Infraction poursuivie d'office

Porter plainte pour maltraitance d’enfant en Suisse

Découvrir ou subir une situation de maltraitance envers un enfant est profondément bouleversant et nécessite une action protectrice immédiate. En Suisse, la violation du devoir d'assistance ou d'éducation est poursuivie d'office, sans aucun délai de plainte. Ce guide vous explique de manière bienveillante comment dénoncer ces actes, protéger la victime et mobiliser les autorités compétentes.

Un enfant a besoin de votre voix

Face à la maltraitance, le silence est le pire ennemi. Les centres cantonaux d'aide aux victimes (LAVI) et les permanences pour la jeunesse offrent un soutien psychologique et juridique totalement gratuit et confidentiel pour vous aider à franchir le pas de la dénonciation.

  • Mettez l'enfant en sécurité si le danger vous semble grave et immédiat.
  • Appelez la Police (117) pour obtenir une intervention de première urgence sur place.
  • Contactez Pro Juventute au 147 (ligne gratuite, 24h/24 et confidentielle pour les jeunes).
  • Sollicitez le centre LAVI de votre canton pour organiser un accompagnement professionnel.
Police urgence117Pro Juventute (pour les jeunes)147Aide aux victimes (LAVI)aide-aux-victimes.chUrgences médicales144

Ces échanges sont gratuits et confidentiels. Prendre soin de vous passe avant toute démarche.

En résumé

La maltraitance infantile, qualifiée juridiquement de violation du devoir d'assistance ou d'éducation (art. 219 CP), est poursuivie d'office par l'État. Il n'y a donc aucun délai de plainte. Vous pouvez signaler ces faits à tout moment auprès de la police, du Ministère public ou de l'APEA. La procédure est entièrement gratuite et vise en priorité la mise en sécurité de l'enfant.

§Art. 219 CPViolation du devoir d'assistance§Art. 123 CPLésions corporelles simples§Art. 301 CPPDroit de dénoncer

01Comprendre l'infraction

En droit suisse, la maltraitance d'un enfant est sanctionnée de manière sévère par le droit pénal. L'article 219 du Code pénal réprime spécifiquement la violation du devoir d'assistance ou d'éducation. Cette infraction vise toute personne (parents, tuteurs, enseignants) qui met en danger le développement physique ou psychique d'un mineur dont elle a la charge, que ce soit par des actes violents ou par des négligences graves (carences affectives, privation de nourriture, défaut de soins).

Infractions cumulables

Souvent, la maltraitance s'accompagne d'autres actes punissables, tels que : - Les lésions corporelles simples (art. 123 CP, poursuivies d'office lorsqu'elles sont commises sur un enfant) ou graves (art. 122 CP). - Les voies de fait (art. 126 CP) si la violence physique est répétée. - Les menaces proférées à l'encontre de l'enfant.

Le rôle central des autorités de protection

Face à une situation de danger, il est essentiel d'agir rapidement. Toute personne (proche, voisin, professionnel de la santé ou de l'école) peut procéder à un signalement à l'APEA (Autorité de protection de l'enfant et de l'adulte) ou avertir directement la police. Les professionnels soumis au secret médical ou de fonction ont souvent l'obligation, ou au minimum le droit, d'aviser les autorités de protection pour faire cesser les violences.

Lésions corporellesart. 123 CP

Violences physiques causant un dommage corporel à l'enfant.

Voies de faitart. 126 CP

Comportements agressifs sans lésion visible (gifles, bousculades).

Soustraction de mineurart. 220 CP

Fait d'enlever un enfant au titulaire légal du droit de garde.

Ce qui doit être réuni

  • Avoir la charge, la garde ou la responsabilité du mineur concerné.
  • Violer son devoir d'assistance ou d'éducation par des actes positifs ou des omissions graves.
  • Mettre concrètement en danger le développement physique ou psychique de l'enfant.
  • Agir de manière intentionnelle ou, dans certains cas, par une négligence coupable.

Exemples concrets

  • Frapper régulièrement un enfant à titre de punition (châtiments corporels systématiques).
  • Priver un enfant de nourriture, de soins médicaux essentiels ou d'hygiène de base.
  • Infliger des humiliations constantes ou enfermer un enfant, causant un traumatisme psychologique.
  • Négliger gravement la surveillance d'un enfant en bas âge, le mettant dans une situation de péril.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Assurer la sécurité immédiate

    Si l'enfant est en danger imminent, appelez la police au 117 sans attendre pour une intervention directe.

  2. 2

    Documenter sans interroger

    Notez ce que l'enfant vous confie spontanément ou ce que vous observez, sans lui poser de questions suggestives.

  3. 3

    Consulter l'aide aux victimes (LAVI)

    Prenez conseil auprès d'un centre cantonal LAVI ou de Pro Juventute (147) pour évaluer sereinement la situation.

  4. 4

    Aviser les autorités compétentes

    Déposez une dénonciation pénale à la police et effectuez en parallèle un signalement à l'APEA.

03Le délai à respecter

L'infraction étant poursuivie d'office, il n'existe pas de délai strict de trois mois pour agir. Une dénonciation peut être déposée à tout moment. La prescription de l'action pénale est de dix ans au minimum, mais le droit pénal suisse prévoit des règles spécifiques suspendant ou prolongeant ce délai pour les victimes mineures, leur permettant souvent d'agir en justice bien après avoir atteint la majorité.

À faire

  • Certificats médicaux attestant de blessures, de malnutrition ou de graves carences de soins.
  • Photographies des blessures ou des conditions de vie insalubres (prises avec une grande prudence).
  • Témoignages de voisins alertés par le bruit, ou de membres du personnel scolaire ou parascolaire.
  • Messages, courriels ou écrits des parents témoignant de négligences flagrantes.

À éviter

  • Interroger l'enfant de manière répétée ou directive, ce qui pourrait invalider son témoignage pénal ultérieur.
  • Confronter directement l'auteur présumé avant que la police n'ait pu mettre l'enfant en sécurité.
  • Attendre trop longtemps par peur de se tromper, au détriment de l'intégrité physique de la victime.
  • Publier des accusations sur les réseaux sociaux au lieu d'avertir les autorités officielles.

04Où déposer, selon votre canton

  • GenèveSignalement possible au SPMi (Service de protection des mineurs) ou directement au Tribunal de protection (TPAE).
  • VaudAnnonce possible à l'OPE (Office de la protection de l'enfance) ou à la Justice de paix.
  • Valais, Fribourg et NeuchâtelDénonciation à la police cantonale et signalement direct à l'APEA de la région concernée.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de dénoncer

Puisqu'il s'agit d'une infraction poursuivie d'office, toute personne ayant connaissance des faits peut déposer une dénonciation pénale : un membre de la famille, un voisin, un ami ou l'autre parent. L'enfant lui-même, s'il a la capacité de discernement, peut se tourner vers la police. De plus, les professionnels (médecins, enseignants, puéricultrices) ont, selon les lois de leur canton, un droit ou une obligation légale formelle de signaler ces situations aux autorités de protection ou de poursuite pénale.

Peut-on retirer sa plainte ou sa dénonciation ?

Dès lors que les faits constituent une violation du devoir d'assistance ou des lésions corporelles simples sur un enfant, l'État a l'obligation inconditionnelle de poursuivre l'auteur. Le retrait de la dénonciation par la personne qui l'a déposée n'entraîne pas l'arrêt de la procédure. Le Ministère public continuera son instruction si les éléments recueillis justifient une mise en accusation, afin de garantir la protection absolue et prioritaire de l'enfant.

06Après la plainte

Dès le dépôt de la dénonciation, les autorités coordonnent leurs actions pour protéger le mineur de manière intégrale. Le Ministère public mène l'enquête pénale tandis que l'APEA peut ordonner des mesures civiles d'urgence. - Mesures superprovisionnelles : l'APEA peut retirer immédiatement le droit de déterminer le lieu de résidence et placer l'enfant en lieu sûr. - Instruction pénale : l'auteur présumé est auditionné et l'enfant est entendu par des spécialistes formés pour recueillir sa parole sans le traumatiser (audition vidéo). - Constitution de partie plaignante : un représentant légal indépendant (un curateur, un juriste ou un avocat) est nommé pour défendre les intérêts stricts de l'enfant. L'auteur s'expose finalement à une condamnation pénale sévère devant le tribunal compétent, assortie de probables interdictions de contact.

L'avis de JuriUp

L'erreur la plus fréquente que nous observons est l'hésitation à signaler un cas de maltraitance par peur des représailles ou par crainte de briser une famille. Or, en droit suisse, le principe cardinal est l'intérêt supérieur de l'enfant. Les autorités disposent d'outils gradués (mesures de soutien éducatif, curatelles ciblées) et ne recourent au placement qu'en ultime nécessité pour protéger l'intégrité de la victime.

Il est donc recommandé d'alerter les professionnels (centre LAVI ou responsables des mesures protectrices de l'enfant) au moindre doute sérieux. Ne menez jamais votre propre enquête : en posant des questions directes et répétées à un enfant, vous risquez de le suggestionner. Cela pourrait rendre son audition officielle par la brigade des mineurs inutilisable sur le plan pénal et nuire indirectement à sa protection.

07Questions fréquentes

Vous pouvez adresser un signalement anonyme à l'APEA ou appeler la police sans donner votre identité. Toutefois, les autorités rencontrent parfois des difficultés à instruire un dossier sans pouvoir recontacter le déclarant pour des précisions. Les centres LAVI garantissent quant à eux une stricte confidentialité de vos échanges.

Oui, de manière générale. Bien que le Code pénal suisse ne mentionne pas expressément la fessée, les violences physiques contre un enfant tombent sous le coup des voies de fait (art. 126 CP) ou des lésions corporelles simples (art. 123 CP), qui sont obligatoirement poursuivies d'office lorsqu'elles touchent une personne hors d'état de se défendre, tel un mineur.

L'APEA évalue la dynamique familiale pour déterminer le degré de danger. Si les parents coopèrent, elle peut mandater une aide éducative (AEMO) ou instaurer une curatelle d'assistance. En cas de péril imminent pour l'enfant, elle prend la décision d'un placement provisoire en foyer ou en famille d'accueil.

Oui, c'est prévu par la loi. En Suisse, les médecins, psychologues et professionnels de l'enseignement disposent du droit d'aviser la protection de l'enfant, voire de l'obligation légale de dénoncer selon les réglementations cantonales en vigueur, s'ils suspectent qu'un enfant subit de graves maltraitances.

Selon l'article 219 CP, l'auteur s'expose à une peine privative de liberté pouvant aller jusqu'à trois ans ou à une peine pécuniaire. Si des lésions corporelles graves ou des abus d'une autre nature ont également été commis, la condamnation finale sera cumulativement beaucoup plus lourde.

Non. Il n'est absolument pas exigé d'avoir des certitudes scientifiques ni de mener l'enquête vous-même. Des doutes sérieux et réels, fondés sur des observations concrètes (comportement d'évitement de l'enfant, cris réguliers, marques inexpliquées), suffisent amplement pour solliciter l'intervention des autorités.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale, du Code civil et des directives officielles de protection de l'enfance en Suisse.

Le rôle d'un professionnel du droit

L'intervention d'un professionnel du droit est précieuse pour interagir sereinement avec les différentes autorités (pénale et civile). Un juriste ou un avocat aide à rédiger un signalement circonstancié et étayé en droit, évitant ainsi un classement prématuré de l'affaire ou une minimisation des faits. Il oriente également le déclarant sur les preuves admissibles et les mesures de protection immédiates à requérir formellement.

De plus, dans le cadre de la procédure pénale, l'enfant mineur a systématiquement besoin d'un juriste, d'un avocat ou d'un curateur de représentation pour garantir que sa parole soit respectée et ses intérêts défendus face à l'auteur présumé. Ce professionnel s'assure que la procédure se déroule dans les règles, au bon moment, et en ménageant au maximum la vulnérabilité de la jeune victime.

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Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

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