Arnaque à la fausse annonce de logement : l’acompte avant visite en Suisse
Des escrocs publient de fausses offres de location à des prix très attractifs sur des plateformes immobilières. Ils exigent le versement préalable d'une caution ou du premier loyer pour organiser une visite ou remettre les clés par coursier.
Comment ça marche
Profitant de la pénurie de logements à Genève, Lausanne, Fribourg ou Neuchâtel, les escrocs récupèrent les photographies d’appartements réels pour concevoir des annonces alléchantes à des loyers nettement inférieurs aux prix du marché.
Lors de la prise de contact, le prétendu propriétaire annonce qu’il réside à l’étranger, souvent pour des motifs professionnels impérieux. Il affirme qu’il ne peut pas se déplacer inutilement sans une preuve concrète d’engagement financier. Pour réserver la visite ou expédier les clés par coursier postal, il exige alors le transfert immédiat d’un ou deux mois de loyer, parfois sous couvert d’une fausse plateforme intermédiaire sécurisée comme un faux service Airbnb ou un faux dépôt fiduciaire.
En Suisse, la loi interdit rigoureusement cette pratique. Selon l’article 257e du Code des obligations, la garantie de loyer doit obligatoirement être déposée auprès d’une banque sur un compte bloqué au nom du locataire, et jamais versée sur un compte privé tiers ou par transfert d’argent avant la signature du bail.
Le déroulé de l’arnaque
- L'escroc publie une fausse annonce de location sur un portail immobilier avec des photos soignées et un loyer très avantageux.
- La victime contacte l'auteur de l'annonce, qui prétend vivre à l'étranger et ne pouvoir confier les clés qu'après une garantie financière.
- Le faux bailleur transmet un faux formulaire de bail et exige le virement d'un dépôt de garantie sur un compte bancaire ou un service tiers.
- Dès les fonds reçus, l'escroc cesse toute communication ou réclame des frais administratifs supplémentaires sous prétexte de dédouanement des clés.
- La victime se rend sur place à l'adresse indiquée et découvre que le logement est déjà habité par de vrais locataires qui ne quittent pas les lieux.
Exemples concrets
Faux propriétaire muté à Londres demandant un acompte de garantie
EmailL'escroc utilise le prétexte d'un départ à l'étranger pour justifier son absence physique. Il demande un transfert direct d'argent avant toute rencontre ou visite, ce qui constitue une violation directe des règles suisses de location.
Clés expédiées par coursier avec fausse page de caution Airbnb
Message privéLes fraudeurs usurpent le nom d'entreprises reconnues comme Airbnb pour rassurer la victime. Le lien envoyé renvoie en réalité vers un faux site web créé pour dérober l'argent sans qu'aucun agent ni aucune clé n'existe.
Fausse régie réclamant des frais de dossier préalables
EmailAucune régie immobilière sérieuse en Suisse n'exige le versement d'argent pour organiser une visite ou pour examiner un dossier de candidature. Ce procédé signale une tentative d'extorsion de fonds sous pression de temps.
Signaux d’alerte
- Le loyer proposé est nettement inférieur au niveau moyen des loyers du quartier ou de la ville.
- Le bailleur déclare résider à l'étranger ou être indisponible pour faire visiter l'appartement en personne.
- Une somme d'argent est exigée avant la visite des lieux ou avant la signature formelle du contrat de bail.
- Le paiement est demandé par virement bancaire sur un compte étranger, par carte prépayée ou via un lien web inhabituel.
- Le bailleur insiste sur l'urgence en affirmant que d'autres personnes prendront le logement si le versement n'est pas effectué le jour même.
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Comment se protéger
- Ne versez jamais le moindre franc avant d'avoir visité le logement en personne et rencontré le bailleur ou son représentant.
- Exigez l'ouverture d'un compte de garantie de loyer bloqué auprès d'une banque en Suisse et libellé à votre propre nom selon l'article 257e du Code des obligations.
- Effectuez une recherche inversée d'images sur un moteur de recherche avec les photos de l'annonce pour vérifier si elles proviennent d'un autre site.
- Vérifiez l'existence de la régie ou du propriétaire dans le registre du commerce suisse ou l'annuaire officiel.
- Ne transmettez pas de copie de vos pièces d'identité sensibles par messagerie sans filigrane mentionnant expressément l'objet de la candidature.
Que faire si vous êtes victime
- Contactez sans délai votre établissement bancaire pour tenter de bloquer ou de rappeler le virement bancaire émis.
- Conservez l'intégralité des preuves matérielles dont les courriels, les numéros de téléphone, les échanges de messages, l'annonce originale et les coordonnées bancaires reçues.
- Déposez une plainte pénale auprès du poste de police cantonal le plus proche pour escroquerie au sens de l'article 146 du Code pénal suisse.
- Signalez l'annonce frauduleuse à la plateforme immobilière où elle a été publiée pour obtenir son retrait rapide.
- Transmettez un signalement de l'incident à l'Office fédéral de la cybersécurité via son portail officiel de déclaration.
Questions fréquentes
Non, aucune loi suisse n'autorise un bailleur à demander de l'argent avant une visite. En pratique, une telle demande indique systématiquement une tentative d'escroquerie.
L'article 257e du Code des obligations impose que la garantie financière soit déposée sur un compte bancaire bloqué au nom exclusif du locataire, et jamais transférée sur le compte personnel du propriétaire.
Pour les locaux d'habitation, l'article 257e alinéa 2 du Code des obligations limite la garantie demandée par le bailleur à un montant maximal équivalent à trois mois de loyer net.
Les chances de recouvrement sont faibles lorsque l'argent part vers un compte étranger ou des intermédiaires financiers, mais une opposition bancaire immédiate peut parfois stopper le transit si les fonds ne sont pas encore retirés.
La très forte pénurie de logements locatifs dans les centres urbains comme Genève ou l'arc lémanique crée une détresse chez les candidats, ce qui pousse certaines personnes à accepter des conditions anormales dans l'espoir de trouver un toit.
Oui, l'escroquerie constitue une infraction poursuivie d'office selon l'article 146 du Code pénal suisse, ce qui signifie que la justice pénale instruit l'affaire même en l'absence de plainte formelle dès qu'elle a connaissance des faits.
Sources
- Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) - Conseils pour les particuliers
- Prévention Suisse de la Criminalité (PSC) - Escroquerie
Dernière mise à jour : 3 octobre 2026
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