchent une chambre à distance.
Le second piège : la sous-location sans accord. Même avec une vraie chambre, la sous-location suppose le consentement du bailleur. L’art. 262 al. 1 CO dit : « Le locataire peut sous-louer tout ou partie de la chose avec le consentement du bailleur. » Le bailleur ne peut le refuser que dans trois cas (art. 262 al. 2 CO) : si le locataire refuse de lui communiquer les conditions de la sous-location, si ces conditions, comparées à celles du bail principal, sont abusives, ou si la sous-location présente pour lui des inconvénients majeurs. Un sous-loueur honnête n’a donc rien à cacher sur les conditions. Par ailleurs, le bailleur peut s’adresser directement au sous-locataire pour l’obliger à respecter l’usage autorisé par le bail principal (art. 262 al. 3 CO). Celui qui s’installe sans accord du bailleur s’expose à ce contact direct.
Texte de loi : art. 262 CO sur Fedlex.
Le plafond de la garantie. Pour les baux d’habitations, le bailleur ne peut exiger des sûretés dépassant trois mois de loyer, et il doit les déposer sur un compte bancaire au nom du locataire (art. 257e al. 1 et 2 CO, texte sur Fedlex). Un virement de « réservation » vers un compte privé ne ressemble pas à ce mécanisme. Cet article parle du bailleur, et son application à un locataire principal qui sous-loue n’est pas établie. Les cantons peuvent ajouter des règles (art. 257e al. 4 CO). Un avocat peut évaluer votre situation précise.
Le volet pénal. L’escroquerie (art. 146 al. 1 CP) est punie d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire. Si l’auteur fait métier de l’escroquerie, la peine va de six mois à dix ans (art. 146 al. 2 CP). Texte : art. 146 CP sur Fedlex.
Le déroulé de l’arnaque
- Vous cherchez une chambre depuis un autre canton ou l'étranger et tombez sur une annonce à prix très bas, avec de belles photos, souvent copiées d'une autre annonce.
- Vous écrivez et le sous-loueur répond vite : il est absent ou à l'étranger, il ne peut pas organiser de visite, mais il a beaucoup de demandes.
- Il vous propose de réserver la chambre en payant à l'avance un loyer ou une caution, en échange de l'envoi des clés par la poste pour que vous visitiez.
- Il vous demande parfois une copie de votre pièce d'identité et un virement vers un compte privé, avec un contrat « type » envoyé par message.
- Le paiement part, puis les messages restent sans réponse, les clés n'arrivent pas et l'annonce disparaît. La chambre n'a peut-être jamais été à louer.
Exemples concrets
Réservation de la chambre contre envoi des clés
Message privéL'argent est demandé avant toute visite, vers un compte que vous ne pouvez pas rattacher à un bailleur. La promesse d'envoyer les clés est le stratagème décrit par la PSC. Un sous-loueur honnête vous met en contact avec son bailleur ou vous fait visiter.
Contrat envoyé par e-mail, sans nom du bailleur
EmailLe contrat ne nomme ni le bailleur ni le loyer du bail principal, et il n'est question d'aucun accord du bailleur, pourtant exigé par l'art. 262 al. 1 CO. La pression du délai et la copie de pièce d'identité sont des signaux d'alerte. L'OFCS recommande de ne pas transmettre de copie de pièce d'identité.
Message de relance après le virement
SMSAprès le premier paiement, l'auteur invente un nouvel obstacle pour obtenir davantage. Ne payez rien de plus : coupez le contact, conservez les messages et contactez votre banque et la police.
Signaux d’alerte
- Le prix de la chambre est nettement plus bas que ceux du quartier
- Le sous-loueur se dit absent ou à l'étranger et refuse toute visite ou visioconférence depuis la chambre
- On vous demande un paiement avant la visite, pour réserver ou pour envoyer les clés
- Le paiement doit aller sur un compte privé, sans lien avec un bailleur ou une gérance
- Aucun nom de bailleur et aucune mention de son accord à la sous-location
- On vous presse en évoquant d'autres candidats
- On vous réclame une copie de votre pièce d'identité avant tout contrat
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Comment se protéger
- Ne versez jamais d'argent avant d'avoir visité la chambre ou de l'avoir vue en direct avec une personne de confiance sur place
- Demandez le nom du bailleur et demandez que le sous-loueur vous fournisse la confirmation écrite de son accord (l'art. 262 CO n'impose pas de forme, mais l'écrit prouve l'accord)
- Comparez l'annonce avec d'autres sites : photos et texte copiés sont un mauvais signe
- Demandez le loyer du bail principal : une sous-location à un prix très supérieur peut être refusée par le bailleur (art. 262 al. 2 let. b CO)
- Ne transmettez pas de copie de pièce d'identité avant d'avoir vérifié la personne
- Cherchez via les services de logement de votre université ou de votre haute école, ou demandez à un proche sur place de visiter
- Si une garantie est demandée, exigez qu'elle soit versée sur un compte au nom du locataire, comme le prévoit l'art. 257e CO pour les baux d'habitation
Que faire si vous êtes victime
- Coupez immédiatement le contact et ne payez rien de plus
- Contactez votre banque tout de suite pour tenter de bloquer ou de rappeler le virement (conseil de prudence, l'issue dépend de la banque)
- Conservez les captures d'écran, l'annonce, les messages, le contrat et le justificatif de paiement
- Déposez plainte à la police, au ministère public ou à l'autorité pénale compétente, par écrit ou oralement (art. 304 al. 1 CPP). Agissez sans attendre
- Signalez le cas sur le portail de signalement de l'OFCS (https://www.report.ncsc.admin.ch/fr/), qui permet de signaler un cyberincident
- Si vous avez transmis votre pièce d'identité, surveillez vos comptes et soyez attentif aux tentatives d'usurpation
- Pour un litige sur une chambre réellement sous-louée, un avocat pourra évaluer votre situation
Questions fréquentes
Oui, mais le locataire principal a besoin du consentement de son bailleur. L'art. 262 al. 1 CO prévoit que le locataire peut sous-louer tout ou partie de la chose avec le consentement du bailleur. Avant de payer, demandez qui est le bailleur et si son accord existe.
Dans trois cas seulement (art. 262 al. 2 CO) : si le locataire refuse de communiquer les conditions de la sous-location, si ces conditions, comparées à celles du bail principal, sont abusives, ou si la sous-location présente pour le bailleur des inconvénients majeurs.
Le bailleur peut s'adresser directement au sous-locataire pour l'obliger à respecter l'usage autorisé par le bail principal (art. 262 al. 3 CO). Les autres conséquences, comme une éventuelle résiliation, dépendent de votre cas : un avocat peut l'évaluer sur votre dossier.
Pour les baux d'habitations, le bailleur ne peut pas exiger des sûretés dépassant trois mois de loyer, déposées sur un compte au nom du locataire (art. 257e al. 2 et 1 CO). Son application à un locataire principal qui sous-loue n'est pas établie, donc un virement de réservation vers un compte privé reste un signal d'alerte.
Oui. L'escroquerie (art. 146 al. 1 CP) est punie d'une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d'une peine pécuniaire, et de six mois à dix ans si l'auteur en fait métier (art. 146 al. 2 CP). Le cas des proches ou des familiers, par exemple un ami proche, n'est poursuivi que sur plainte (art. 146 al. 3 CP).
Vous pouvez déposer plainte à la police, au ministère public ou à l'autorité pénale compétente, par écrit ou oralement (art. 304 al. 1 CPP). Si une plainte est exigée, comme pour l'escroquerie entre proches, le droit de porter plainte se prescrit par trois mois (art. 31 CP). Dans tous les cas, agissez tout de suite.
Sources
- Prévention Suisse de la Criminalité (PSC) - Fraude à la commission sur un bien immobilier
- Prévention Suisse de la Criminalité (PSC) - Escroquerie
Dernière mise à jour : 23 octobre 2026
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