Liquidation officielle d’une succession
Procédure permettant aux héritiers de faire régler les dettes d'une succession par une autorité sans engager leur propre patrimoine.
Définition et explication
En droit suisse, lorsqu’une personne décède, ses héritiers reprennent automatiquement ses biens, mais également ses dettes (principe de la saisine universelle prévu à l’art. 560 CC). Si vous avez des doutes sur la solvabilité du défunt et craignez de devoir rembourser ses créanciers avec vos propres économies, vous avez la possibilité, dans le délai de trois mois (art. 567 CC), de demander la liquidation officielle de la succession, pour autant qu’aucun cohéritier ne l’accepte purement et simplement (art. 593 et suivants du Code civil suisse).
Cette procédure est une alternative sécurisante à la répudiation (le refus pur et simple de l’héritage) ou à l’acceptation sous bénéfice d’inventaire. En optant pour la liquidation officielle, vous demandez à l’autorité compétente (généralement la Justice de paix ou le Tribunal de première instance selon le canton romand) de nommer un liquidateur. Ce professionnel sera chargé de dresser l’inventaire des actifs, de payer les dettes connues et de vendre les biens si nécessaire.
L’avantage majeur réside dans la séparation stricte des patrimoines : les créanciers du défunt ne pourront se rembourser que sur les biens de la succession. Votre fortune personnelle reste totalement à l’abri. S’il reste un solde positif après le paiement de toutes les obligations, celui-ci sera partagé entre les héritiers. Dans le cas contraire, la procédure est convertie en liquidation par voie de faillite.
Quand demander une liquidation officielle en Suisse ?
- Incertitude financière : Lorsque vous ignorez l’étendue exacte des dettes du défunt et que vous souhaitez éviter tout risque financier personnel.
- Succession complexe : Si le patrimoine comprend des entreprises, des biens à l’étranger ou des litiges en cours nécessitant l’intervention d’un liquidateur neutre.
- Désaccord entre héritiers : En cas de simple désaccord, l’autorité peut aussi désigner un représentant de la communauté héréditaire (art. 602 al. 3 CC). Quand les membres de la communauté héréditaire n’arrivent pas à s’entendre sur la gestion des biens et le paiement des factures, dans le délai de trois mois et pour autant qu’aucun d’eux n’accepte la succession purement et simplement.
- Demande d’un créancier : Un créancier du défunt peut, dans les trois mois dès le décès ou l’ouverture du testament, exiger cette liquidation s’il a des raisons sérieuses de craindre de ne pas être payé et n’obtient, à sa demande, ni paiement ni sûretés (art. 594 CC).
Exemple de succession potentiellement endettée
Monsieur Dubois décède en laissant à ses deux enfants, Marc et Sophie, un appartement évalué à 400’000 francs. En triant les papiers, les enfants découvrent des factures impayées, des menaces de poursuites et un prêt privé dont ils ignorent le solde exact. Ils craignent que le total des dettes ne dépasse la valeur de l’appartement.
À retenir
Au lieu de répudier purement et simplement la succession (qui serait alors liquidée par l’office des faillites), Marc et Sophie déposent une requête en liquidation officielle auprès de la Justice de paix dans le délai de trois mois. Le liquidateur désigné vend l’appartement et désintéresse les créanciers. Les dettes s’élevant finalement à 300’000 francs, le solde net de 100’000 francs est distribué aux enfants. Grâce à cette procédure, ils ont sécurisé le reliquat sans jamais risquer de devoir payer avec leurs propres revenus.
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Questions fréquentes
Sources
- Art. 593 à 597 CC (Liquidation officielle) ; Art. 560 CC (Acquisition de la succession) ; Art. 567 CC (Délais) ; Art. 602 CC (Représentant de la communauté héréditaire).