Arnaque au faux e-mail des RH : la fausse fiche de salaire ou le faux avis de licenciement en pièce jointe, en Suisse
Un faux e-mail des RH annonce un licenciement ou une fiche de salaire rectifiée, avec une pièce jointe piégée ou un lien vers une fausse page de connexion. Le but est de voler vos accès ou d'installer un maliciel.
Comment ça marche
Le message usurpe l’identité de votre employeur, de la direction ou du service des ressources humaines. L’expéditeur est soit falsifié, soit envoyé depuis une vraie boîte professionnelle piratée. Ce type de message joue sur l’angoisse ou sur l’attente d’argent. Il s’agit d’une variante de l’hameçonnage, par lequel, selon l’OFCS (Office fédéral de la cybersécurité), des criminels tentent d’amener leurs victimes à divulguer leurs mots de passe et d’autres informations personnelles.
La pièce jointe peut être une archive ZIP, un PDF ou un document à macros. Le message peut aussi contenir un lien vers une fausse page de connexion. L’objectif est de dérober vos accès (messagerie, VPN, CH-LOGIN) ou d’installer un maliciel sur votre appareil.
Si les données volées servent ensuite à vider un compte, par exemple par e-banking, l’utilisation frauduleuse d’un ordinateur (art. 147 CP) peut s’appliquer. L’escroquerie (art. 146 CP) suppose une tromperie astucieuse, un but d’enrichissement illégitime et des actes préjudiciables aux intérêts pécuniaires de la victime. Si le pirate entre dans votre messagerie avec vos identifiants, l’accès indu à un système informatique (art. 143bis CP) est puni sur plainte.
Le déroulé de l’arnaque
- Le fraudeur choisit une entreprise ou un secteur et envoie le message à de nombreux salariés, parfois depuis une vraie boîte professionnelle piratée.
- Vous recevez un e-mail au nom des RH ou de la direction : « avis de licenciement », « fiche de salaire rectifiée » ou « salaire non versé », avec une pièce jointe ou un lien à ouvrir.
- Le message vous presse d'agir vite : consulter le document, confirmer vos données ou vous connecter à un portail interne.
- Vous ouvrez la pièce jointe, ce qui peut installer un maliciel, ou vous saisissez vos identifiants sur une fausse page de connexion.
- Le fraudeur utilise vos accès pour lire votre messagerie, envoyer d'autres messages piégés à vos collègues ou tenter d'accéder à vos comptes, y compris bancaires.
Exemples concrets
Faux avis de licenciement en pièce jointe
EmailLe message crée un choc émotionnel et une urgence pour vous pousser à ouvrir l'archive sans réfléchir. Une archive ZIP est un format souvent utilisé pour cacher un maliciel. Contactez les RH par téléphone ou en personne, sans répondre à l'e-mail. Si vous voulez la motivation écrite d'un vrai congé, vous pouvez la demander à l'employeur (art. 335 CO).
Fausse fiche de salaire rectifiée
EmailSauf accord ou usage contraire, le salaire est payé à la fin de chaque mois (art. 323 CO). Les fraudeurs profitent de cette échéance pour paraître crédibles. Le lien mène vers une fausse page de connexion qui récupère vos identifiants. N'ouvrez pas le lien et vérifiez auprès de votre service des salaires par un autre canal.
Faux salaire non versé et demande de données
EmailUn employeur qui connaît déjà vos données bancaires n'a pas besoin de les redemander par e-mail. Cette demande vise à collecter des données personnelles utilisables pour une usurpation d'identité ou une fraude bancaire. Ne répondez pas et appelez les RH.
Signaux d’alerte
- Un licenciement ou un problème de salaire annoncé par e-mail, sans appel ni entretien préalable
- Une urgence : confirmer, ouvrir ou se connecter dans l'heure ou avant la fin de la journée
- Une pièce jointe inattendue (archive ZIP, PDF, document à macros) ou un lien vers une page de connexion
- Une adresse d'expéditeur légèrement différente de celle de votre entreprise, ou une signature sans nom
- Une demande d'IBAN, de pièce d'identité, de mot de passe ou de code de sécurité par e-mail
Vous avez été victime de cette arnaque ?
Nos juristes vous aident à porter plainte et à faire valoir vos droits. Réponse sous 48h ouvrées, en toute confidentialité.
Comment se protéger
- Contactez les RH ou votre supérieur par téléphone ou en personne, sans répondre à l'e-mail suspect
- N'ouvrez aucune pièce jointe et ne cliquez sur aucun lien d'un message inattendu
- Si l'ordinateur est professionnel, alertez le service informatique interne
- Utilisez un mot de passe unique par service et activez l'authentification à deux facteurs
- Saisissez vos identifiants uniquement sur l'adresse habituelle de votre entreprise, saisie vous-même dans le navigateur
Que faire si vous êtes victime
- Si vous avez ouvert une pièce jointe : coupez la connexion (Wi-Fi, câble réseau, données mobiles), analysez l'appareil avec un antivirus à jour et faites-le examiner par un spécialiste
- Si vous avez saisi des identifiants : changez sans attendre le mot de passe du compte concerné et de tous les autres services où il servait, et vérifiez qu'aucune règle de transfert n'a été ajoutée à votre boîte e-mail
- Si vous avez saisi des données bancaires : contactez immédiatement votre banque ou l'émetteur de la carte pour bloquer la carte ou le compte
- Annoncez l'incident à l'OFCS via son formulaire de cyberincident et transférez l'e-mail à reports@antiphishing.ch
- En cas de perte d'argent, déposez plainte auprès de la police cantonale de votre domicile, sans tarder, avec l'e-mail et les justificatifs
Questions fréquentes
L'art. 335 CO prévoit que le contrat de durée indéterminée peut être résilié par chacune des parties et que la partie qui donne le congé doit le motiver par écrit si l'autre le demande. Il ne fixe pas de forme écrite obligatoire pour le congé lui-même. Face à un e-mail inattendu, vérifiez toujours auprès de votre employeur par un autre canal. Un avocat peut apprécier votre situation sur votre dossier.
Méfiez-vous d'un message inattendu qui annonce un licenciement ou une fiche de salaire rectifiée, qui presse d'agir et qui contient une pièce jointe ou un lien vers une page de connexion. Vérifiez l'adresse de l'expéditeur et contactez les RH par téléphone, sans répondre au message.
Coupez immédiatement la connexion de l'appareil (Wi-Fi, câble réseau, données mobiles), lancez un antivirus à jour et faites examiner l'appareil par un spécialiste. Une réinstallation propre peut être envisagée si une infection est avérée ou suspectée. Prévenez aussi le service informatique de votre entreprise.
Changez sans attendre le mot de passe du compte concerné et celui de tous les autres services où vous l'utilisiez. Activez l'authentification à deux facteurs. Si c'est une boîte e-mail, vérifiez qu'aucune règle de transfert ou de redirection n'a été ajoutée.
Selon les faits, il peut s'agir d'escroquerie (art. 146 CP, jusqu'à cinq ans de privation de liberté ou peine pécuniaire), d'utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147 CP) si les données servent à provoquer un transfert d'actifs, ou d'accès indu à un système informatique (art. 143bis CP), puni sur plainte. La qualification dépend des circonstances et revient aux autorités pénales.
Vous pouvez annoncer l'incident à l'OFCS avec son formulaire de cyberincident, qui s'adresse aux particuliers et aux entreprises. L'OFCS n'est pas une autorité de poursuite pénale et ne reçoit pas de plainte : en cas de perte d'argent, prévenez votre banque et déposez plainte auprès de la police cantonale de votre domicile. Pour une infraction poursuivie sur plainte, comme l'art. 143bis CP, ne tardez pas à la déposer.
Sources
- Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) - Hameçonnage
- Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) - Annonce d'un cyberincident
- Code pénal suisse (Fedlex) - Escroquerie, art. 146 CP
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026
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