Heures supplémentaires non payées : puis-je les réclamer à mon employeur en Suisse romande ?

Heures supplémentaires non payées : puis-je les réclamer à mon employeur en Suisse romande ?

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Heures supplémentaires non payées : puis-je les réclamer à mon employeur en Suisse romande ?
Droit du travailLecture : 8 min

Heures supplémentaires non payées : puis-je les réclamer à mon employeur en Suisse romande ?

Oui, en principe, à condition que ces heures soient établies et qu'aucune clause écrite valable ne les exclue. L'équipe JuriUp distingue pour vous les heures supplémentaires, les heures en plus et la renonciation contractuelle, puis détaille les preuves à réunir et les étapes de la réclamation. Ces règles fédérales valent dans toute la Suisse romande.

La question posée

« Je m'appelle Vesna A. et je travaille comme employée dans une entreprise romande, avec un contrat à 40 heures par semaine. Depuis des mois, je termine régulièrement plus tard et je n'ai jamais été payée pour ces heures. Puis-je les réclamer à mon employeur, et que dois-je prouver ? »

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Réponse préparée par JuriUpInformation juridique générale

La réponse de l'équipe JuriUp

Oui, vous pouvez réclamer les heures supplémentaires non payées, c'est-à-dire les heures effectuées au-delà de ce que prévoient votre contrat, l'usage, un contrat-type ou une convention collective. Le point décisif sera la preuve : c'est à vous de démontrer les heures que vous alléguez. Le contrat peut aussi contenir une clause écrite qui change le calcul, d'où l'intérêt de le faire vérifier.

1. Heures supplémentaires, heures en plus et travail supplémentaire : ne pas les confondre

Le vocabulaire prête à confusion, car deux textes fédéraux emploient des notions voisines. Le Code des obligations (CO) parle d'heures de travail supplémentaires à l'art. 321c CO : ce sont les heures que les circonstances exigent en plus de ce que prévoient le contrat ou l'usage, un contrat-type de travail ou une convention collective. Selon l'art. 321c al. 1 CO, vous êtes tenu de les exécuter dans la mesure où vous pouvez vous en charger et où les règles de la bonne foi permettent de vous le demander.

Prenons un contrat à 40 heures. Les heures effectuées entre 40 heures et la durée maximale légale sont des « heures en plus » : elles relèvent de l'art. 321c CO. La loi sur le travail (LTr) fixe en effet une durée maximale de la semaine de travail à l'art. 9 LTr : 45 heures pour les travailleurs des entreprises industrielles, le personnel de bureau, le personnel technique et les autres employés, y compris le personnel de vente des grandes entreprises de commerce de détail, et 50 heures pour tous les autres travailleurs.

Au-delà de ce maximum, on parle de travail supplémentaire au sens de la LTr. L'art. 12 LTr n'autorise ce dépassement qu'à titre exceptionnel, notamment en cas d'urgence ou de surcroît extraordinaire de travail. Il plafonne aussi ce travail à deux heures par travailleur et par jour, sauf les jours chômés ou en cas de nécessité, et à 170 heures par année civile pour la semaine de 45 heures ou 140 heures pour celle de 50 heures.

Cette articulation entre CO et LTr est une lecture des textes. Le champ d'application de la LTr dépend de votre statut et de votre contrat : certaines catégories, comme les cadres, peuvent y échapper. Un avocat spécialisé le vérifiera sur votre situation.

À noter :Les heures en plus ne sont pas toujours des heures supplémentaires. Dans un contrat à temps partiel, les heures au-delà du taux convenu mais en deçà de l'horaire normal d'une entreprise doivent être qualifiées au cas par cas selon votre contrat. Ne présumez pas de la qualification avant de faire relire vos documents.

2. Paiement, majoration de 25 % et compensation en congé

Selon l'art. 321c al. 3 CO, l'employeur est tenu de rétribuer les heures supplémentaires qui ne sont pas compensées par un congé, en versant le salaire normal majoré d'un quart au moins. Le « quart », soit 25 %, est donc un plancher : un accord peut prévoir davantage, pas moins, sauf clause contraire d'un accord écrit, d'un contrat-type de travail ou d'une convention collective.

La compensation en congé est possible, mais pas de manière unilatérale. L'art. 321c al. 2 CO exige l'accord du travailleur et prévoit un congé d'une durée au moins égale, accordé au cours d'une période appropriée. Si votre employeur vous impose de « rattraper » sans votre accord, ou ne vous accorde jamais le congé promis, les heures restent à rétribuer avec la majoration.

Pour le travail supplémentaire au sens de la LTr, l'art. 13 al. 1 LTr prévoit un supplément de salaire d'au moins 25 %. Pour les employés de bureau, les techniciens et les autres employés, y compris le personnel de vente des grands établissements du commerce de détail, il n'est toutefois dû qu'à partir de la soixante et unième heure supplémentaire accomplie dans l'année civile. L'art. 13 al. 2 LTr exclut tout supplément lorsque le travail est compensé, avec l'accord du travailleur et dans un délai convenable, par un congé de même durée.

Exemple : Vesna A. gagne 40 francs de l'heure. Si aucune clause écrite ne s'applique et que ses heures ne sont pas compensées, l'heure supplémentaire se calcule sur le salaire normal majoré d'un quart au moins, soit 50 francs au minimum. Ce chiffre n'est qu'une illustration du calcul.

3. Renonciation et clause du contrat : ce qui peut vous être opposé

L'art. 321c al. 3 CO réserve la clause contraire d'un accord écrit. Concrètement, votre contrat peut prévoir que les heures supplémentaires sont comprises dans le salaire ou ne sont pas majorées. Ce que la loi établit, c'est la lettre de cette réserve. La validité exacte et les limites de ces clauses, notamment pour les cadres, dépendent des termes du contrat et des circonstances. Un avocat spécialisé doit les apprécier sur votre dossier.

Distinguez trois situations. Si votre contrat est silencieux, les heures supplémentaires sont en principe rétribuées avec la majoration d'un quart au moins. Si une clause écrite exclut ou modifie cette règle, c'est le texte de cette clause qui sera examiné. Enfin, si vous avez signé une renonciation en cours de contrat, sa portée doit être vérifiée au regard de l'art. 341 al. 1 CO : le travailleur ne peut pas renoncer, pendant la durée du contrat et durant le mois qui suit sa fin, aux créances résultant de dispositions impératives de la loi ou d'une convention collective.

Faute de source suffisante, nous ne tranchons pas ici la question de savoir si votre clause entre dans ce cadre : c'est précisément le type de point qu'un expert juridique évalue en lisant votre contrat, vos avenants et la convention collective éventuellement applicable. Ne signez pas de décharge sans la faire relire.

4. Les preuves à réunir

L'art. 8 CC pose la règle : chaque partie doit, si la loi ne prescrit le contraire, prouver les faits qu'elle allègue pour en déduire son droit. Vous devez donc prouver les heures que vous réclamez. Le Tribunal fédéral a retenu, dans l'arrêt 4A_390/2018 du 28 mai 2019 (texte sur bger.ch), que le travailleur supporte ce fardeau et que le juge ne peut estimer le temps de travail que si des indices suffisants rendent vraisemblables les heures excédentaires. Vérifiez la portée exacte de cet arrêt avec un avocat.

  • Votre propre relevé d'heures, tenu au jour le jour, avec début, fin, pauses et tâches effectuées ;
  • Des courriels horodatés, messages internes, agendas et plannings montrant votre présence tardive ou vos tâches ;
  • Des témoignages de collègues ou de clients au courant de votre charge ;
  • Les registres de l'employeur : l'art. 73 OLT 1 prévoit que ces registres indiquent la durée du travail effectivement fourni, travail supplémentaire inclus, et qu'ils sont conservés pendant un minimum de cinq ans.

Attention : l'art. 46 LTr vise les registres tenus à disposition des autorités d'exécution et de surveillance. Il ne dit pas que vous pouvez les exiger directement. Vous pouvez néanmoins les demander à votre employeur, et son refus ou son silence sera un élément à apprécier.

Même si votre employeur pratique l'enregistrement simplifié, l'art. 73b al. 4 OLT 1 précise que les travailleurs concernés restent libres d'enregistrer les données prévues par l'art. 73 al. 1 let. c à e, et que l'employeur doit mettre à disposition un instrument approprié. Quant à la renonciation à l'enregistrement (art. 73a OLT 1), elle suppose des conditions cumulatives : une convention collective, une grande autonomie, un salaire annuel brut dépassant 120 000 francs (bonus compris) et un accord individuel écrit, révocable chaque année.

5. Le délai de prescription de 5 ans

Selon l'art. 128 CO, se prescrivent par cinq ans les créances des travailleurs pour leurs services. Les heures supplémentaires, qui sont une créance de salaire, entrent dans ce délai de 5 ans. Passé ce délai, l'employeur peut invoquer la prescription et refuser de payer.

Le point de départ du délai et les moyens de l'interrompre dépendent de règles générales que nous ne détaillons pas ici. Le plus sûr est de ne pas attendre : plus vous réclamez tôt, plus vos preuves sont fraîches. Si vous avez quitté l'entreprise ou si la fin du contrat approche, pensez aussi à votre délai de congé, car l'art. 341 al. 1 CO traite de la renonciation pendant le contrat et durant le mois qui suit sa fin.

Conseil pratique

Commencez dès aujourd'hui un relevé personnel, même si votre employeur dispose d'un système de saisie. Notez chaque soir l'heure d'arrivée, de départ et la tâche réalisée. Pour faire évaluer vos chances avant d'écrire à votre employeur, vous pouvez trouver un avocat spécialisé en droit du travail par l'intermédiaire de JuriUp.

Les points clés à retenir

Les heures supplémentaires au sens du CO dépassent l'horaire du contrat ou de l'usage, et se paient avec le salaire normal majoré d'un quart au moins (art. 321c al. 3 CO).

La compensation par un congé exige votre accord (art. 321c al. 2 CO).

Une clause écrite contraire peut modifier la majoration : faites vérifier votre contrat.

C'est à vous de prouver les heures alléguées (art. 8 CC) : tenez votre propre relevé.

Les créances de salaire des travailleurs se prescrivent par 5 ans (art. 128 CO) : ne tardez pas.

Démarches recommandées

  1. Relire votre contrat, ses avenants, le règlement interne et la convention collective éventuelle pour repérer toute clause sur les heures.
  2. Établir votre relevé des heures effectuées, avec dates, horaires et tâches.
  3. Rassembler les indices : courriels horodatés, agendas, plannings, noms de témoins.
  4. Calculer le montant en séparant les heures compensées, les heures à majorer et celles qu'une clause pourrait écarter.
  5. Écrire à votre employeur pour demander le paiement ou la compensation convenue, en joignant votre relevé et en conservant une trace de l'envoi.
  6. Faire évaluer votre dossier par un avocat spécialisé si l'employeur refuse ou ne répond pas, afin de saisir l'autorité compétente de votre canton avant la prescription.

Besoin d'un avis concret sur vos heures supplémentaires ?

Décrivez votre situation à l'équipe JuriUp et nous vous mettons gratuitement en relation avec un avocat spécialisé en droit du travail adapté à votre dossier (heures supplémentaires, clause de renonciation, réclamation, litige avec l'employeur).

Questions fréquentes

  • Mon employeur peut-il me forcer à faire des heures supplémentaires ?

    Selon l'art. 321c al. 1 CO, vous devez les exécuter si les circonstances l'exigent, dans la mesure où vous pouvez vous en charger et où les règles de la bonne foi permettent de vous le demander. Une indisponibilité sérieuse peut donc être à prendre en compte.

  • La majoration de 25 % est-elle toujours due ?

    Non. L'art. 321c al. 3 CO la prévoit comme un minimum d'un quart, sauf clause contraire d'un accord écrit, d'un contrat-type de travail ou d'une convention collective. Elle ne s'applique pas non plus si les heures sont compensées par un congé avec votre accord. Pour le travail supplémentaire au sens de la LTr, le supplément d'au moins 25 % obéit à l'art. 13 LTr, avec un seuil de 61e heure pour certaines catégories d'employés.

  • Combien de temps ai-je pour réclamer mes heures ?

    Le délai de prescription est de 5 ans pour les créances des travailleurs pour leurs services (art. 128 CO). Réclamez le plus tôt possible : la preuve se perd avec le temps. Le point de départ du délai et son interruption dépendent de règles que votre avocat vérifiera.

  • Où déposer ma réclamation si mon employeur refuse ?

    C'est l'autorité compétente de votre canton qui sera saisie, selon l'organisation judiciaire cantonale. Le coût et le délai dépendent du canton et de l'autorité saisie. JuriUp peut vous orienter vers un avocat spécialisé qui connaît la procédure locale.

  • Le service de mise en relation JuriUp est-il payant ?

    Pour les particuliers, la mise en relation via JuriUp est gratuite. Vous ne payez que les honoraires de l'avocat si vous décidez de lui confier votre dossier.

Information juridique générale. Cet article est publié par JuriUp à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Il ne remplace pas l'analyse de votre contrat et de vos preuves par un avocat spécialisé.

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À propos de cet article

Rédigé par la Rédaction juridique JuriUp

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Dernière vérification 24 octobre 2026
Sources Fedlex, Tribunal fédéral
Portée Information générale en droit suisse, ne remplace pas un avis personnalisé

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Dernière mise à jour de cette page : 24 octobre 2026.

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