Arnaque au faux conseiller bancaire et usurpation de numéro (spoofing) en Suisse : signes, risques et démarches

Arnaque au faux conseiller bancaire et usurpation de numéro (spoofing) en Suisse : signes, risques et démarches

Rédaction juridique JuriUp Contenu vérifié · droit suisse
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Arnaque au faux conseiller bancaire et usurpation de numéro (spoofing) en Suisse : signes, risques et démarches
Droit pénal Lecture : 9 min À titre informatif

Arnaque au faux conseiller bancaire et usurpation de numéro (spoofing) en Suisse : signes, risques et démarches

Votre téléphone affiche le vrai numéro de votre banque et une voix vous annonce une opération suspecte. JuriUp vous explique comment reconnaître le piège, qui supporte le dommage, quels réflexes avoir et quelles preuves garder.

Escroquerie E-banking Plainte pénale

Équipe JuriUp

Publié par JuriUp.

Information juridique générale Ne constitue pas un conseil juridique

Ahmed T. travaille à Lausanne. Un après-midi, son téléphone sonne et affiche le numéro officiel de sa banque. Son interlocuteur se présente comme conseiller du service de sécurité, lui parle de transactions suspectes et lui demande de confirmer quelques opérations dans son application. Quelques minutes plus tard, son compte est vidé. Ce scénario, appelé arnaque au faux conseiller bancaire, repose sur l'usurpation de numéro, ou spoofing : l'escroc fait afficher sur votre écran un numéro qui n'est pas le sien.

Technique

Numéro de la banque affiché

Piège

Vous validez vous-même

Premier réflexe

Bloquer, puis plainte

Bon à savoir

Un numéro affiché ne prouve rien. Dans les recherches menées pour cet article, aucune disposition légale qui définisse ou interdise expressément le spoofing n'a été retrouvée. En revanche, les agissements des escrocs peuvent relever de l'escroquerie ou de l'utilisation frauduleuse d'un ordinateur, deux infractions du Code pénal suisse (CP).

1. Le scénario type et les signes qui doivent alerter

Selon les messages de la Prévention suisse de la criminalité, ce type d'arnaque repose sur le « call-ID spoofing » : les escrocs affichent le numéro officiel de la banque, ou un numéro à préfixe suisse, pour inspirer confiance. Ils font ensuite croire à une opération suspecte, puis amènent la victime à valider elle-même des transactions ou à céder l'accès à ses appareils.

Le mécanisme est psychologique avant d'être technique : on vous met sous pression, on vous rassure par un vocabulaire professionnel, on vous demande d'agir vite pour « protéger » votre argent. La victime n'a pas l'impression de donner quoi que ce soit, elle croit au contraire sécuriser son compte.

Les signes d'alerte

  • Un appel inattendu qui évoque une opération suspecte ou un compte menacé ;
  • Une demande de valider une notification dans l'application ou de communiquer un code SMS ;
  • La demande d'installer un logiciel de prise en main à distance ou d'enregistrer un nouvel appareil ;
  • Une urgence insistante et l'interdiction de raccrocher pour rappeler.

Les bons réflexes pendant l'appel

  1. Raccrochez, quel que soit le numéro affiché ;
  2. Cherchez vous-même le numéro officiel de la banque ;
  3. Rappelez et demandez si l'appel venait d'elle ;
  4. Ne communiquez jamais mot de passe, PIN ou code SMS.

Astuce JuriUp

Avant toute validation dans l'application, contrôlez le montant, la devise et le bénéficiaire affichés. Une notification qui demande de « confirmer » un paiement à un inconnu n'est jamais une mesure de protection. Ce sont des recommandations de prévention, pas des obligations légales.

2. Que dit le droit : escroquerie et utilisation frauduleuse d'un ordinateur

En droit suisse, ces agissements peuvent être qualifiés d'escroquerie (art. 146 CP). Elle suppose que l'auteur, pour s'enrichir illégitimement, induit astucieusement une personne en erreur par des affirmations fallacieuses et la détermine ainsi à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires. La peine est une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou une peine pécuniaire. Si l'auteur fait métier de l'escroquerie, il est puni d'une peine privative de liberté de six mois à dix ans.

Lorsque les escrocs agissent eux-mêmes dans l'e-banking de la victime, l'utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147 CP) peut s'appliquer : elle vise celui qui influe sur un processus électronique de traitement ou de transmission de données et provoque ainsi un transfert d'actifs au préjudice d'autrui. La structure de la peine est la même : cinq ans au plus ou peine pécuniaire, et de six mois à dix ans si l'auteur fait métier de tels actes. Laquelle de ces deux qualifications s'applique relève de l'autorité pénale, selon les faits.

Ces deux articles prévoient une exception : lorsque l'infraction est commise au préjudice des proches ou des familiers, elle n'est poursuivie que sur plainte. Dans ce cas, le droit de porter plainte se prescrit par trois mois, à compter du jour où l'ayant droit a connu l'auteur de l'infraction (art. 31 CP). Ce délai ne vise que les infractions poursuivies sur plainte. Agir vite reste toutefois indispensable, notamment pour tenter de bloquer les fonds.

Concernant l'usurpation de numéro elle-même, la loi sur les télécommunications charge le Conseil fédéral de régler notamment l'identification de la ligne appelante (art. 46 LTC). Il n'a pas été retrouvé de règle qui fasse de l'affichage d'un faux numéro une infraction distincte, ni d'obligation légale précise de blocage pour les opérateurs. Pour savoir ce qui s'applique à votre cas, un avocat spécialisé analysera vos pièces.

3. Banque et client : qui supporte le dommage ?

C'est la question la plus délicate, car la victime a souvent validé elle-même l'opération. Sur le plan général, la banque agit comme mandataire : elle répond envers vous de la bonne et fidèle exécution du mandat (art. 398 al. 2 CO). Si le créancier ne peut obtenir l'exécution correcte de l'obligation, le débiteur doit réparer le dommage, à moins qu'il ne prouve qu'aucune faute ne lui est imputable (art. 97 al. 1 CO).

Ces articles posent un cadre, mais ils ne tranchent pas à eux seuls chaque situation. Le résultat concret dépend du contrat d'e-banking, des faits et de la diligence de chacun. La répartition entre banque et client se juge au cas par cas.

En pratique

  • Les banques opposent souvent les clauses de leur contrat e-banking, qui varient d'un établissement à l'autre ;
  • Quand le client a saisi ses identifiants ou validé la notification à deux facteurs, l'Ombudsman des banques suisses retient en principe que le dommage relève de la sphère de risque du client ;
  • Un remboursement reste possible en cas de faille technique ou de manquement de la banque ;
  • L'Ombudsman, organe d'information et de médiation, ne rend pas de décision contraignante et propose des solutions amiables. Sa procédure est gratuite et suppose une réclamation écrite préalable à la banque.

« Ne renoncez pas à réclamer parce que vous avez validé vous-même : le contrat, le comportement de la banque et les circonstances de l'appel peuvent changer l'analyse. »

Équipe JuriUp

Ce sont des positions de pratique, non des règles légales. Faites examiner votre dossier par un avocat spécialisé : il évaluera le contrat, le déroulé des faits et les suites possibles. Pour comprendre les coûts d'une procédure, consultez notre outil sur les frais de justice.

4. Les réflexes immédiats et les preuves à conserver

Chaque minute compte. Les démarches ci-dessous sont des recommandations pratiques, pas des obligations légales. La possibilité de rappeler des fonds dépend de la banque et du moment : elle ne peut pas être promise.

Étape 1, Bloquer

Joignez sans délai votre banque par son numéro officiel pour bloquer l'e-banking et les cartes et tenter un rappel de fonds. Si un logiciel de prise en main à distance a été installé, déconnectez l'appareil d'Internet.

Étape 2, Déposer plainte

La plainte pénale se dépose auprès de la police, du ministère public ou de l'autorité pénale compétente en matière de contraventions, par écrit ou oralement ; dans ce dernier cas, elle est consignée au procès-verbal (art. 304 CPP). Adressez-vous à la police cantonale de votre canton.

Étape 3, Réclamer par écrit

Adressez une réclamation écrite à votre banque. Elle est la condition préalable à une éventuelle saisine de l'Ombudsman des banques suisses.

Chacun peut aussi dénoncer une infraction à une autorité de poursuite pénale, par écrit ou oralement (art. 301 CPP). Le dénonciateur qui n'est ni lésé ni partie plaignante n'a pas d'autres droits en procédure : en tant que victime, vous avez donc intérêt à déposer une plainte. Vous pouvez aussi signaler l'incident à l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS, cyber.admin.ch), mais ce signalement n'a pas de valeur pénale et ne remplace pas une plainte.

Preuves à conserver

  • Le relevé d'appel montrant le numéro, l'heure et la durée ;
  • Les SMS reçus et les captures des notifications de l'application ;
  • Les relevés bancaires et les ordres exécutés ;
  • Les échanges avec la banque et la référence de la plainte.

Comment les organiser

  • Notez de mémoire le déroulé de l'appel, minute par minute, dès que possible ;
  • Classez les pièces par ordre chronologique ;
  • Ne supprimez rien, même ce qui vous paraît gênant ;
  • Transmettez un dossier unique à votre avocat.

Attention aux faux sauveurs

Après une première arnaque, de nouveaux escrocs promettent parfois de récupérer vos fonds contre paiement. Contactez uniquement votre banque par son numéro officiel et l'autorité compétente. Sur le même thème, vous pouvez lire notre contenu sur l'opposition à une ordonnance pénale si une procédure pénale s'ouvre à votre encontre pour une autre raison.

Résumé rapide à retenir

Un numéro affiché, même celui de votre banque, ne prouve pas l'identité de l'appelant : raccrochez et rappelez le numéro officiel.

L'escroquerie (art. 146 CP) et l'utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147 CP) prévoient chacune une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou une peine pécuniaire.

La répartition du dommage entre banque et client dépend du contrat, des faits et de la diligence de chacun.

Bloquez, déposez plainte, réclamez par écrit à la banque et gardez toutes les preuves.

Victime d'un faux conseiller bancaire ?

Décrivez votre situation en quelques lignes : JuriUp vous met en relation avec un avocat spécialisé en droit pénal et bancaire dans votre canton, pour évaluer vos chances face à la banque et préparer votre plainte.

Questions fréquentes

  • Ma banque doit-elle me rembourser si j'ai validé moi-même les paiements ?

    Cela dépend du contrat, des faits et de la diligence de chacun. En pratique, les banques opposent souvent que le client a validé l'opération, et l'Ombudsman retient en principe que le dommage relève alors de la sphère de risque du client. Un remboursement reste possible en cas de faille technique ou de manquement de la banque. Faites examiner votre dossier.

  • Combien de temps ai-je pour déposer plainte ?

    Agissez immédiatement. Le délai de trois mois de l'art. 31 CP vise les infractions poursuivies uniquement sur plainte, notamment celles commises au préjudice de proches ou de familiers. Dans tous les cas, plus vous attendez, plus les chances de bloquer les fonds diminuent.

  • Le signalement à l'OFCS suffit-il ?

    Non. Ce signalement n'a pas de valeur pénale et ne remplace pas une plainte déposée auprès de la police ou du ministère public.

  • Puis-je saisir l'Ombudsman des banques suisses ?

    Oui, après une réclamation écrite à votre banque. Sa procédure est gratuite, mais il ne rend pas de décision contraignante : il propose des solutions amiables.

Textes officiels et ressources utiles

Information juridique générale : cet article est publié par JuriUp à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, consultez un avocat spécialisé via JuriUp pour faire examiner votre dossier.

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À propos de cet article

Rédigé par la Rédaction juridique JuriUp

Équipe de rédaction et de contenu juridique de JuriUp, plateforme de mise en relation avec des experts juridiques en Suisse romande.

Dernière vérification 24 octobre 2026
Sources Fedlex, Confédération suisse
Portée Information générale en droit suisse, ne remplace pas un avis personnalisé

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Le droit, la jurisprudence, les tarifs et la pratique des autorités évoluent : cette page peut ne pas être à jour et contenir des erreurs, des imprécisions ou des omissions. JuriUp n'assume aucune responsabilité pour les décisions prises sur la seule base de ces informations. Vérifiez toujours les textes officiels (fedlex.admin.ch) et les délais qui s'appliquent à votre cas.

Dernière mise à jour de cette page : 24 octobre 2026.

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