Infraction poursuivie d'office

Porter plainte pour violence contre un fonctionnaire ou une autorité en Suisse

Vous avez été agressé, menacé ou empêché de faire votre travail alors que vous exercez une fonction publique en Suisse ? La violence contre les autorités et les fonctionnaires est une infraction pénale prise très au sérieux. Découvrez comment agir, dénoncer les faits et vous protéger.

Vous n'avez pas à subir la violence

Être agressé ou menacé dans le cadre de votre mission de service public est inacceptable. La loi vous protège et l'aide aux victimes (LAVI) offre un soutien gratuit et confidentiel.

  • Mettez-vous immédiatement en sécurité et appelez la police (117).
  • Alertez votre hiérarchie pour déclencher le protocole interne de protection.
  • Conservez les preuves (noms des témoins, vidéosurveillance) et consultez un médecin.
  • Contactez un centre d'aide aux victimes (LAVI) pour un accompagnement psychologique.
Police (urgence)117Aide aux victimes (LAVI)aide-aux-victimes.chAmbulance (urgences médicales)144

Ces échanges sont gratuits et confidentiels. Prendre soin de vous passe avant toute démarche.

En résumé

La violence ou menace contre un fonctionnaire est poursuivie d'office par l'État. Il n'y a donc aucun délai de plainte pour la dénoncer, bien qu'il soit recommandé d'agir immédiatement. Vous pouvez signaler les faits auprès de la police, du Ministère public ou via votre hiérarchie. La démarche est gratuite.

§Art. 285 CPViolence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires§Art. 110 al. 3 CPDéfinition du fonctionnaire§Art. 30 CPDroit de porter plainte

01Comprendre l'infraction

Le Code pénal suisse protège spécifiquement les personnes exerçant une tâche publique. L'article 285 CP sanctionne tout acte visant à entraver l'action d'une autorité ou d'un fonctionnaire par la violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires (CP 285).

Qui est considéré comme fonctionnaire ?

Au sens de l'art. 110 al. 3 CP, cette qualification dépasse le seul cadre administratif. Elle inclut notamment : - Les policiers et agents de sécurité publique. - Le personnel médical des hôpitaux publics. - Les enseignants des écoles publiques. - Les contrôleurs des transports publics (CFF, entreprises cantonales).

Actes sanctionnés

L'infraction est constituée si l'auteur s'en prend à vous pendant que vous exercez vos fonctions, que ce soit pour vous empêcher d'agir, vous contraindre à faire un acte, ou s'il se livre à des voies de fait. Les conséquences pénales dépendent de la gravité de l'agression, menaces ou lésions: défendez vos droits subies.

Violence contre fonctionnaireart. 285 CP

Acte commis envers une personne exerçant une tâche publique.

Voies de faitart. 126 CP

Atteinte physique mineure sans lésion, souvent absorbée ou cumulée.

Menaces simplesart. 180 CP

Menaces générales, poursuivies sur plainte si la victime n'est pas fonctionnaire.

Ce qui doit être réuni

  • La victime doit avoir la qualité d'autorité ou de fonctionnaire au sens du droit pénal.
  • La victime doit être en train d'exercer ses fonctions officielles au moment des faits.
  • L'auteur doit utiliser la violence physique, la menace, ou commettre des voies de fait.
  • L'auteur doit agir de manière intentionnelle.

Exemples concrets

  • Un usager mécontent bouscule violemment un guichetier de l'administration communale.
  • Un voyageur menace de mort un contrôleur des CFF qui lui dresse une amende.
  • Un individu frappe un policier qui procède à une interpellation.
  • Un parent d'élève agressif s'en prend physiquement à un enseignant dans une école publique.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    1. Vous mettre en sécurité

    Alertez immédiatement vos collègues ou appelez la police (117) pour faire cesser l'infraction.

  2. 2

    2. Informer votre hiérarchie

    Signalez l'incident à votre direction pour déclencher le protocole interne de protection du personnel.

  3. 3

    3. Réunir les preuves

    Relevez l'identité des témoins et demandez la sauvegarde des enregistrements de vidéosurveillance.

  4. 4

    4. Consulter un médecin

    En cas de blessures physiques ou de choc psychologique, faites établir un certificat médical détaillé.

  5. 5

    5. Déposer une dénonciation pénale

    Rendez-vous dans un poste de police pour relater les faits et vous constituer partie plaignante.

03Le délai à respecter

S'agissant d'une infraction poursuivie d'office, la loi n'impose pas le délai strict de 3 mois propre aux infractions sur plainte. Une dénonciation peut être déposée à tout moment jusqu'à la prescription de l'infraction (généralement 10 ans). Toutefois, il est recommandé de dénoncer les faits de manière immédiate pour permettre l'identification de l'auteur et garantir la conservation de preuves essentielles comme la vidéosurveillance.

À faire

  • Témoignages de collègues ou de citoyens ayant assisté à l'altercation.
  • Enregistrements de vidéosurveillance ou caméras corporelles (bodycams).
  • Certificat médical attestant des lésions physiques ou de l'atteinte psychologique.
  • Rapport d'incident interne rédigé par vos soins ou votre hiérarchie.
  • Traces écrites si les menaces se poursuivent par courriel ou sur les réseaux sociaux.

À éviter

  • Banaliser l'incident en considérant que la violence fait partie des risques de votre fonction.
  • Attendre plusieurs jours pour signaler les faits, ce qui risque de faire disparaître les preuves (vidéos).
  • Ne pas consulter de médecin en pensant que l'impact psychologique ou les douleurs passeront d'eux-mêmes.
  • Répliquer par la violence de manière disproportionnée, au risque de faire l'objet d'une procédure pénale en retour.

04Où déposer, selon votre canton

  • Dans le canton de GenèveLes grands établissements publics (HUG, TPG) disposent de cellules de soutien dédiées pour accompagner les agents victimes.
  • Dans le canton de VaudLes directions des écoles et hôpitaux cantonaux ont des directives strictes exigeant le signalement des actes de violence.
  • Dans le canton de FribourgLe personnel de l'État bénéficie de l'appui du service des ressources humaines pour les démarches consécutives à une agression.
  • Dans le canton du ValaisLa police cantonale et les polices municipales interviennent en appui direct des fonctionnaires communaux menacés.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de dénoncer les faits ?

En tant que victime directe de l'agression ou de la menace, vous pouvez dénoncer les actes à la police. Par ailleurs, votre employeur public a souvent l'obligation légale ou réglementaire de dénoncer les faits pour protéger son personnel. Tout témoin (collègue, usager) peut également alerter les forces de l'ordre.

Peut-on retirer sa plainte ?

L'infraction étant poursuivie d'office, l'État a l'obligation de poursuivre l'auteur dès qu'il a connaissance des faits. Un retrait de vos déclarations ou un pardon n'arrêtera pas la procédure pénale. Le Ministère public instruira le dossier indépendamment de votre volonté.

06Après la plainte

Une fois la dénonciation enregistrée, la police et le Ministère public mènent l'instruction. En tant que victime, vous pouvez vous constituer partie plaignante pour participer à la procédure. - Audition de l'auteur présumé et recueil des témoignages. - Ordonnance pénale si les faits sont clairement établis et reconnus. - Renvoi devant le tribunal de première instance pour les cas plus graves. - Décision sur vos prétentions civiles (indemnisation du préjudice matériel ou tort moral). Votre statut de partie plaignante vous permet d'être informé de l'avancée de l'enquête et de consulter le dossier.

L'avis de JuriUp

L'erreur la plus fréquente que nous observons est la banalisation des agressions par les collaborateurs du service public. Beaucoup pensent à tort que les injures ou bousculades font partie des « risques du métier ». Or, le droit suisse est strict : l'employeur public a un devoir absolu de protection de la personnalité de ses employés.

Il est essentiel de systématiser la dénonciation de ces actes, non seulement pour faire valoir vos droits en matière de droit pénal, mais aussi pour éviter un sentiment d'impunité. Que faire si je reçois une convocation de la police pour une audition ? L'accompagnement par un juriste ou un avocat permet d'assurer que vos intérêts soient préservés lors de chaque étape.

07Questions fréquentes

Oui, la définition pénale du fonctionnaire (art. 110 al. 3 CP) englobe toutes les personnes exerçant une fonction publique. Cela inclut le personnel soignant des hôpitaux cantonaux, les enseignants du réseau public ou encore les contrôleurs des transports publics, qui bénéficient d'une protection renforcée contre les menaces.

Non. Votre employeur n'a pas le droit de vous empêcher de dénoncer une infraction pénale dont vous êtes victime. Au contraire, les administrations publiques ont généralement le devoir de protéger leurs collaborateurs et l'obligation de dénoncer elles-mêmes les infractions poursuivies d'office dont elles ont connaissance.

Selon l'article 285 CP, l'auteur s'expose à une peine privative de liberté pouvant aller jusqu'à trois ans ou à une peine pécuniaire. Si l'agression cause en outre des lésions corporelles graves, les peines s'accumulent en vertu du concours d'infractions.

Une dénonciation effectuée de bonne foi, sur la base de faits réels que vous pouvez prouver, ne constitue pas une dénonciation calomnieuse. C'est pourquoi il est essentiel de réunir des témoignages et des certificats médicaux pour étayer vos déclarations de manière objective.

Si vous ne disposez pas des ressources financières nécessaires et que l'affaire présente une certaine gravité, vous pouvez demander l'assistance judiciaire. De plus, de nombreuses conventions collectives ou statuts de la fonction publique prévoient une prise en charge des frais de défense par l'employeur en cas d'agression liée au service.

Vous pouvez contacter un centre LAVI de votre propre initiative, de manière totalement confidentielle. Par ailleurs, lors de votre audition, la police a l'obligation de vous informer de vos droits et de transmettre vos coordonnées à un centre LAVI si vous donnez votre accord.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp, sur la base du Code pénal suisse (CP), du Code de procédure pénale (CPP) et de la jurisprudence fédérale en matière de protection des fonctionnaires.

Le rôle d'un professionnel du droit

Le recours à un juriste ou un avocat est pertinent si l'agression a eu des conséquences graves sur votre santé, ou si vous faites face à une procédure complexe impliquant des responsabilités civiles et administratives. Un professionnel du droit s'assure que les faits sont correctement qualifiés au pénal et que vos droits de victime sont pleinement respectés.

Il vous aide à rédiger et chiffrer vos prétentions civiles, telles qu'une indemnisation pour tort moral, et s'occupe des éventuelles démarches de coordination avec les assurances sociales. En vous soulageant de ce fardeau administratif, il vous permet d'agir dans les règles, au bon moment, tout en vous concentrant sur votre rétablissement.

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Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

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