Licenciement en Suisse romande : délais de congé, motifs abusifs et contestation
Quel délai de congé s'applique, quand un licenciement est abusif ou nul, comment faire opposition et saisir la justice : JuriUp vous explique les règles du Code des obligations, valables dans toute la Suisse romande, et les gestes à ne pas manquer.
En Suisse, un employeur peut en principe licencier sans justifier sa décision, mais il doit respecter un délai de congé, éviter certaines périodes de protection et ne pas donner un congé pour un motif que la loi qualifie d'abusif. Selon l'art. 335 CO, le contrat de durée indéterminée peut être résilié par chacune des parties, et celle qui donne le congé doit le motiver par écrit si l'autre partie le demande.
Le point le plus important est souvent méconnu : un congé abusif reste valable. L'art. 336a CO ne prévoit qu'une indemnité, pas l'annulation du licenciement. Et pour obtenir cette indemnité, des étapes strictes s'imposent (art. 336b CO), avec une opposition écrite à faire avant la fin du délai de congé.
Délai de congé légal
1, 2 ou 3 mois
Indemnité maximale (congé abusif)
6 mois de salaire
Délai pour agir en justice
180 jours
Bon à savoir
Ces règles fédérales valent dans toute la Suisse romande. Seul le nom du tribunal compétent et la manière de le saisir varient selon votre canton. Un avocat spécialisé mis en relation par JuriUp peut vérifier votre situation avant l'échéance de votre délai de congé.
1. Les délais de congé légaux
Selon l'art. 335c, al. 1 CO, le contrat peut être résilié pour la fin d'un mois moyennant un délai de congé d'un mois pendant la première année de service, de deux mois de la deuxième à la neuvième année de service, de trois mois ultérieurement. Le contrat ne prend donc fin qu'à la fin d'un mois, jamais en cours de mois.
Ces délais ne sont pas intangibles. L'art. 335c, al. 2 CO permet de les modifier par accord écrit, contrat-type de travail ou convention collective. Des délais inférieurs à un mois ne peuvent toutefois être fixés que par convention collective et pour la première année de service. Vérifiez donc toujours votre contrat et la convention collective applicable à votre branche.
Ce que la loi garantit
- Des délais identiques pour les deux parties : si un accord prévoit des délais différents, le plus long s'applique aux deux (art. 335a, al. 1 CO) ;
- Des délais plus courts en faveur du travailleur restent possibles lorsque l'employeur a manifesté son intention de résilier ou a résilié pour des motifs d'ordre économique (art. 335a, al. 2 CO) ;
- Une prolongation du délai du nombre de jours de congé de l'autre parent non pris, dans le cas prévu à l'art. 335c, al. 3 CO.
Le cas de la période d'essai
Pendant le temps d'essai, le délai de congé est de sept jours, à tout moment (art. 335b CO). Le premier mois de travail est considéré comme temps d'essai, et un accord écrit, un contrat-type ou une convention collective peuvent prévoir une durée différente, jusqu'à trois mois au plus. Ce régime particulier a sa propre page sur JuriUp.
Astuce JuriUp
Pour estimer votre date de fin de contrat, utilisez l'outil délai de congé en droit du travail, puis faites confirmer le résultat par un expert juridique si votre contrat contient une clause particulière.
2. Quand le licenciement est abusif, nul ou immédiat
Trois situations très différentes sont souvent confondues. Elles n'ont ni les mêmes conditions ni les mêmes conséquences : le congé abusif (art. 336 CO), le congé donné en temps inopportun (art. 336c CO) et le licenciement immédiat (art. 337 CO).
Le congé abusif (art. 336 CO)
- Motif inhérent à la personnalité de l'autre partie, sauf lien avec le rapport de travail ou préjudice grave au travail dans l'entreprise ;
- Exercice d'un droit constitutionnel, sauf violation d'une obligation du contrat ou préjudice grave au travail dans l'entreprise ;
- Congé donné seulement pour empêcher la naissance de prétentions juridiques de l'autre partie ;
- Congé donné parce que l'autre partie fait valoir de bonne foi des prétentions résultant du contrat de travail ;
- Congé donné en raison d'un service obligatoire (militaire, protection civile, service civil) ou d'une obligation légale.
Les cas propres à l'employeur
- Appartenance ou non-appartenance à une organisation de travailleurs, ou exercice conforme au droit d'une activité syndicale ;
- Congé donné à un représentant élu des travailleurs membre d'une commission d'entreprise ou d'une institution liée à l'entreprise, lorsque l'employeur ne prouve pas un motif justifié ;
- Licenciement collectif sans la procédure de consultation de l'art. 335f CO.
Sur ce dernier point, l'art. 335f CO impose à l'employeur qui envisage un licenciement collectif de consulter la représentation des travailleurs ou, à défaut, les travailleurs. Ils doivent au moins pouvoir formuler des propositions pour éviter les congés, en limiter le nombre et en atténuer les conséquences. Les motifs économiques font l'objet d'une page distincte sur JuriUp.
Le congé en temps inopportun : nul, ou suspendu
Après le temps d'essai, l'art. 336c CO interdit à l'employeur de résilier notamment pendant une incapacité de travail totale ou partielle résultant d'une maladie ou d'un accident non imputables à la faute du travailleur, durant 30 jours la première année de service, 90 jours de la deuxième à la cinquième année et 180 jours à partir de la sixième année. La protection couvre aussi la grossesse et les seize semaines qui suivent l'accouchement, ainsi que le service obligatoire, avec une protection étendue aux quatre semaines avant et après ce service s'il a duré plus de onze jours.
La sanction dépend du moment du congé. Le congé donné pendant une de ces périodes est nul. Le congé donné avant la période, dont le délai n'a pas expiré, voit ce délai suspendu : il ne continue à courir qu'après la fin de la période. Si le terme ne coïncide pas avec la fin du délai, celui-ci est prolongé jusqu'au prochain terme.
Le licenciement immédiat
Chaque partie peut résilier immédiatement le contrat en tout temps pour de justes motifs, avec motivation écrite si l'autre partie la demande (art. 337 CO). Sont de justes motifs les circonstances qui, selon les règles de la bonne foi, ne permettent pas d'exiger la continuation des rapports de travail. Le juge apprécie librement, et une incapacité de travail sans faute n'en est en aucun cas un.
Si ce licenciement est injustifié, le travailleur a droit à ce qu'il aurait gagné jusqu'à l'échéance du délai de congé, sous déduction notamment de ce qu'il a épargné et du revenu d'un autre travail. Le juge peut en plus condamner l'employeur à une indemnité, qui ne peut dépasser six mois de salaire (art. 337c CO).
Exception en matière d'égalité
Le congé donné en représailles après une réclamation, une conciliation ou une action en justice fondée sur l'égalité entre femmes et hommes est annulable s'il ne repose pas sur un motif justifié (art. 10 de la loi sur l'égalité). Le travailleur doit saisir le tribunal dans le délai du congé, et le juge peut ordonner un réengagement provisoire. C'est le seul cas d'annulation du congé examiné ici.
3. Contester : opposition écrite et action en justice
Pour obtenir une indemnité fondée sur les art. 336 et 336a CO, vous devez faire opposition au congé par écrit auprès de l'employeur, au plus tard jusqu'à la fin du délai de congé (art. 336b, al. 1 CO). Cette lettre n'a pas besoin d'être longue : elle exprime clairement que vous contestez le licenciement. Envoyez-la de manière à pouvoir prouver sa réception, par exemple en recommandé.
Si l'opposition est valable et que les parties ne s'entendent pas pour maintenir le rapport de travail, vous pouvez faire valoir votre prétention à une indemnité. Vous devez agir en justice dans les 180 jours à compter de la fin du contrat, sous peine de péremption, c'est-à-dire de perte définitive du droit (art. 336b, al. 2 CO).
Le montant de l'indemnité
- L'indemnité est fixée par le juge, compte tenu de toutes les circonstances ;
- Elle ne peut pas dépasser six mois de salaire du travailleur (art. 336a, al. 2 CO) ;
- En cas de congé abusif faute de consultation lors d'un licenciement collectif, le plafond est de deux mois de salaire (art. 336a, al. 3 CO) ;
- Les dommages-intérêts dus à un autre titre sont réservés.
La loi ne fixe pas de montant habituel, seulement un plafond. Pour estimer votre base de calcul, consultez l'outil salaire brut net et l'outil indemnité de licenciement abusif.
Le piège le plus fréquent : attendre la fin du contrat pour réagir. L'opposition écrite doit être envoyée avant l'échéance du délai de congé, sinon l'indemnité est compromise.
La procédure commence en principe par une tentative de conciliation devant une autorité de conciliation (art. 197 CPC). Le tribunal compétent et la manière de déposer la requête dépendent de votre canton et de la valeur du litige : un expert juridique JuriUp vous indique l'autorité compétente dans votre canton. Côté frais, il n'est pas perçu de frais judiciaires dans la procédure au fond pour les litiges portant sur un contrat de travail lorsque la valeur litigieuse n'excède pas 30 000 francs (art. 114, let. c CPC). Cette gratuité vise les frais judiciaires : elle n'inclut pas les honoraires de votre avocat.
4. Que faire concrètement après la réception du congé ?
Prenons João N., employé depuis quatre ans, qui reçoit une lettre de licenciement peu après avoir réclamé le paiement d'heures supplémentaires. Dans sa situation, le délai légal est de deux mois pour la fin d'un mois (art. 335c CO), sauf clause différente. Le lien possible avec sa réclamation relève de l'art. 336, al. 1, let. d CO, mais seul un examen du dossier permet d'apprécier si ce motif est établi.
Étape 1, Réunir les preuves et réclamer les motifs
Conservez la lettre et la preuve de sa réception. Demandez la motivation écrite, que l'employeur doit fournir sur demande (art. 335 CO). Rassemblez contrat, échanges, évaluations et tout élément lié au motif présumé.
Étape 2, Vérifier les périodes de protection
Maladie, accident, grossesse ou service obligatoire au moment du congé : un congé donné pendant une période protégée est nul, et un congé donné avant elle voit son délai suspendu (art. 336c CO).
Étape 3, Faire opposition par écrit avant la fin du délai
Adressez votre opposition à l'employeur avant la fin du délai de congé (art. 336b CO). Un avocat spécialisé peut la rédiger et vérifier qu'elle est valable.
Étape 4, Négocier ou saisir la justice dans les 180 jours
Une solution amiable reste possible. À défaut, agissez dans les 180 jours à compter de la fin du contrat, en passant d'abord par la conciliation (art. 197 CPC).
Gardez aussi en tête les à-côtés du licenciement : salaire jusqu'à la fin du contrat, certificat de travail, vacances restantes et inscription auprès de l'office régional de placement (ORP). Si votre salaire n'est plus versé, consultez notre page sur le salaire non versé et les démarches pour le réclamer. Si le congé fait suite à votre refus d'un nouveau lieu de travail, lisez refuser un changement de lieu de travail avec une clause de mobilité.
Résumé rapide à retenir
Le délai légal est de un mois, deux mois ou trois mois selon l'ancienneté, pour la fin d'un mois (art. 335c CO), sauf accord écrit ou convention collective.
Un congé abusif reste valable : il ouvre droit à une indemnité de six mois de salaire au plus (art. 336a CO).
L'opposition écrite doit être envoyée avant la fin du délai de congé, puis l'action doit être déposée dans les 180 jours (art. 336b CO).
Un congé donné pendant maladie, accident, grossesse ou service obligatoire est nul (art. 336c CO).
Vous venez d'être licencié ?
Décrivez votre situation en quelques lignes : JuriUp vous met en relation avec un avocat spécialisé en droit du travail dans votre canton, pour vérifier votre délai de congé, l'opposition à envoyer et vos chances d'obtenir une indemnité.
Questions fréquentes
Mon employeur peut-il me licencier sans me donner de motif ?
Oui, en principe, mais vous pouvez exiger une motivation écrite : la partie qui donne le congé doit la fournir si l'autre partie la demande (art. 335 CO). Le motif donné sert ensuite à apprécier s'il est abusif.
Un licenciement abusif peut-il être annulé ?
L'art. 336a CO prévoit une indemnité, pas une annulation. L'annulation n'existe que dans le cas particulier du congé de représailles en matière d'égalité (art. 10 de la loi sur l'égalité). Le congé donné pendant une période protégée de l'art. 336c CO est quant à lui nul.
Combien de temps ai-je pour agir ?
Vous devez d'abord faire opposition par écrit jusqu'à la fin du délai de congé, puis agir en justice dans les 180 jours à compter de la fin du contrat, sous peine de péremption (art. 336b CO). Pour d'autres délais, voyez l'outil délai de recours.
Dois-je payer des frais de tribunal pour contester mon licenciement ?
Il n'est pas perçu de frais judiciaires dans la procédure au fond lorsque la valeur litigieuse n'excède pas 30 000 francs (art. 114, let. c CPC). Les honoraires d'avocat restent à prévoir : un expert JuriUp peut vous en indiquer l'ordre de grandeur avant tout mandat.
Que se passe-t-il si je suis licencié immédiatement ?
Le licenciement immédiat exige de justes motifs (art. 337 CO). S'il est injustifié, vous avez droit à ce que vous auriez gagné jusqu'à l'échéance du délai de congé, et le juge peut ajouter une indemnité de six mois de salaire au plus (art. 337c CO).
Textes officiels et ressources utiles
- Fedlex, CO, art. 335c : délais de congé
- Fedlex, CO, art. 336 : congé abusif
- Fedlex, CO, art. 336a : indemnité
- Fedlex, CO, art. 336b : opposition et action en justice
- Fedlex, CO, art. 336c : congé en temps inopportun
- Fedlex, CO, art. 337 : résiliation immédiate
- Fedlex, CPC, art. 114 : gratuité de la procédure
Rédigé par la Rédaction juridique JuriUp
Équipe de rédaction et de contenu juridique de JuriUp, plateforme de mise en relation avec des experts juridiques en Suisse romande.



