Cas pratique · Droit pénal · Procédure pénale · Valais

Squatteur dans une résidence secondaire dans le canton du Valais : plainte pénale et évacuation rapide

Face à un squatteur dans une résidence secondaire en Suisse romande, le propriétaire peut déposer plainte pour violation de domicile dans les trois mois (art. 186 et 31 CP), mais la plainte n'ordonne pas l'évacuation. La restitution passe par une action civile : l'action possessoire est perdue si le possesseur tarde (art. 929 al. 1 CC) et se prescrit par un an dès l'usurpation (art. 929 al. 2 CC). La réforme de l'objet 23.085 est en vigueur depuis le 1er juillet 2026 : le tribunal peut notamment ordonner la restitution envers un cercle indéterminé de personnes et statue dans les cinq jours au plus tard (art. 260a CPC).

Lecture 9 min
Urgence Critique
Durée totale dépend de la réaction de la police, de l'autorité saisie et de l'attitude des occupants
Issue Désistement adverse

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Profil client Propriétaire
Secteur Sans objet
Contexte Propriétaire d'une résidence secondaire utilisée surtout l'hiver et l'été, domicilié hors du canton
Région Valais

La situation

Contexte initial

Christophe J., ingénieur de 52 ans domicilié dans le canton de Vaud, est propriétaire d’un chalet de quatre pièces dans le canton du Valais, qu’il utilise comme résidence secondaire. Le chalet reste vide plusieurs semaines d’affilée. Son dernier passage remonte à plusieurs mois.

L'élément déclencheur

Un voisin signale à Christophe de la lumière et de la fumée au chalet. Sur place, il constate que la serrure a été changée et que deux personnes vivent dans les lieux. Elles affirment qu’une connaissance leur a prêté le chalet. Il estime les dégâts à CHF 2’400 (serrure, porte, literie).

Les enjeux

Financiers

CHF 2'400 de dégâts constatés, auxquels s'ajoutent les frais d'avocat et de procédure, et le risque de dégradations si l'occupation se prolonge

Humains

Sentiment d'être dépossédé de son bien et tentation de se faire justice soi-même, alors que la loi encadre strictement la reprise de l'immeuble

Délai critique

Trois mois pour déposer plainte dès que l'ayant droit connaît l'auteur (art. 31 CP). L'action possessoire se perd si vous tardez à réagir (art. 929 al. 1 CC) et se prescrit par un an dès l'usurpation (art. 929 al. 2 CC).

Analyse juridique

Bases légales applicables

  • CP art. 186 – Violation de domicile
  • CP art. 31 – Délai de plainte de trois mois
  • CPP art. 304 – Dépôt de la plainte
  • CC art. 926 – Défense de la possession et recours à l’autorité
  • CC art. 927 – Restitution par l’usurpateur
  • CC art. 929 – Déchéance et prescription de l’action possessoire
  • CPC art. 257 – Cas clair
  • CPC art. 261 – Mesures provisionnelles

Droits du client

La violation de domicile consiste à entrer dans une maison de manière illicite et contre la volonté de l’ayant droit, ou à y rester malgré l’injonction de sortir. Elle est punie d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire, mais seulement sur plainte, c’est-à-dire que l’infraction n’est poursuivie que si vous la déposez (art. 186 CP). Une personne entrée avec votre accord, puis restée malgré votre injonction de sortir, entre aussi dans le texte.

Sur le plan civil, celui qui usurpe une chose en la possession d’autrui doit la rendre, même s’il prétend à un droit préférable (art. 927 al. 1 CC). L’action tend à la restitution et à la réparation du dommage (art. 927 al. 3 CC). Si vous avez été dépossédé par violence ou clandestinement, la loi vous permet de reprendre l’immeuble dans un délai raisonnable après en avoir eu connaissance, dans les limites fixées par le code civil, et les autorités doivent vous prêter l’aide requise par les circonstances (art. 926 CC).

Obligations de la partie adverse

L’occupant doit rendre l’immeuble (art. 927 al. 1 CC). La restitution n’a pas lieu s’il établit aussitôt un droit préférable qui l’autoriserait à reprendre la chose (art. 927 al. 2 CC), par exemple un bail ou un accord qu’il peut prouver. L’occupation sans droit peut en outre l’exposer à une peine au titre de la violation de domicile (art. 186 CP) et à la réparation du dommage (art. 927 al. 3 CC).

Délais légaux à respecter

  • Trois mois pour porter plainte, dès que vous connaissez l’auteur de l’infraction (art. 31 CP)
  • Reprise de l’immeuble : agir dans un délai raisonnable après avoir eu connaissance de la dépossession, dans les limites de l’art. 926 CC
  • Action possessoire perdue si vous ne réclamez pas la restitution aussitôt après avoir connu le fait et l’auteur (art. 929 al. 1 CC)
  • Prescription de l’action possessoire par un an, dès le jour de l’usurpation, même si vous ne l’avez découverte que plus tard (art. 929 al. 2 CC)

Stratégie déployée

Options envisagées

Christophe J. envisage quatre pistes :

  • Reprendre le chalet par la force : le code civil limite strictement le recours à la force et interdit les voies de fait non justifiées par les circonstances (art. 926 CC). Il écarte cette option.
  • Négocier le départ : possible, mais sans effet si les occupants refusent.
  • Déposer plainte pénale : elle sanctionne l’auteur, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’obtenir l’évacuation.
  • Agir au civil : requête en procédure sommaire (cas clair) ou mesures provisionnelles pour obtenir la restitution.
Option retenue

Plainte pénale immédiate pour violation de domicile, combinée à une action civile en restitution de l'immeuble

Justification du choix

Christophe J. agit sur deux fronts, parce que la plainte et l’évacuation répondent à deux questions distinctes. La plainte pénale vise l’auteur de l’infraction. L’action civile vise la restitution du chalet et la réparation du dommage.

Il dépose plainte sans attendre, car le délai de trois mois court dès qu’il connaît les auteurs (art. 31 CP). Il agit aussi sans attendre au civil, car l’action possessoire est perdue s’il tarde à réagir (art. 929 al. 1 CC). Comme les occupants invoquent un prêt du chalet, l’état de fait pourrait être contesté. Dans ce cas, la procédure de cas clair risque l’irrecevabilité (art. 257 al. 3 CPC), et son avocat prépare une demande de mesures provisionnelles en parallèle (art. 261 al. 1 CPC).

Intervenants externes

Police Ministère public ou autorité pénale compétente en matière de contraventions pour la plainte Tribunal civil compétent pour la restitution Avocat

Étapes de la procédure

  1. Constater les faits sans intervenir physiquement : photos, témoignage du voisin, état de la serrure, date du dernier passage.
  2. Appeler la police et lui demander de constater l’occupation, puis de prêter son assistance (art. 926 CC).
  3. Déposer plainte pour violation de domicile auprès de la police, du ministère public ou de l’autorité pénale compétente en matière de contraventions, par écrit ou oralement. Une plainte orale est consignée au procès-verbal (art. 304 al. 1 CPP).
  4. Adresser aux occupants une injonction de sortir écrite et la conserver : elle vise aussi ceux qui sont entrés avec un accord puis restent (art. 186 CP).
  5. Saisir le tribunal compétent d’une requête en restitution : procédure sommaire en cas clair (art. 257 CPC) ou mesures provisionnelles si vous rendez vraisemblable une atteinte et un préjudice difficilement réparable (art. 261 al. 1 CPC).
  6. Réclamer la réparation du dommage dans la même démarche (art. 927 al. 3 CC).

Résultat obtenu

Désistement adverse

Dans le cas de Christophe J., les occupants quittent le chalet après la plainte et la notification de la requête civile. Il obtient la restitution des lieux et réclame CHF 2'400 pour les dégâts. Les résultats varient selon les circonstances, notamment la preuve de l'occupation, l'existence d'un droit invoqué par les occupants et le canton.

Durée totale : dépend de la réaction de la police, de l'autorité saisie et de l'attitude des occupants

Enseignements clés

Une plainte pénale sanctionne l’auteur, mais elle ne suffit pas à récupérer les clés. Pour obtenir la restitution, il faut agir aussi au civil.

Les délais sont courts : trois mois pour la plainte (art. 31 CP), et une action possessoire perdue si vous tardez (art. 929 al. 1 CC), prescrite par un an dès l’usurpation (art. 929 al. 2 CC). Pour une résidence secondaire souvent vide, ce délai court même si vous découvrez l’occupation plus tard.

La réforme du droit de la possession (objet 23.085) est en vigueur depuis le 1er juillet 2026. Elle permet notamment de demander au tribunal une injonction de restitution envers un cercle indéterminé de personnes, sur laquelle il statue dans les cinq jours au plus tard (art. 260a CPC). Les résultats varient selon les circonstances, et un avocat évaluera votre situation sur dossier.

Comment éviter cette situation

Signaux d'alerte

  • Serrure changée ou volets ouverts dans une résidence que vous savez vide
  • Lumière, fumée ou véhicules signalés par un voisin
  • Occupants qui invoquent un prêt ou un bail verbal
  • Dernier passage ancien, sans trace de la date de découverte

Bonnes pratiques

  • Documenter l’occupation par des photos datées et noter la date de votre dernier passage
  • Conserver une preuve de propriété et vos titres d’accès
  • Remettre une injonction de sortir écrite et en garder une copie
  • Agir vite, car l’action possessoire se perd si vous tardez à réagir (art. 929 al. 1 CC)
  • Laisser un voisin de confiance surveiller la résidence secondaire

Erreurs courantes à éviter

  • Attendre plusieurs mois avant de réagir : le délai de plainte est de trois mois (art. 31 CP)
  • Changer les serrures ou expulser les occupants soi-même, alors que le recours à la force est strictement limité (art. 926 CC)
  • Croire que la plainte pénale suffit à obtenir l’évacuation
  • Ignorer la prescription d’un an de l’action possessoire (art. 929 al. 2 CC)

Points clés à retenir

  • Plainte pour violation de domicile : trois mois (art. 31 et 186 CP)
  • Plainte écrite ou orale, auprès de la police ou du ministère public (art. 304 al. 1 CPP)
  • Action possessoire : prescription d’un an dès l’usurpation (art. 929 al. 2 CC)
  • Évacuation civile : cas clair (art. 257 CPC) ou mesures provisionnelles (art. 261 CPC)
  • Recours à la force strictement limité, appel à l’autorité à privilégier (art. 926 CC)

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Questions fréquentes

La violation de domicile est une infraction pénale : entrer dans une maison de manière illicite et contre la volonté de l’ayant droit, ou y rester malgré l’injonction de sortir (art. 186 CP). L’occupation, elle, peut être licite, par exemple avec un bail, un prêt ou un accord. Si l’occupant établit aussitôt un droit préférable, la restitution n’a pas lieu (art. 927 al. 2 CC).

Vous avez trois mois, à compter du jour où vous connaissez l’auteur de l’infraction (art. 31 CP). Vous pouvez déposer plainte auprès de la police, du ministère public ou de l’autorité pénale compétente en matière de contraventions, par écrit ou oralement (art. 304 al. 1 CPP).

La loi permet au possesseur dépossédé par violence ou clandestinement de reprendre l’immeuble, dans un délai raisonnable après en avoir eu connaissance et dans des limites strictes : la force n’est permise que si l’intervention de l’autorité ne pouvait être obtenue en temps utile, et les voies de fait non justifiées par les circonstances sont interdites (art. 926 CC). Le plus sûr est d’appeler la police et d’agir ensuite par la voie civile.

Non, la plainte vise à sanctionner l’auteur, pas à ordonner l’évacuation. Selon le canton, le ministère public ou la police peut intervenir, mais c’est une pratique variable. Pour la restitution, vous agissez au civil devant le tribunal compétent.

Vous pouvez demander l’évacuation en procédure sommaire si l’état de fait n’est pas litigieux ou est immédiatement prouvable et si la situation juridique est claire (art. 257 al. 1 CPC). Si l’occupant invoque un bail ou un accord, le tribunal peut ne pas entrer en matière (art. 257 al. 3 CPC). Vous pouvez aussi demander des mesures provisionnelles en rendant vraisemblable une atteinte et un préjudice difficilement réparable (art. 261 al. 1 CPC).

Les frais dépendent du canton et de l’autorité saisie. Les frais de justice et les honoraires d’un avocat s’ajoutent à vos propres dépenses. Un avocat évaluera le coût sur votre dossier.

Sources et références

  • CP art. 31 : https://juriup.ch/lois/cp/art-31/ ; CP art. 186 : https://juriup.ch/lois/cp/art-186/ ; CPP art. 304 : https://juriup.ch/lois/cpp/art-304/ ; CC art. 926 : https://juriup.ch/lois/cc/art-926/ ; CC art. 927 : https://juriup.ch/lois/cc/art-927/ ; CC art. 929 : https://juriup.ch/lois/cc/art-929/ ; CPC art. 257 : https://juriup.ch/lois/cpc/art-257/ ; CPC art. 261 : https://juriup.ch/lois/cpc/art-261/ ; Objet 23.085 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20230085

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    Dernière mise à jour de cette page : 28 octobre 2026.

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