La situation
Contexte initial
Albana H., infirmière, est propriétaire de son appartement de quatre pièces dans un immeuble en propriété par étages dans le canton de Genève. Elle y vit depuis six ans. L’appartement du dessus est loué par une régie à un nouveau locataire depuis le printemps.
L'élément déclencheur
Depuis l’été, le locataire du dessus fait de la musique amplifiée et reçoit du monde plusieurs soirs par semaine, souvent après 23 heures. Albana dort mal et doit enchaîner des gardes à l’hôpital. Une discussion directe sur le palier n’a rien changé.
Les enjeux
Frais d'avocat et de procédure éventuels, dont le montant dépend du tarif cantonal et de la complexité de l'affaire. Risque de perte de valeur d'usage du logement si le trouble se prolonge.
Sommeil perturbé, fatigue au travail, tensions durables dans l'immeuble.
La loi ne fixe pas de délai court pour agir contre le bruit. En revanche, la régie ne peut résilier le bail du locataire bruyant qu'après une protestation écrite (art. 257f al. 3 CO) : plus tôt vous la saisissez par écrit, plus tôt cette étape peut être franchie.
Analyse juridique
Bases légales applicables
- CC art. 684 – Le propriétaire doit s’abstenir de tout excès au détriment du voisin. Le bruit est expressément visé lorsqu’il a un effet dommageable et excède les limites de la tolérance que se doivent les voisins, d’après l’usage local, la situation et la nature des immeubles. La loi ne fixe aucun seuil chiffré.
- CC art. 679 al. 1 – Celui qui est atteint ou menacé d’un dommage parce qu’un propriétaire excède son droit peut agir pour que les choses soient remises en l’état ou que des mesures écartent le danger, sans préjudice de dommages-intérêts.
- CC art. 928 – Le possesseur troublé peut actionner l’auteur du trouble. L’action tend à faire cesser le trouble, à la défense de le causer et à la réparation du dommage.
- CO art. 257f al. 2 et 3 – Le locataire doit avoir les égards dus aux personnes habitant la maison et aux voisins. Après une protestation écrite du bailleur, celui-ci peut résilier le bail si le maintien est devenu insupportable.
- CPC art. 197, 213, 257 et 261 – Conciliation préalable, médiation, procédure sommaire en cas clair, mesures provisionnelles.
- Règlement genevois sur la salubrité et la tranquillité publiques (RSTP, rsGE E 4 05.03) – Tout excès de bruit de nature à troubler la tranquillité publique est interdit, y compris sur le domaine privé (art. 16 RSTP) ; entre 21 h et 7 h, tout acte de nature à troubler la tranquillité nocturne est interdit (art. 17 RSTP).
Droits du client
Vous pouvez exiger que le bruit excessif cesse. Le voisin propriétaire peut être actionné sur la base de l’art. 679 CC. Si le voisin est locataire, vous pouvez alerter la régie, qui dispose de l’art. 257f CO. Vous pouvez aussi appeler la police en cas de bruit de voisinage : selon la page de l’État de Genève, elle peut notifier une contravention entre CHF 100 et CHF 10’000 par infraction.
Vous pouvez demander au tribunal des mesures provisionnelles pour faire cesser le bruit en attendant le jugement, si vous rendez vraisemblable une atteinte et un préjudice difficilement réparable (art. 261 al. 1 CPC).
Obligations de la partie adverse
Le voisin doit respecter les limites de tolérance de l’art. 684 CC. S’il est locataire, il doit avoir les égards dus aux voisins (art. 257f al. 2 CO). La régie, informée par écrit, peut adresser une protestation écrite au locataire, étape préalable à une résiliation possible (art. 257f al. 3 CO). Elle n’y est pas tenue par ce seul article : c’est une faculté du bailleur.
Délais légaux à respecter
- Résiliation pour manque d’égards : délai de congé minimum de 30 jours pour la fin d’un mois pour un logement, après protestation écrite du bailleur (art. 257f al. 3 CO).
- Action au fond après l’autorisation de procéder : le demandeur dispose de trois mois à compter de la délivrance de l’autorisation de procéder pour porter l’action devant le tribunal (art. 209 al. 3 CPC).
- Audience de conciliation : elle a lieu dans les deux mois qui suivent la réception de la requête (art. 203 al. 1 CPC).
Stratégie déployée
Options envisagées
Quatre pistes s’offrent à Albana H. :
- Dialogue et courrier : rappeler les faits au voisin par écrit.
- Alerte à la régie : courrier recommandé avec le journal des nuisances.
- Police : appel au 117 lors des nuisances nocturnes.
- Conciliation, médiation, puis action en justice devant le Tribunal de première instance du canton de Genève.
Documentation des faits, courrier à la régie, puis conciliation et médiation avant toute action en justice
Justification du choix
La loi mesure le bruit à la tolérance entre voisins, selon l’usage local, la situation et la nature des immeubles (art. 684 CC). C’est une question d’appréciation : sans preuves précises, l’atteinte reste difficile à établir. Le courrier à la régie ouvre la voie à la protestation écrite exigée par l’art. 257f al. 3 CO, et la conciliation précède de toute façon le procès (art. 197 CPC).
Intervenants externes
Étapes de la procédure
- Tenir un journal des nuisances : date, heure de début et de fin, nature du bruit, témoins éventuels.
- Appeler la police lors des épisodes nocturnes (117 en cas d’urgence), afin que des interventions soient consignées.
- Écrire à la régie avec le journal, pour qu’elle puisse protester par écrit auprès du locataire (art. 257f CO).
- Proposer une médiation : elle exige l’accord de toutes les parties (art. 213 CPC). Le Bureau de la médiation du Pouvoir judiciaire genevois informe et oriente vers des médiateurs.
- Requête de conciliation auprès du Tribunal de première instance du canton de Genève, préalable à l’action (art. 197 CPC).
- Action en justice sur la base des art. 679 et 684 CC, éventuellement avec mesures provisionnelles (art. 261 CPC).
Résultat obtenu
Arrangement partiel
Dans le cas d'Albana H., la régie adresse une protestation écrite au locataire, qui accepte de ne plus faire de musique amplifiée après 22 heures en semaine. Le bruit diminue sans disparaître. Aucune procédure judiciaire n'est nécessaire. Les résultats varient selon les circonstances, la qualité des preuves et l'attitude du voisin.
Durée totale : dépend de l'attitude du voisin et de l'autorité saisie : de quelques semaines pour un règlement par la régie à plusieurs mois si l'affaire va en justice
Enseignements clés
Le bruit ne se mesure pas par un seuil légal, mais par la tolérance que se doivent les voisins (art. 684 CC). Un journal précis et un courrier écrit à la régie pèsent plus qu’une plainte orale. La conciliation précède le procès (art. 197 CPC), et la médiation suppose l’accord du voisin. Les résultats varient selon chaque situation ; un avocat évaluera vos chances sur votre dossier.
Comment éviter cette situation
Signaux d'alerte
- Bruits répétés de nuit malgré une première discussion
- Voisin qui conteste les faits ou les minimise
- Régie qui ne répond pas à un courrier simple
Bonnes pratiques
- Noter chaque épisode avec date, heures et nature du bruit
- Écrire à la régie en courrier recommandé et garder une copie
- Demander à d’autres voisins gênés de confirmer par écrit
- Proposer une médiation avant d’engager une procédure
Erreurs courantes à éviter
- Se contenter de plaintes orales sans trace écrite
- Répondre au bruit par du bruit ou des représailles
- Saisir le tribunal sans avoir tenté la conciliation, qui précède l’action (art. 197 CPC)
- Attendre des mois avant d’avertir la régie
Points clés à retenir
- Aucun seuil chiffré : tolérance entre voisins (art. 684 CC)
- Journal des nuisances et courrier écrit à la régie
- Protestation écrite du bailleur avant résiliation (art. 257f al. 3 CO)
- Conciliation préalable à l’action (art. 197 CPC)
- Mesures provisionnelles possibles (art. 261 CPC)
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Questions fréquentes
Notez chaque épisode dans un journal, appelez la police lors des nuisances nocturnes, puis écrivez à la régie ou au voisin propriétaire. Si cela échoue, la conciliation puis l’action en justice restent ouvertes (art. 197 CPC, art. 679 et 684 CC).
La loi ne fixe aucun seuil chiffré. Le bruit est interdit lorsqu’il a un effet dommageable et dépasse la tolérance que se doivent les voisins, d’après l’usage local, la situation et la nature des immeubles (art. 684 al. 2 CC). Le règlement genevois sur la salubrité et la tranquillité publiques interdit aussi tout excès de bruit troublant la tranquillité publique, et tout acte troublant la tranquillité nocturne entre 21 h et 7 h (art. 16 et 17 RSTP).
Selon la page de l’État de Genève consacrée au bruit de voisinage, la police peut notifier une contravention entre CHF 100 et CHF 10’000 par infraction.
Oui, mais seulement après une protestation écrite du bailleur et si le maintien du bail est devenu insupportable. Le délai de congé est alors d’au moins 30 jours pour la fin d’un mois pour un logement (art. 257f al. 3 CO). Vous ne résiliez rien vous-même : c’est la régie qui décide.
Non. Elle remplace la conciliation seulement si toutes les parties le demandent (art. 213 CPC). Le voisin peut la refuser. Le Bureau de la médiation du Pouvoir judiciaire genevois informe et oriente vers des médiateurs.
Le coût dépend du tarif cantonal, de la valeur du litige et du recours éventuel à un avocat. Un avocat peut l’estimer sur votre dossier avant toute démarche.
Sources et références
- CC art. 641, 679, 684, 928 (https://juriup.ch/lois/cc/ ; CO art. 257f (https://juriup.ch/lois/co/art-257f/) ; CPC art. 197, 198, 213, 257, 261 (https://juriup.ch/lois/cpc/art-197/) ; RSTP (https://silgeneve.ch/legis/program/books/rsg/htm/rsg_e4_05p03.htm) ; État de Genève, bruit de voisinage (https://www.ge.ch/bruit-voisinage) ; Pouvoir judiciaire genevois (https://justice.ge.ch/fr/contenu/tribunal-de-premiere-instance, https://justice.ge.ch/fr/theme/deroulement-dune-mediation)