La situation
Contexte initial
Justine L., employée de commerce à Genève, découvre qu’une ancienne connaissance a publié sur un réseau social une photo d’elle prise lors d’une soirée privée. La photo est accompagnée d’un commentaire moqueur et son nom figure dans la légende.
L'élément déclencheur
Justine demande par écrit le retrait de la photo. L’auteur ne répond pas, la publication est partagée par d’autres comptes et des collègues de Justine la voient. Justine décide alors de saisir le tribunal.
Les enjeux
La procédure n'est pas gratuite : le tribunal peut exiger une avance de frais, et l'avocat éventuel s'ajoute. Les dommages-intérêts et le tort moral restent réservés (art. 28a al. 3 CC).
Atteinte à la réputation, gêne dans le cadre professionnel et sentiment de perte de maîtrise de son image.
La loi ne fixe pas de délai pour agir en protection de la personnalité, mais la diffusion aggrave le préjudice. Après une décision rendue en procédure sommaire, l'appel se forme dans un délai de 10 jours (art. 314 al. 1 CPC).
Analyse juridique
Bases légales applicables
- CC art. 28 : toute personne qui subit une atteinte illicite à sa personnalité peut agir en justice contre toute personne qui y participe. L’atteinte est illicite, sauf consentement de la victime, intérêt prépondérant privé ou public, ou loi.
- CC art. 28a : le juge peut interdire l’atteinte, la faire cesser ou constater son caractère illicite. Les dommages-intérêts et le tort moral sont réservés.
- LPD art. 30 et 32 : le traitement de données contre la volonté expresse de la personne est une atteinte à la personnalité. Vous pouvez demander l’effacement de données personnelles.
- CPC art. 261, 262, 263, 265 : mesures provisionnelles et superprovisionnelles.
- CPC art. 248 et 198 let. a : procédure sommaire, sans conciliation préalable.
- CP art. 179quater : prise ou diffusion d’images relevant du domaine secret ou privé, sur plainte.
- CP art. 292 : amende en cas de non-respect d’une décision signifiée sous cette menace.
Droits du client
Vous pouvez demander au tribunal d’interdire l’atteinte, de la faire cesser ou d’en constater le caractère illicite (art. 28a al. 1 CC). Vous pouvez aussi demander l’effacement des données personnelles (art. 32 al. 2 LPD) et réclamer des dommages-intérêts ou une réparation du tort moral (art. 28a al. 3 CC).
Pour obtenir des mesures provisionnelles, vous devez rendre vraisemblable une atteinte, ou un risque d’atteinte, et un préjudice difficilement réparable (art. 261 al. 1 CPC). En cas d’urgence particulière, le tribunal peut statuer sans entendre l’autre partie (art. 265 al. 1 CPC).
Obligations de la partie adverse
L’auteur de la publication ne peut pas invoquer l’atteinte comme justifiée s’il n’a ni votre consentement, ni intérêt prépondérant, ni base légale (art. 28 al. 2 CC). Si le tribunal prononce une mesure sous la menace de l’art. 292 CP, il doit s’y conformer sous peine d’amende. Le tribunal peut renoncer aux mesures si l’auteur fournit des sûretés appropriées (art. 261 al. 2 CPC).
Délais légaux à respecter
- Appel contre une décision rendue en procédure sommaire : 10 jours (art. 314 al. 1 CPC).
- Si le procès au fond n’est pas encore ouvert, le tribunal impartit un délai pour le dépôt de la demande, sous peine de caducité des mesures (art. 263 CPC) : c’est le délai que fixe le tribunal.
- Après une décision superprovisionnelle, le tribunal entend l’autre partie sans délai (art. 265 al. 2 CPC).
Stratégie déployée
Options envisagées
Quatre pistes :
- Signalement à la plateforme : démarche simple, mais l’issue dépend de la plateforme.
- Mise en demeure écrite : elle fixe un délai court à l’auteur et prouve votre opposition expresse (art. 30 al. 3 LPD).
- Requête de mesures provisionnelles : elle vise un retrait rapide devant le tribunal.
- Plainte pénale : possible si la photo relève du domaine secret ou privé (art. 179quater CP), mais elle ne couvre pas toute photo publiée sans accord, par exemple une photo prise dans l’espace public.
Requête de mesures provisionnelles devant le Tribunal de première instance, après conservation des preuves et mise en demeure restée sans effet
Justification du choix
La mise en demeure est restée sans réponse et la publication se propage. Le préjudice grandit à chaque partage, ce qui peut caractériser un préjudice difficilement réparable (art. 261 al. 1 let. b CPC). Une requête sommaire évite la conciliation préalable (art. 198 let. a CPC) et vise une décision rapide.
Intervenants externes
Étapes de la procédure
- Conservez les preuves : captures d’écran datées, adresse de la page, nom du compte, partages.
- Envoyez une mise en demeure écrite à l’auteur, avec un délai court, pour vous opposer expressément à la publication.
- Signalez la publication via l’outil de signalement de la plateforme.
- Rédigez une requête écrite avec des conclusions précises : retrait de la photo, interdiction de la republier, menace de l’art. 292 CP. Aucun formulaire type n’a été trouvé pour ce cas, la requête se rédige sur papier libre.
- Déposez-la auprès du Tribunal de première instance, qui siège au sein du Tribunal civil à Genève. Vous pouvez demander des mesures superprovisionnelles en cas d’urgence particulière.
- Le tribunal entend l’autre partie, puis statue. Il peut exiger des sûretés de votre part (art. 265 al. 3 CPC).
- Si le procès au fond n’est pas pendant, déposez la demande dans le délai que fixe le tribunal (art. 263 CPC).
- Contre la décision, l’appel se forme dans les 10 jours (art. 314 al. 1 CPC).
Résultat obtenu
Décision favorable
Dans le cas de Justine L., le tribunal ordonne le retrait de la photo et interdit sa republication sous la menace de l'art. 292 CP. La procédure n'est pas gratuite, le tribunal pouvant exiger une avance de frais. Les résultats varient selon les circonstances et les preuves produites.
Durée totale : Le délai dépend de l'autorité saisie et de la réaction de l'autre partie
Enseignements clés
Une mise en demeure écrite et des preuves datées préparent la requête. Le tribunal ordonne des mesures s’il rend vraisemblable une atteinte et un préjudice difficilement réparable. Les conditions sont plus strictes contre un média à caractère périodique (art. 266 CPC). Les résultats varient selon les circonstances de chaque dossier. Un avocat peut évaluer votre situation.
Comment éviter cette situation
Signaux d'alerte
- La photo est partagée par d’autres comptes.
- L’auteur ne répond pas ou refuse le retrait.
- La publication nomme ou identifie la personne.
Bonnes pratiques
- Faites des captures d’écran avec date, adresse et nom du compte.
- Formulez votre opposition par écrit et gardez la preuve de l’envoi.
- Formulez des conclusions précises dans la requête.
Erreurs courantes à éviter
- Supprimer ses propres preuves ou ne pas les dater.
- Attendre alors que la diffusion s’aggrave.
- Croire que la plainte pénale couvre toute photo publiée sans accord.
- Laisser passer le délai d’appel de 10 jours.
Points clés à retenir
- Atteinte illicite : action en justice (art. 28 CC)
- Mesures provisionnelles : atteinte et préjudice difficilement réparable (art. 261 CPC)
- Mesures superprovisionnelles en cas d’urgence particulière (art. 265 CPC)
- Appel : 10 jours (art. 314 al. 1 CPC)
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Questions fréquentes
Vous pouvez demander au Tribunal de première instance des mesures provisionnelles : elles ordonnent le retrait de la photo rapidement, sans attendre le jugement sur le fond. Vous devez rendre vraisemblable l’atteinte et un préjudice difficilement réparable (art. 261 CPC).
C’est une décision immédiate, rendue sans entendre l’autre partie, en cas d’urgence particulière (art. 265 al. 1 CPC). Le tribunal entend ensuite l’autre partie sans délai et statue.
La procédure n’est pas gratuite et le tribunal peut exiger une avance de frais. Le coût dépend du tribunal et de l’affaire. Un avocat s’ajoute si vous en mandatez un.
La loi n’impose pas de mise en demeure avant la requête. Elle est utile : elle prouve votre opposition expresse au traitement de vos données (art. 30 al. 2 let. b et al. 3 LPD).
Contre une décision rendue en procédure sommaire, le délai d’appel est de 10 jours (art. 314 al. 1 CPC).
C’est possible si la photo relève du domaine secret ou privé (art. 179quater CP), sur plainte. Cet article ne couvre pas toute photo publiée sans accord. Un avocat apprécie votre situation.
Sources et références
- CC art. 28, 28a (https://juriup.ch/lois/cc/art-28/) ; LPD art. 30, 32 (https://juriup.ch/lois/lpd/art-32/) ; CPC art. 198, 248, 261, 262, 263, 265, 266, 314 (https://juriup.ch/lois/cpc/art-261/) ; CP art. 179quater, 292 (https://juriup.ch/lois/cp/art-179quater/) ; Tribunal de première instance (https://justice.ge.ch/fr/contenu/tribunal-de-premiere-instance)