Droit à l'image des enfants sur les réseaux sociaux en Suisse : consentement, retrait et recours
Une école, un club ou l'autre parent a publié la photo de votre enfant sans votre accord. JuriUp vous explique ce que dit le Code civil, comment demander le retrait et quelles voies s'ouvrent à vous en Suisse romande.
Oui, la photo d'un enfant reconnaissable est protégée en Suisse : la publier sans consentement valable et sans justification constitue une atteinte à la personnalité, c'est-à-dire à l'ensemble des droits qui touchent à l'identité et à la vie privée. L'art. 28 al. 1 CC permet à celui qui subit une atteinte illicite d'agir en justice contre toute personne qui y participe. Cela vise le premier auteur de la publication, mais aussi celui qui la republie.
Selon l'art. 28 al. 2 CC, l'atteinte est illicite, à moins qu'elle ne soit justifiée par le consentement de la victime, par un intérêt prépondérant privé ou public, ou par la loi. Pour un enfant, toute la difficulté est de savoir qui peut consentir à sa place, jusqu'où va ce consentement et ce que vous pouvez faire lorsqu'il n'a pas été demandé.
Base principale
Art. 28 CC
Actions possibles
Interdire, faire cesser, constater
Champ
Droit fédéral, valable en Suisse romande
Bon à savoir
Une fois la photo en ligne, vous n'en gardez plus vraiment la maîtrise : elle peut être copiée ou partagée. Agissez donc vite et conservez une trace de la publication avant de demander son retrait. Un expert juridique JuriUp peut évaluer votre situation avec vous.
1. Qui peut consentir : l'enfant ou ses parents ?
La loi ne fixe aucun âge à partir duquel un enfant décide seul de son image. Elle part de la capacité de discernement, définie à l'art. 16 CC : est capable de discernement toute personne qui n'est pas privée de la faculté d'agir raisonnablement en raison de son jeune âge, d'une déficience mentale, de troubles psychiques, d'ivresse ou d'autres causes semblables. Elle s'apprécie au cas par cas, selon la maturité de l'enfant et la portée de ce qu'on lui demande.
L'art. 19c al. 1 CC prévoit que les personnes capables de discernement, mais privées de l'exercice des droits civils, exercent leurs droits strictement personnels de manière autonome, sous réserve des cas où la loi exige le consentement du représentant légal. Selon l'art. 19c al. 2 CC, les personnes incapables de discernement sont représentées par leur représentant légal, sauf pour les droits qui ne souffrent aucune représentation en raison de leur lien étroit avec la personnalité. Concrètement, un adolescent mûr peut refuser que sa photo soit diffusée, même si ses parents y étaient favorables.
Le rôle des parents
- Selon l'art. 304 al. 1 CC, les père et mère sont, dans les limites de leur autorité parentale, les représentants légaux de leurs enfants à l'égard des tiers.
- L'art. 301 al. 1 CC les charge de prendre les décisions nécessaires, sous réserve de la capacité propre de l'enfant.
- L'art. 301 al. 2 CC les oblige à tenir compte autant que possible de l'avis de l'enfant pour les affaires importantes.
- L'art. 296 al. 1 CC rappelle que l'autorité parentale sert le bien de l'enfant.
Ce que cela change en pratique
- Plus l'enfant grandit, plus son avis pèse ;
- Le consentement doit viser une publication précise, pas un accord général ;
- Un enfant qui refuse doit être entendu avant toute publication ;
- L'intérêt de l'enfant reste le critère central.
Astuce JuriUp
Avant d'agir, demandez à votre enfant ce qu'il pense de la photo. Son avis éclaire sa maturité et renforce votre démarche, car la loi demande aux parents d'en tenir compte.
2. Écoles, clubs et associations : que peuvent-ils publier ?
Une école, un club sportif ou une association qui publie des photos d'enfants sur un site, une page Facebook ou Instagram doit pouvoir justifier la publication : par le consentement, par un intérêt prépondérant ou par la loi (art. 28 al. 2 CC). Le plus sûr pour l'organisation reste un consentement clair, donné pour un usage précis.
La loi sur la protection des données (LPD) offre un second fondement. Elle régit le traitement de données personnelles effectué par des personnes privées (art. 2 al. 1 LPD), ce qui inclut les écoles privées, les clubs et les associations. L'image d'une personne identifiable est en pratique une donnée personnelle. Traiter des données personnelles contre la manifestation expresse de la volonté de la personne concernée constitue notamment une atteinte à la personnalité (art. 30 al. 2 let. b LPD). Cette atteinte est illicite, à moins d'être justifiée par le consentement, par un intérêt privé ou public prépondérant, ou par la loi (art. 31 al. 1 LPD).
Bonnes pratiques à attendre
- Une autorisation écrite qui indique où et dans quel but les photos seront diffusées ;
- Une possibilité réelle de refuser sans conséquence pour l'enfant ;
- Pour les photos de groupe, le floutage des visages de ceux dont l'accord manque ;
- Le retrait rapide de la photo dès qu'un parent s'y oppose.
Votre démarche
- Écrivez à la direction ou au comité en désignant précisément les photos concernées ;
- Précisez que vous vous opposez expressément à leur diffusion ;
- Demandez la suppression et une confirmation écrite ;
- Gardez une copie de votre courrier.
Pour les écoles publiques, les règles dépendent du canton et de l'établissement : directives des autorités scolaires, règlement interne, formulaire d'autorisation en début d'année. Renseignez-vous auprès de la direction de l'établissement et conservez les formulaires que vous avez signés. Si vous dirigez un club ou une association et souhaitez cadrer vos pratiques, une politique de confidentialité rédigée en ligne aide à documenter l'usage des images.
Attention aux autorisations trop larges
Une case cochée « photos autorisées » dans un formulaire d'inscription ne vaut pas forcément accord pour n'importe quelle publication. En cas de doute sur l'étendue de ce que vous avez signé, un expert juridique l'évaluera sur votre dossier.
3. Le parent séparé qui publie sans l'accord de l'autre
Prenons Milan A., père de deux enfants, séparé de la mère. Il publie régulièrement sur un profil ouvert des photos de sa fille de sept ans, alors que la mère s'y oppose. Qui a raison ? La loi ne répond pas expressément à la question de la publication, mais elle fournit un cadre.
En principe, l'enfant est soumis pendant sa minorité à l'autorité parentale conjointe de ses père et mère (art. 296 al. 2 CC). L'art. 304 al. 2 CC permet aux tiers de bonne foi de présumer que chaque parent agit avec le consentement de l'autre, mais cette présomption protège le tiers (par exemple une plateforme ou un club) : elle ne signifie pas que chaque parent peut publier seul.
Selon l'art. 301 al. 1bis CC, le parent qui a la charge de l'enfant peut prendre seul les décisions courantes ou urgentes, ainsi que d'autres décisions si l'autre parent ne peut être atteint moyennant un effort raisonnable. Le texte ne range pas expressément la publication sur les réseaux sociaux parmi les décisions courantes, et la qualification dépend des circonstances de chaque cas. Par prudence, en cas de désaccord entre parents, mieux vaut ne pas publier.
Vos options si l'autre parent publie
- Lui demander par écrit de retirer les photos et de ne plus en publier ;
- Tenter une médiation familiale ;
- Agir en justice sur la base de l'art. 28 CC ;
- Saisir l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte (APEA, ou son nom cantonal) si le développement de l'enfant est menacé (art. 307 al. 1 CC).
« Dans un conflit entre parents, la photo d'un enfant devient vite une pièce du litige. Documenter, écrire calmement et choisir la bonne voie évite d'envenimer la situation. »
L'APEA peut rappeler les père et mère à leurs devoirs et leur donner des indications ou instructions relatives au soin et à l'éducation de l'enfant (art. 307 al. 3 CC). Si un litige entre parents est tranché par un tribunal, l'enfant est entendu personnellement et de manière appropriée, pour autant que son âge ou d'autres justes motifs ne s'y opposent pas (art. 298 al. 1 CPC), et le tribunal peut exhorter les parents à tenter une médiation (art. 297 al. 2 CPC). Si la publication s'inscrit dans un conflit plus large sur la prise en charge de l'enfant, la page sur la demande ou modification de la garde des enfants peut vous aider.
Un exemple de parcours : dans un arrêt 5A_318/2016 du 10 octobre 2016, le Tribunal fédéral a traité le cas de parents séparés, titulaires de l'autorité parentale conjointe, où le père avait publié de nombreuses photos de leur fille sur Facebook. L'autorité de protection avait ordonné leur suppression, puis l'autorité cantonale avait renvoyé le dossier pour un examen concret des photos. Le Tribunal fédéral a déclaré irrecevable le recours de la mère contre cette décision de renvoi, car elle ne causait pas de préjudice irréparable (art. 93 al. 1 let. a LTF). L'arrêt ne tranche donc pas le fond : il illustre surtout que l'examen se fait photo par photo.
4. Demander le retrait et saisir la justice
La première démarche est presque toujours amiable : demander le retrait à l'auteur de la publication, puis, si nécessaire, signaler le contenu à la plateforme. Les délais de suppression et la procédure de signalement dépendent de chaque réseau. Si cela ne suffit pas, le Code civil vous donne des moyens précis.
Selon l'art. 28a al. 1 CC, vous pouvez requérir le juge d'interdire une atteinte illicite si elle est imminente, de la faire cesser si elle dure encore, ou d'en constater le caractère illicite si le trouble qu'elle a créé subsiste. L'art. 28a al. 2 CC permet de demander qu'une rectification ou que le jugement soit communiqué à des tiers ou publié. L'art. 28a al. 3 CC réserve les actions en dommages-intérêts et en réparation du tort moral. Fondée sur la LPD, l'action peut aussi viser l'interdiction d'un traitement déterminé de données personnelles ou leur effacement (art. 32 al. 2 LPD).
Étape 1, Conserver les preuves
Faites des captures d'écran datées de la publication, de la page et des commentaires, et notez l'adresse du lien. Ne repartagez pas la photo.
Étape 2, Opposition écrite et signalement
Adressez une demande de retrait précise à l'auteur, à l'école ou au club, et signalez le contenu à la plateforme.
Étape 3, Mesures provisionnelles
Si la photo reste en ligne, le tribunal ordonne les mesures provisionnelles nécessaires lorsque vous rendez vraisemblable une atteinte (ou un risque d'atteinte) qui risque de causer un préjudice difficilement réparable (art. 261 al. 1 CPC). En cas d'urgence particulière, il peut agir immédiatement, sans entendre la partie adverse (art. 265 al. 1 CPC).
Étape 4, Action au fond et recours
L'action ordinaire se porte devant le tribunal du domicile de l'une des parties (art. 20 CPC). La conciliation n'a pas lieu dans la procédure sommaire (art. 198 CPC) ; hors de ce cas, elle précède en principe l'action. Les voies de recours sont celles que prévoit la loi, avec les délais indiqués dans la décision.
Les art. 28 et 28a CC ne fixent aucun délai pour agir en protection de la personnalité, mais plus vous attendez, plus la diffusion progresse et plus la preuve du trouble devient délicate. Les frais d'une procédure dépendent du canton et de l'affaire. La LPD ne dit pas expressément que le consentement peut être retiré en tout temps : le fondement le plus proche est l'art. 30 al. 2 let. b LPD, qui fait du traitement contre la volonté expresse de la personne concernée une atteinte à la personnalité, sauf justification. Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence publie par ailleurs des informations sur la prise et la publication de photos, que vous pouvez consulter.
Résumé rapide à retenir
Publier la photo reconnaissable d'un enfant sans consentement ni justification est une atteinte illicite à la personnalité (art. 28 CC).
Un enfant capable de discernement peut s'opposer lui-même ; il n'existe aucun âge fixe dans la loi.
Entre parents séparés, mieux vaut ne pas publier en cas de désaccord.
Le juge peut interdire, faire cesser ou constater l'atteinte (art. 28a CC), y compris par mesures provisionnelles (art. 261 CPC).
La photo de votre enfant est en ligne sans votre accord ?
Décrivez votre situation en quelques lignes et JuriUp vous met en relation avec un avocat spécialisé adapté à votre problématique et à votre canton pour demander le retrait et, si nécessaire, saisir le tribunal compétent.
Questions fréquentes
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Un parent peut-il publier librement des photos de son enfant ?
Pas sans limite. Les parents décident dans l'intérêt de l'enfant et en tenant compte de son avis (art. 301 CC). Une publication sur un profil ouvert peut porter atteinte à sa personnalité, et l'enfant capable de discernement peut s'y opposer.
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À partir de quel âge mon enfant peut-il refuser une photo ?
La loi ne fixe aucun âge. Tout dépend de sa capacité de discernement (art. 16 CC), appréciée au cas par cas selon sa maturité.
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Que faire si l'école ou le club refuse de retirer la photo ?
Vous pouvez demander au tribunal compétent d'interdire l'atteinte, de la faire cesser ou d'en constater le caractère illicite (art. 28a CC), et, si la situation est urgente, solliciter des mesures provisionnelles (art. 261 CPC). Un avocat spécialisé évaluera la voie adaptée à votre dossier.
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Puis-je demander des dommages-intérêts ?
L'art. 28a al. 3 CC réserve les actions en dommages-intérêts et en réparation du tort moral. Leur succès dépend des circonstances et de la preuve du dommage.
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L'autre parent a publié malgré mon refus : puis-je saisir l'APEA ?
L'APEA intervient si le développement de l'enfant est menacé et que les parents n'y remédient pas (art. 307 al. 1 CC). Elle peut notamment rappeler les parents à leurs devoirs et donner des instructions (art. 307 al. 3 CC). Un expert juridique JuriUp peut évaluer si cette voie est adaptée.
Textes officiels et ressources utiles
- Art. 28 CC, Atteinte illicite à la personnalité et consentement
- Art. 28a CC, Interdiction, cessation et constatation de l'atteinte
- Art. 301 CC, Décisions des parents, dont la décision seule du parent qui a la charge de l'enfant
- Art. 307 CC, Mesures de protection de l'enfant
- Art. 30 LPD, Atteintes à la personnalité
- Art. 261 CPC, Mesures provisionnelles
- Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, Prendre et publier des photos
Rédigé par la Rédaction juridique JuriUp
Équipe de rédaction et de contenu juridique de JuriUp, plateforme de mise en relation avec des experts juridiques en Suisse romande.


