Infraction poursuivie d'office

Porter plainte pour arnaque au faux banquier (Vishing) en Suisse

L'arnaque au faux conseiller bancaire (ou vishing) fait de nombreuses victimes en Suisse. Les escrocs usurpent le numéro de votre banque pour vous manipuler et vider vos comptes. Découvrez comment réagir immédiatement, bloquer les transactions et déposer plainte pour tenter de récupérer vos fonds.

En résumé

L'arnaque au faux banquier est qualifiée d'escroquerie (art. 146 CP), une infraction poursuivie d'office par l'État. Il n'y a donc aucun délai strict pour agir, bien qu'une réaction immédiate soit déterminante pour geler les transferts. La dénonciation pénale se dépose gratuitement au poste de police ou auprès du Ministère public.

§Art. 146 CPEscroquerie§Art. 147 CPFraude informatique§Art. 301 CPPDroit de dénonciation

01Comprendre l'infraction

Le droit pénal suisse qualifie généralement l'arnaque au faux banquier d'escroquerie au sens de l'art. 146 du Code pénal (CP). Cette infraction suppose que l'auteur vous ait trompé astucieusement (par exemple en usurpant le numéro de téléphone officiel de votre banque via la technique du spoofing) pour vous inciter à effectuer un transfert de fonds ou à valider une transaction.

Si les escrocs ont manipulé techniquement votre espace e-banking à votre insu après avoir intercepté un code, les faits peuvent également relever de la fraude informatique (art. 147 CP). Ces délits, qui touchent au droit pénal, sont poursuivis d'office. La justice pénale intervient dès qu'elle a connaissance de l'infraction, ce qui rend le dépôt de plainte formel d'autant plus pertinent.

Escroquerieart. 146 CP

Tromperie astucieuse poussant la victime à valider un transfert de fonds.

Fraude informatiqueart. 147 CP

Manipulation technique du système e-banking pour détourner de l'argent.

Soustraction de donnéesart. 143 CP

Vol des identifiants bancaires personnels d'un utilisateur.

Ce qui doit être réuni

  • Tromperie astucieuse (usurpation du numéro de téléphone et du discours de la banque)
  • Erreur de la victime manipulée par le scénario du faux conseiller
  • Acte de disposition patrimoniale (validation du virement ou communication du code)
  • Dommage financier pour la victime et enrichissement de l'auteur

Exemples concrets

  • Un faux conseiller appelle pour signaler une fraude et demande de valider un paiement pour prétendument l'annuler.
  • Le fraudeur vous pousse à télécharger une application de contrôle à distance sur votre téléphone portable.
  • Vous êtes invité à déplacer vos fonds vers un prétendu compte de sécurité interne de la banque.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Bloquer vos cartes et accès

    Appelez immédiatement le vrai numéro d'urgence de votre banque pour verrouiller vos comptes.

  2. 2

    Demander un rappel des fonds

    Exigez un « recall » interbancaire si le virement vient d'être validé.

  3. 3

    Rassembler les preuves

    Sauvegardez le journal des appels, les SMS reçus et vos relevés de compte.

  4. 4

    Déposer plainte

    Rendez-vous au poste de police avec tous vos éléments pour dénoncer formellement l'escroquerie.

03Le délai à respecter

L'escroquerie étant poursuivie d'office par les autorités judiciaires suisses, il n'y a aucun délai de plainte formel. Vous pouvez agir en tout temps jusqu'à la prescription de l'infraction (généralement 15 ans). Toutefois, une réaction immédiate reste indispensable dans l'espoir de geler l'argent transféré avant qu'il ne disparaisse définitivement sur des comptes situés à l'étranger.

À faire

  • Journal des appels montrant le numéro usurpé de la banque (captures d'écran)
  • Relevés de compte démontrant la sortie des fonds vers l'étranger
  • Historique des SMS ou e-mails éventuellement reçus
  • Correspondance écrite confirmant le refus de remboursement de la banque

À éviter

  • Attendre plusieurs jours avant d'avertir sa banque par honte de s'être fait piéger.
  • Effacer l'historique des appels ou les messages de son téléphone portable.
  • Accepter la première réponse négative de la banque sans demander une analyse juridique.

04Où déposer, selon votre canton

  • GenèveDépôt de plainte à la police, avec l'appui de la brigade de répression de la criminalité informatique.
  • VaudAnnonce au poste de police, le dossier sera transmis au Ministère public centralisé.
  • ValaisLa police cantonale valaisanne prend en charge la dénonciation avec vos extraits bancaires.
  • FribourgDépôt dans n'importe quel poste de la police cantonale fribourgeoise.
  • Neuchâtel et JuraPrésentation rapide au guichet de police pour garantir la transmission des preuves.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

En tant que titulaire du compte bancaire débité, vous êtes la victime directe de l'escroquerie et disposez du droit de déposer plainte. Si l'arnaque touche le compte d'une société, les administrateurs ou les personnes bénéficiant du droit de signature au registre du commerce doivent agir au nom de l'entreprise.

Peut-on retirer sa plainte ?

L'infraction étant poursuivie d'office, un retrait de plainte ne mettra pas un terme automatique à l'enquête pénale. Le Ministère public a l'obligation légale de poursuivre l'instruction même si vous renoncez à vos démarches. Vous conservez néanmoins la liberté de retirer vos prétentions civiles si la banque finit par vous dédommager.

06Après la plainte

L'enquête de police visera à retracer le cheminement de l'argent volé et à identifier les auteurs de l'arnaque téléphonique, bien que ces derniers opèrent très souvent depuis l'étranger. - Demandes d'entraide judiciaire internationale pour bloquer des comptes relais - Analyse technique des numéros usurpés pour remonter la piste du réseau - Suspension de la procédure si les escrocs ne peuvent être formellement identifiés En vous constituant partie plaignante, vous serez informé des grandes étapes et des décisions clôturant l'instruction pénale.

L'avis de JuriUp

L'erreur la plus commune face au vishing est de se limiter à la plainte pénale en espérant que la police récupère les fonds, tout en ignorant l'éventuelle responsabilité de la banque. Si l'escroc est pénalement responsable de la fraude, c'est bien de l'établissement bancaire que dépendra souvent le dédommagement final.

Notre conseil : Ne signez aucune décharge exonérant la banque de sa responsabilité sans une analyse juridique préalable. La jurisprudence du Tribunal fédéral indique que les banques doivent maintenir des systèmes informatiques capables de détecter et stopper des fraudes manifestes. Consultez notre guide sur le phishing bancaire : faux e-mails et SMS de votre banque en Suisse ainsi que notre article dédié à l'Arnaque au faux banquier par téléphone (Vishing) pour mieux cerner vos droits.

07Questions fréquentes

La banque ne rembourse pas automatiquement. Elle refusera souvent de le faire en invoquant votre négligence si vous avez validé la transaction vous-même. Toutefois, si la banque a failli à ses devoirs de diligence en matière de sécurité, un remboursement peut être exigé juridiquement.

Raccrochez immédiatement et appelez le vrai numéro de votre banque (inscrit au dos de votre carte de débit) pour bloquer vos accès et vos cartes. Plus vous agissez vite, plus la banque a de chances de stopper les transactions en cours de traitement interbancaire.

Ils utilisent une manipulation technique appelée le spoofing (usurpation d'identifiant téléphonique). Cette technologie permet d'afficher le numéro de téléphone de n'importe quelle institution sur votre écran, ce qui rend l'appel très crédible.

Le rôle du Ministère public est d'enquêter et de punir les auteurs, pas d'agir comme un service de recouvrement. Si des fonds sont saisis sur un compte relais en Suisse, ils pourront vous être restitués, mais dans la majorité des cas, l'argent part très vite vers des juridictions étrangères complexes.

La plainte pénale peut être déposée de manière autonome et gratuite auprès de la police. En revanche, pour faire analyser les conditions générales de la banque et exiger d'elle un dédommagement au civil, l'assistance d'un juriste ou d'un avocat est vivement conseillée.

Cela dépend entièrement des conditions générales (CGA) de votre contrat d'assurance. De nombreuses protections juridiques incluent une couverture pour les litiges contractuels (avec la banque) ou intègrent un volet dédié à la cybercriminalité.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale et des informations du Centre national pour la cybersécurité (NCSC).

Le rôle de l'avocat

L'intervention d'un professionnel du droit peut s'avérer utile, particulièrement pour aborder le volet civil de l'affaire. Bien souvent, la banque refuse de rembourser les fonds volés en alléguant une faute grave de la victime qui a validé la transaction sous l'emprise de la manipulation.

Un juriste ou un avocat analysera les faits pour déterminer si l'établissement financier a respecté ses propres obligations de diligence et de sécurité (comme le blocage automatique de virements atypiques vers l'étranger). Il pourra vous représenter pour engager une plainte pénale: agir vite avec un avocat expérimenté et mener des négociations fermes avec la banque en vue d'une restitution totale ou partielle de vos avoirs.

Pour aller plus loin

D'autres guides JuriUp en lien avec votre situation.

Faire analyser le refus de votre banque

Un juriste ou un avocat en Suisse vous rappelle pour évaluer vos chances de récupérer les fonds et vous orienter dans vos démarches face à la banque.

Décrire ma situation
Sans engagement, confidentielRéponse rapide

Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

Besoin d’un accompagnement juridique ?

Avec JuriUp, gagnez du temps et faites des économies : nous vous aidons à créer un dossier complet et clair, pour que l’expert juridique qui vous accompagne puisse se concentrer sur l’essentiel : votre situation.