Infraction poursuivie d'office

Porter plainte pour viol ou agression sexuelle en Suisse

Déposer plainte pour une infraction sexuelle est une démarche difficile, mais essentielle pour faire valoir vos droits et vous protéger. Le viol et la contrainte sexuelle sont des crimes graves poursuivis d'office par l'État. Ce guide vous explique comment agir dans les règles, préserver vos preuves et obtenir un accompagnement adapté.

Vous n'êtes pas seul.e, de l'aide existe

Ce que vous avez subi est grave et la loi vous protège. Des professionnels de l'aide aux victimes (LAVI) sont disponibles gratuitement et en toute confidentialité pour vous écouter, vous accompagner et vous conseiller, avant même toute démarche juridique.

  • Mettez-vous en sécurité et appelez la police (117) ou une ambulance (144) en cas de danger immédiat.
  • Ne vous lavez pas et ne changez pas de vêtements avant de vous rendre à l'hôpital pour préserver les preuves médicales.
  • Contactez un centre d'aide aux victimes (LAVI) pour un soutien psychologique et juridique gratuit.
  • Réfugiez-vous chez une personne de confiance ou contactez une ligne d'écoute spécialisée (143).
Police (urgences)117Ambulance (urgences médicales)144Aide aux victimes (LAVI)aide-aux-victimes.chLa Main Tendue143

Ces échanges sont gratuits et confidentiels. Prendre soin de vous passe avant toute démarche.

En résumé

Le viol et la contrainte sexuelle sont des infractions poursuivies d'office. Il n'y a donc aucun délai formel pour porter plainte (dénonciation), tant que le délai de prescription (généralement 15 ans) n'est pas échu. Vous pouvez vous adresser à un poste de police ou au Ministère public de votre canton. La procédure pénale est entièrement gratuite pour les victimes.

§Art. 190 CPViol§Art. 189 CPContrainte sexuelle§Art. 301 CPPDroit de dénonciation§Art. 97 CPDélais de prescription

01Comprendre l'infraction

En droit suisse, les atteintes graves à l'intégrité sexuelle sont sévèrement punies et englobent plusieurs qualifications distinctes.

Le viol (Art. 190 CP)

Il y a viol lorsqu'une personne contraint une autre personne à subir l'acte sexuel (ou un acte analogue impliquant une pénétration) en usant de menace, de violence, de pressions psychologiques ou en la mettant hors d'état de résister. La jurisprudence et les récentes évolutions légales accordent une place centrale à l'absence de consentement.

La contrainte sexuelle (Art. 189 CP)

Cette infraction est retenue lorsque l'auteur contraint la victime à subir ou à commettre un acte d'ordre sexuel autre que le viol, c'est-à-dire généralement sans pénétration (par exemple des attouchements graves imposés).

Dans les deux cas, le droit pénal qualifie ces actes de crimes poursuivis d'office. L'intervention des autorités est automatique dès qu'elles en ont connaissance. Si l'auteur est votre partenaire ou ex-partenaire, le contexte s'inscrit également dans le cadre des violences domestiques en Suisse.

Violart. 190 CP

Implique une pénétration corporelle non consentie avec contrainte ou état d'incapacité.

Contrainte sexuelleart. 189 CP

Implique un acte d'ordre sexuel grave imposé par la contrainte, sans pénétration.

Harcèlement sexuelart. 198 CP

Comportements ou propos importuns à connotation sexuelle, généralement poursuivis sur plainte.

Ce qui doit être réuni

  • L'accomplissement d'un acte d'ordre sexuel (avec ou sans pénétration).
  • L'absence de consentement de la victime.
  • L'utilisation d'un moyen de contrainte (force, menace, pression) ou l'exploitation de l'incapacité de résistance de la victime.
  • L'intention de l'auteur de commettre l'acte contre la volonté de la victime.

Exemples concrets

  • Une relation sexuelle imposée par la force physique lors d'une rencontre.
  • L'imposition d'actes sexuels par un conjoint sous la menace de représailles physiques ou psychologiques.
  • Une pénétration imposée à une personne endormie, fortement intoxiquée ou incapable de se défendre.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Se mettre en sécurité

    Éloignez-vous du danger immédiat et contactez une personne de confiance ou la police.

  2. 2

    Préserver les preuves

    Dans les heures suivant l'agression, rendez-vous aux urgences sans vous laver ni vous changer pour un constat médico-légal.

  3. 3

    Contacter l'aide aux victimes

    Adressez-vous à un centre LAVI pour un premier soutien psychologique et des conseils juridiques confidentiels.

  4. 4

    Déposer la plainte

    Rendez-vous dans un poste de police (avec une personne de confiance) ou écrivez au Ministère public pour dénoncer les faits.

  5. 5

    Se constituer partie plaignante

    Lors de la procédure, déclarez expressément vouloir participer au procès pénal et demander réparation de votre préjudice.

03Le délai à respecter

Le viol et la contrainte sexuelle sont des crimes poursuivis d'office. Cela signifie qu'il n'y a aucun délai de plainte de 3 mois. Vous pouvez dénoncer les faits à la police ou au Ministère public à tout moment, tant que le délai de prescription n'est pas atteint. Pour le viol, ce délai de prescription est de 15 ans à compter de la commission de l'acte, et peut s'étendre encore davantage si la victime était mineure au moment des faits.

À faire

  • Constats médicaux et prélèvements biologiques (effectués aux urgences rapidement après les faits).
  • Vêtements portés lors de l'agression (à conserver dans un sac en papier, jamais en plastique).
  • Messages, e-mails, audios ou correspondances avec l'auteur (avant, pendant ou après les faits).
  • Témoignages de personnes à qui vous vous êtes confié.e immédiatement après les événements.

À éviter

  • Se laver, prendre une douche ou laver ses vêtements immédiatement après l'agression.
  • Effacer les échanges de messages avec l'auteur par peur, par honte ou pour oublier.
  • Penser qu'il est « trop tard » pour dénoncer les faits : la prescription pour ces crimes est longue.
  • S'isoler et refuser de solliciter un soutien psychologique ou juridique spécialisé.

04Où déposer, selon votre canton

  • GenèveLe centre de consultation LAVI (CTAS) offre un soutien d'urgence et la police cantonale dispose de brigades spécialisées.
  • VaudLe CHUV propose une consultation de médecine des violences pour constater les lésions de manière confidentielle et documentée.
  • ValaisLes centres LAVI de Sion et de Brigue accompagnent les victimes dans leurs démarches auprès de la police cantonale.
  • FribourgL'association Solidarité Femmes et le centre LAVI orientent les victimes avant toute audition par la police.
  • Neuchâtel et JuraDes unités spécialisées de la police cantonale accueillent les victimes dans des locaux adaptés pour libérer la parole.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de dénoncer l'infraction

Toute personne ayant connaissance d'une infraction poursuivie d'office peut la dénoncer aux autorités (art. 301 CPP). Cependant, seule la victime (la personne dont l'intégrité sexuelle a été directement atteinte) ou son représentant légal (si elle est mineure ou sous curatelle de portée générale) peut se constituer partie plaignante pour participer activement à la procédure pénale et réclamer des dommages-intérêts.

Peut-on retirer sa plainte ?

Puisqu'il s'agit d'une infraction poursuivie d'office, le retrait formel d'une plainte ou d'une dénonciation n'arrête pas automatiquement la procédure. L'État a l'obligation légale de poursuivre l'enquête s'il existe des soupçons suffisants qu'un crime a été commis. Toutefois, l'autorité pénale peut décider de classer la procédure dans certaines circonstances très spécifiques ou si les preuves viennent à manquer.

06Après la plainte

Une fois votre déclaration enregistrée, les autorités pénales prennent le relais pour établir les faits de manière approfondie.

  • L'instruction : Le Ministère public ouvre une enquête, rassemble les preuves et procède aux auditions (de l'auteur, des témoins, et de vous-même).
  • Mesures de protection : Si nécessaire, des mesures d'éloignement peuvent être ordonnées contre l'auteur par le tribunal des mesures de contrainte.
  • L'inculpation ou le classement : Si les preuves sont suffisantes, le Ministère public dresse un acte d'accusation en vue d'un procès devant le tribunal de première instance. Dans le cas contraire, une ordonnance de classement est rendue.

En tant que partie plaignante, vous avez le droit de consulter le dossier, de demander de nouvelles preuves, d'être assisté.e par un professionnel du droit et de requérir le huis clos lors du procès pour protéger votre vie privée.

L'avis de JuriUp

Dans les cas d'infractions sexuelles, une erreur fréquente consiste à penser que l'absence de preuves physiques immédiates (comme un constat médico-légal) rend toute dénonciation inutile. Bien que ces éléments matériels soient indéniablement probants, les témoignages de l'entourage direct à qui la victime s'est confiée, les échanges de messages, et le récit constant et circonstancié de la victime constituent également des moyens de preuve déterminants devant les tribunaux suisses.

Il est fondamental de solliciter d'abord le soutien d'un centre LAVI. Ces structures peuvent non seulement vous offrir un appui psychologique, mais aussi prendre en charge sous certaines conditions les frais liés à l'intervention d'un avocat de la première heure. Si vous souhaitez en savoir plus sur l'aspect financier d'une procédure, vous pouvez consulter notre dossier détaillant Combien coûte un procès pénal en Suisse ?.

07Questions fréquentes

Même sans preuves médicales, votre témoignage détaillé, les messages échangés ou les déclarations de vos proches sont des éléments de preuve pris en compte par la justice. Une enquête peut tout à fait aboutir sur ces bases.

Vous avez le droit de demander à ne pas être confronté.e directement à l'auteur lors des auditions ou de l'audience. Des mesures de protection, comme l'utilisation de paravents ou d'auditions par visioconférence, peuvent être mises en place.

La durée d'une procédure pénale pour viol ou agression sexuelle est variable et peut s'étendre de plusieurs mois à plus d'une année. Cela dépend de la complexité de l'enquête, du nombre d'auditions et des éventuels recours.

Les autorités pénales et l'auteur présumé doivent connaître votre identité pour les besoins de l'enquête. Cependant, lors des audiences au tribunal, vous pouvez demander le huis clos afin d'exclure le public et la presse de la salle d'audience.

La procédure pénale est gratuite pour la victime. De plus, selon votre situation financière, l'assistance judiciaire de l'État ou les fonds de l'aide aux victimes (LAVI) peuvent couvrir entièrement ou partiellement les frais de votre avocat.

Le délai de prescription pour un viol est de 15 ans, et peut être prolongé si la victime était mineure. Vous pouvez donc dénoncer les faits à la justice longtemps après l'événement, même si la recherche de preuves s'avère souvent plus complexe.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale suisse et des informations du réseau LAVI.

Le rôle d'un professionnel du droit

Face à une procédure pénale impliquant des atteintes à l'intégrité sexuelle, l'accompagnement par un juriste ou un avocat est un atout précieux pour traverser cette épreuve, bien que la loi ne l'impose pas. Un professionnel du droit vous explique clairement vos droits, vous prépare aux auditions délicates de la police et du Ministère public, et s'assure que votre parole est entendue et respectée tout au long de l'enquête.

En outre, il vous aide à vous constituer valablement partie plaignante, à formuler vos prétentions civiles (indemnisation du tort moral, dommages-intérêts pour les frais médicaux) et à exiger des mesures de protection procédurales, comme l'évitement d'une confrontation directe avec l'auteur des faits. Son rôle est d'agir dans les règles et au bon moment pour sécuriser vos intérêts sans vous promettre de résultat absolu.

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Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

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