Poursuite variable selon les cas

Porter plainte pour fausse facture ou arnaque au faux transfert de fichiers en Suisse

Vous avez cliqué sur un faux lien de transfert de fichiers, type WeTransfer, ou reçu une fausse facture, et vos identifiants ont été volés. Le régime de poursuite dépend de l'infraction retenue par l'autorité. Cette page vous explique comment agir dans les règles, au bon moment.

En résumé

Il n'existe pas d'infraction unique « faux transfert de fichiers » : la poursuite dépend de l'infraction retenue. Selon les faits, une infraction peut n'être poursuivie que sur plainte, dans un délai de 3 mois dès la connaissance de l'auteur (art. 31 CP), ou d'office, c'est-à-dire même sans plainte de votre part. Dans tous les cas, vous pouvez déposer plainte auprès de la police ou du ministère public (art. 304 CPP), et le dépôt est gratuit.

§Art. 143bis CPAccès indu à un système informatique§Art. 143 CPSoustraction de données§Art. 146 CPEscroquerie§Art. 147 CPUtilisation frauduleuse d'un ordinateur§Art. 31 CPDélai de plainte§Art. 304 CPPDépôt de la plainte

01Comprendre l'infraction

Plusieurs infractions possibles

Un faux lien de transfert de fichiers sert à récupérer vos identifiants. Le droit pénal ne connaît pas d'infraction portant ce nom : l'autorité de poursuite retient l'article qui correspond aux faits, parfois plusieurs.

  • Accès indu (art. 143bis CP) : s'introduire sans droit, au moyen d'un dispositif de transmission de données, dans un système informatique appartenant à autrui et spécialement protégé contre tout accès de sa part.
  • Soustraction de données (art. 143 CP) : soustraire des données protégées qui ne sont pas destinées à l'auteur, dans le dessein de s'enrichir illégitimement.
  • Utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147 CP) : influer sur un processus électronique de traitement de données pour provoquer un transfert d'actifs au préjudice d'autrui.
  • Escroquerie (art. 146 CP) : tromper astucieusement une personne pour la déterminer à un acte préjudiciable à ses intérêts pécuniaires.

Une fausse facture peut aussi constituer un faux dans les titres (art. 251 CP), selon les circonstances : seule l'autorité apprécie si le document en cause est un titre.

Selon l'infraction retenue et les circonstances, la poursuite a lieu sur plainte ou d'office : un juriste ou un avocat peut vous aider à le déterminer. Pour situer ces faits dans l'ensemble du droit pénal, consultez le domaine Droit pénal.

Accès induart. 143bis CP

Intrusion dans un système protégé

Soustraction de donnéesart. 143 CP

Vol de données protégées avec dessein d'enrichissement

Utilisation frauduleuse d'un ordinateurart. 147 CP

Transfert d'actifs obtenu par manipulation électronique

Escroquerieart. 146 CP

Tromperie astucieuse causant un préjudice pécuniaire

Ce qui doit être réuni

  • Accès indu : s'introduire sans droit, au moyen d'un dispositif de transmission de données, dans un système informatique appartenant à autrui et spécialement protégé contre tout accès de sa part (art. 143bis CP)
  • Soustraction de données : soustraire des données enregistrées ou transmises électroniquement, qui ne sont pas destinées à l'auteur et sont spécialement protégées, dans le dessein d'enrichissement illégitime (art. 143 CP)
  • Utilisation frauduleuse d'un ordinateur : influer sur un processus électronique de traitement de données en utilisant des données de manière incorrecte, incomplète ou indue, et provoquer un transfert d'actifs au préjudice d'autrui (art. 147 CP)
  • Escroquerie : induire astucieusement en erreur une personne et la déterminer à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires (art. 146 CP)

Exemples concrets

  • Camille P. reçoit un e-mail annonçant qu'un fichier l'attend sur un service de transfert. Elle saisit son mot de passe sur la page affichée et constate ensuite que son compte de messagerie envoie des messages à son insu.
  • Maëlle A. reçoit une fausse facture avec un lien de téléchargement. Elle y entre ses identifiants bancaires et des débits non autorisés apparaissent sur son compte.
  • Une PME ouvre un faux lien de transfert de fichiers : l'auteur accède à la messagerie de la comptable et redirige des paiements vers un autre compte.
  • Un employé saisit ses identifiants professionnels sur une fausse page : l'auteur accède aux documents de l'entreprise sans aucun débit.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Sécuriser vos comptes

    Changez immédiatement le mot de passe compromis et celui des autres comptes qui utilisent le même. Activez la double authentification et vérifiez les connexions et les règles de redirection d'e-mails.

  2. 2

    Conserver les preuves

    Gardez l'e-mail ou le message contenant le faux lien, idéalement avec ses en-têtes, l'adresse exacte du site frauduleux, des captures d'écran et les relevés bancaires en cas de débit.

  3. 3

    Signaler le faux site

    Utilisez le formulaire de l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) pour aider à faire bloquer le faux site. Ce signalement ne remplace pas une plainte pénale.

  4. 4

    Déposer plainte

    Présentez-vous à la police ou adressez votre plainte au ministère public, par écrit ou oralement (art. 304 CPP).

  5. 5

    Demander à être partie plaignante

    La plainte pénale équivaut à la déclaration de vouloir participer à la procédure comme partie plaignante. Précisez-le à l'autorité avant la clôture de la procédure préliminaire.

  6. 6

    Suivre la procédure

    Conservez le numéro de dossier et transmettez toute nouvelle pièce, comme un nouveau débit ou un nouveau message de l'auteur.

03Le délai à respecter

Pour les infractions poursuivies sur plainte, le droit de plainte se prescrit par trois mois à compter du jour où vous avez connu l'auteur de l'infraction (art. 31 CP). Le délai court dès que vous connaissez l'auteur, pas dès que vous découvrez l'arnaque : dans un faux transfert de fichiers, l'auteur reste souvent inconnu. Un juriste ou un avocat peut apprécier le point de départ sur votre dossier. Pour les infractions poursuivies d'office, une dénonciation reste possible à tout moment (art. 301 CPP), mais agir vite aide à conserver les traces.

À faire

  • L'e-mail ou le message contenant le faux lien, avec ses en-têtes si possible
  • L'adresse exacte du site frauduleux
  • Des captures d'écran de la fausse page et des messages reçus
  • Les journaux de connexion si votre compte a été consulté
  • Les relevés bancaires en cas de débit
  • La liste des comptes qui utilisaient le même mot de passe

À éviter

  • Attendre avant de changer vos mots de passe
  • Supprimer l'e-mail ou le message avant d'en avoir conservé une copie complète
  • Se contenter d'un signalement à l'Office fédéral de la cybersécurité en pensant avoir porté plainte
  • Laisser passer les 3 mois en croyant que seule la plainte compte, alors que le dossier peut mêler infractions sur plainte et d'office
  • Répondre à l'auteur ou payer la fausse facture

04Où déposer, selon votre canton

  • Tous les cantonsauprès de la police ou du ministère public, par écrit ou oralement (art. 304 CPP)

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

Si une infraction n'est punie que sur plainte, toute personne lésée peut porter plainte contre l'auteur (art. 30 CP). Le représentant légal agit pour celui qui n'a pas l'exercice des droits civils, et le mineur capable de discernement peut porter plainte lui-même. Si le lésé meurt sans avoir porté plainte ni y avoir expressément renoncé, son droit passe à chacun de ses proches. Pour une infraction poursuivie d'office, chacun peut dénoncer les faits à une autorité de poursuite pénale, par écrit ou oralement (art. 301 CPP).

Peut-on retirer sa plainte ?

Oui, vous pouvez retirer votre plainte tant que le jugement de deuxième instance cantonale n'a pas été prononcé (art. 33 al. 1 CP). Le retrait est définitif : quiconque a retiré sa plainte ne peut la renouveler (art. 33 al. 2 CP). Il n'a d'effet que pour les infractions poursuivies sur plainte : une infraction poursuivie d'office se poursuit même sans plainte.

06Après la plainte

Une fois la plainte déposée, l'autorité ouvre en général une procédure préliminaire pour identifier l'auteur et qualifier les faits. Les suites dépendent de l'enquête.

  • Ouverture d'une instruction par le ministère public, avec d'éventuelles demandes de renseignements
  • Ordonnance pénale ou renvoi en jugement si l'auteur est identifié et les faits établis
  • Classement ou suspension si l'auteur n'est pas identifié ou si les preuves manquent
  • Statut de partie plaignante, qui vous donne des droits dans la procédure

Si vous avez subi un préjudice financier, vous pouvez aussi en demander réparation dans la procédure : voyez l'action civile adhésive.

L'avis de JuriUp

L'erreur fréquente consiste à croire qu'un signalement à l'Office fédéral de la cybersécurité vaut plainte : cet organe technique et préventif ne reçoit pas de plainte pénale. Le réflexe utile est de sécuriser vos comptes, de conserver les preuves, puis de déposer plainte sans attendre, car la qualification se fait en cours d'enquête et le dossier peut contenir plusieurs infractions.

Pour les paiements en ligne, voyez aussi notre page sur le cybercrime et l'usurpation d'identité et notre page sur l'arnaque au faux transfert de fichiers (WeTransfer, Swisstransfer).

07Questions fréquentes

Oui, vous pouvez et il est prudent de le faire. La qualification se fait en cours d'enquête, et le dossier peut contenir des infractions poursuivies sur plainte et d'autres poursuivies d'office.

Pour les infractions sur plainte, le délai est de 3 mois dès le jour où vous avez connu l'auteur (art. 31 CP). Pour les infractions poursuivies d'office, il n'y a pas de délai de plainte.

Auprès de la police ou du ministère public, par écrit ou oralement (art. 304 CPP). Dans la plupart des cas, le dépôt se fait au poste de police.

Non. Le signalement aide à faire bloquer le faux site, mais l'office est un organe technique et préventif et ne reçoit pas de plainte pénale.

Elle peut l'être (art. 251 CP) selon les circonstances. Seule l'autorité apprécie si le document en cause constitue un titre.

Vous pouvez déposer plainte contre inconnu. Le délai de 3 mois court dès que vous connaissez l'auteur (art. 31 CP), et un juriste ou un avocat peut apprécier votre situation.

Oui, jusqu'au jugement de deuxième instance cantonale, mais le retrait est définitif (art. 33 CP).

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale et des sources officielles citées.

Le rôle de l'avocat

Un juriste ou un avocat peut qualifier les faits, c'est-à-dire déterminer quelles infractions entrent en jeu et donc si la poursuite a lieu sur plainte ou d'office. Il peut aussi vous aider à sécuriser les preuves dans le délai de 3 mois lorsqu'il court.

Un juriste ou un avocat peut ensuite vous accompagner comme partie plaignante devant le ministère public. Son intervention dépend de la complexité du dossier, notamment en cas de débit bancaire ou de compte d'entreprise touché.

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    Dernière mise à jour de cette page : 20 octobre 2026.

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