Infraction poursuivie d'office

Porter plainte pour violences policières en Suisse

Être victime de violences illégitimes de la part des forces de l'ordre est une épreuve profondément traumatisante. En Suisse, l'abus d'autorité est poursuivi d'office, ce qui signifie qu'il n'y a pas de délai strict pour dénoncer les faits, mais agir rapidement reste indispensable pour préserver les preuves. Ce guide vous explique comment faire valoir vos droits en toute sécurité.

Vous avez le droit d'être respecté.e

Subir des violences de la part de ceux censés nous protéger est profondément déstabilisant. Les centres de consultation LAVI (Aide aux victimes) sont à votre disposition pour vous offrir un soutien psychologique et juridique gratuit, en toute confidentialité et sans aucun jugement.

  • Faites documenter toutes vos blessures par un médecin (certificat médical complet) le jour même.
  • Contactez un centre LAVI cantonal pour un premier soutien psychologique gratuit.
  • Ne vous rendez jamais seul.e à des convocations ultérieures, faites-vous toujours accompagner par une personne de confiance.
Aide aux victimes (LAVI)aide-aux-victimes.chUrgences médicales144Police (si l'urgence nécessite une intervention tierce)117

Ces échanges sont gratuits et confidentiels. Prendre soin de vous passe avant toute démarche.

En résumé

Les violences policières injustifiées sont qualifiées d'abus d'autorité et de lésions corporelles en Droit pénal suisse. Ces infractions sont poursuivies d'office, ce qui signifie qu'il n'y a pas de délai strict de trois mois pour agir. Vous pouvez déposer une dénonciation pénale directement auprès du Ministère public pour garantir une enquête impartiale. La démarche est gratuite, mais se faire accompagner reste recommandé.

§Art. 312 CPAbus d'autorité§Art. 122 CPLésions corporelles graves§Art. 123 CPLésions corporelles simples§Art. 126 CPVoies de fait

01Comprendre l'infraction

En droit pénal suisse, les violences policières ne constituent pas une infraction nommée en tant que telle, mais sont appréhendées sous l'angle de plusieurs dispositions selon la gravité des faits.

  • Abus d'autorité (art. 312 CP) : Lorsqu'un membre des forces de l'ordre abuse des pouvoirs de sa charge pour commettre des violences illégitimes, ce qui constitue un Abus d'autorité en Suisse (Art. 312 CP).
  • Lésions corporelles (art. 122 et 123 CP) : Si l'intervention a causé des atteintes physiques avérées nécessitant des soins médicaux.
  • Voies de fait (art. 126 CP) : S'il s'agit d'atteintes physiques mineures, comme un menottage excessivement brutal ou des bousculades, n'ayant pas laissé de séquelles durables.

Il faut démontrer que la violence était disproportionnée et non justifiée par l'accomplissement strict des devoirs de fonction de l'agent de l'État.

Abus d'autoritéart. 312 CP

Usage abusif de la force par un agent de l'État dans ses fonctions.

Lésions corporellesart. 122-123 CP

Atteinte physique sérieuse causée par la violence policière.

Voies de faitart. 126 CP

Atteinte physique sans blessure grave, comme une bousculade violente.

Ce qui doit être réuni

  • L'auteur est un agent de l'État agissant dans l'exercice de ses fonctions publiques
  • L'usage de la force ou de la contrainte est objectivement illégitime ou disproportionné
  • Une atteinte à l'intégrité physique ou psychologique de la victime est constatée
  • L'agent a agi de manière intentionnelle ou en acceptant le risque de blesser

Exemples concrets

  • Des coups portés sur une personne déjà totalement maîtrisée et menottée au sol.
  • Un serrage de cou prolongé non justifié par une résistance active.
  • L'utilisation d'une arme non létale hors du cadre de stricte proportionnalité.
  • Des brutalités gratuites lors d'un contrôle d'identité ou d'un transfert au poste de police.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Consulter un médecin

    Faites constater vos blessures le jour même et demandez un certificat médical détaillé incluant des photographies.

  2. 2

    Rassembler les preuves

    Sauvegardez les vidéos de témoins, notez les numéros de plaque ou d'uniforme et identifiez les personnes présentes.

  3. 3

    Saisir le Ministère public

    Rédigez une dénonciation écrite et argumentée et adressez-la directement au Procureur, et non au poste de police concerné.

  4. 4

    Se constituer partie plaignante

    Déclarez formellement vouloir participer à la procédure pénale pour faire valoir vos droits et demander réparation.

03Le délai à respecter

L'abus d'autorité étant poursuivi d'office, la loi suisse ne fixe aucun délai strict de trois mois pour dénoncer les faits. Toutefois, le temps joue fortement contre la victime : les marques physiques s'effacent rapidement, les témoins oublient les détails et les enregistrements de vidéosurveillance publics sont souvent écrasés après quelques jours. Il est indispensable d'agir le plus rapidement possible pour permettre la sécurisation immédiate des preuves matérielles.

À faire

  • Certificat médical de constatation des coups et blessures établi par un médecin indépendant ou aux urgences
  • Vidéos de l'intervention filmées par des passants ou issues de caméras de vidéosurveillance
  • Témoignages écrits et coordonnées complètes des personnes ayant assisté à la scène
  • Photographies des blessures et des vêtements déchirés prises immédiatement après les faits

À éviter

  • Déposer la plainte au même poste de police que celui des agents impliqués dans l'intervention
  • Attendre que les ecchymoses ou les plaies disparaissent avant de consulter un médecin
  • Laver les vêtements portés le jour de l'intervention avant que les preuves matérielles n'y soient relevées
  • S'exprimer sur les faits sur les réseaux sociaux avant d'avoir formellement saisi la justice pénale

04Où déposer, selon votre canton

  • Dans le canton de GenèveLa dénonciation s'adresse directement au Ministère public à la Route de Chancy.
  • Dans le canton de VaudLe Ministère public central à Lausanne traite les plaintes complexes impliquant des agents de l'État.
  • Dans le canton du ValaisLe Ministère public cantonal à Sion est l'autorité compétente pour enregistrer la dénonciation.
  • Dans le canton de FribourgAdressez votre dénonciation pénale écrite directement au Ministère public fribourgeois.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

Toute personne ayant subi directement l'abus ou la violence illégitime de la part des forces de l'ordre possède la qualité pour se constituer partie plaignante. Si la victime est mineure ou incapable de discernement, son représentant légal agira en son nom. Les proches peuvent déposer une dénonciation pour alerter la justice, mais seule la victime directe aura un accès complet au dossier pénal en tant que partie.

Peut-on retirer sa plainte ?

L'abus d'autorité est une infraction poursuivie d'office. Par conséquent, le Ministère public en Suisse : Rôle du Procureur (CPP) est tenu de mener l'enquête jusqu'à son terme pour faire la lumière sur les faits, même si vous décidez de vous retirer de la procédure. Un retrait de vos déclarations ne mettra pas automatiquement fin aux poursuites pénales contre l'agent mis en cause.

06Après la plainte

La procédure dirigée contre des agents de l'État obéit à des règles de rigueur particulières pour garantir l'impartialité de l'enquête, souvent pilotée par un Procureur spécialisé.

  • L'ouverture d'une instruction pénale et l'audition formelle des agents concernés
  • La réquisition des enregistrements officiels, comme les caméras-piétons ou les communications radio de la centrale
  • Le renvoi devant le tribunal compétent ou le classement si la justice estime que l'usage de la force était légal

Vous avez le statut de Partie plaignante en Suisse : Droits et Statut (CPP 118), ce qui vous donne le droit de demander de nouvelles mesures d'enquête, d'assister aux auditions et de réclamer une indemnisation pour le tort moral et matériel subi.

L'avis de JuriUp

La plainte pénale pour violences policières ou abus d'autorité se heurte fréquemment à la parole de la victime contre celle des agents, qui bénéficient d'une présomption de régularité dans l'exercice de leurs fonctions. L'erreur la plus courante consiste à vouloir déposer plainte directement au guichet du poste de police concerné, ce qui peut engendrer des tensions inutiles ou conduire à une requalification hâtive des faits.

Notre équipe recommande systématiquement de rédiger une dénonciation formelle et de l'adresser par courrier recommandé au Ministère public de votre canton. En parallèle, mobilisez vos droits procéduraux afin de faire sécuriser les images de vidéosurveillance publiques avant leur effacement automatique.

07Questions fréquentes

Non, une dénonciation pénale strictement anonyme ne vous permet pas de participer à la procédure en tant que partie plaignante, bien qu'elle puisse alerter le Ministère public.

Vous pouvez saisir un organe d'inspection interne, mais cela représente une démarche administrative qui ne remplace nullement une plainte pénale formelle devant la justice.

Selon la loi, l'auteur s'expose à une peine privative de liberté pouvant aller jusqu'à cinq ans ou à une peine pécuniaire, en plus de probables sanctions disciplinaires liées à sa fonction.

Oui, les enregistrements réalisés par des témoins civils pour prouver un acte de violence illégitime sont généralement admis comme moyens de preuve matérielle décisifs lors de l'instruction.

Les forces de l'ordre ont le devoir d'utiliser la force de manière graduelle et proportionnée. C'est précisément le caractère disproportionné de la riposte qui caractérise l'abus.

Absolument, la loi sur l'aide aux victimes s'applique à toute personne ayant subi une atteinte directe à son intégrité physique ou psychique, indépendamment du statut ou de la profession de l'auteur.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal suisse (CP), du Code de procédure pénale (CPP) et des directives de l'Aide aux victimes.

Le rôle de l'avocat

Faire face à l'appareil d'État nécessite une grande rigueur procédurale. Un professionnel du droit est un atout indispensable pour s'assurer que la dénonciation soit prise au sérieux par les autorités. Il saura s'adresser directement au Procureur compétent et qualifiera pénalement les faits pour éviter que le dossier ne soit traité comme un simple incident de service interne.

Dans le cadre de l'instruction, un juriste ou un avocat demandera la mise en sûreté immédiate des preuves essentielles, telles que les enregistrements de vidéosurveillance ou les rapports d'intervention de la police. Il vous représentera lors des auditions et des confrontations, veillant à ce que vos droits soient pleinement respectés face à la défense des agents mis en cause et vous accompagnera pour agir dans les règles, au bon moment.

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Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

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