Infraction poursuivie d'office

Porter plainte pour dénonciation calomnieuse en Suisse

Faire l'objet d'une fausse accusation pénale est une épreuve extrêmement violente. En Suisse, dénoncer volontairement un innocent à la justice constitue une dénonciation calomnieuse. Ce guide vous explique comment réagir, vous défendre et agir pénalement contre l'auteur.

En résumé

La dénonciation calomnieuse est poursuivie d'office par les autorités pénales. Il n'y a donc aucun délai strict de 3 mois pour agir, contrairement aux infractions sur plainte, bien qu'il soit recommandé d'intervenir sans tarder. La dénonciation peut être déposée gratuitement auprès d'un poste de police ou directement au Ministère public par écrit.

§Art. 303 CPDénonciation calomnieuse§Art. 30 CPDroit de porter plainte§Art. 118 CPPStatut de partie plaignante

01Comprendre l'infraction

La dénonciation calomnieuse vise à protéger à la fois le bon fonctionnement de la justice et l'honneur de la personne accusée à tort. L'article 303 du Code pénal s'applique si une personne vous dénonce à l'autorité (police, Ministère public) pour un crime ou un délit en sachant pertinemment que vous êtes innocent.

Pour que cette infraction soit reconnue, l'auteur doit avoir agi intentionnellement. Une simple erreur d'appréciation, un faux témoignage en Suisse par négligence, ou une plainte classée sans suite par manque de preuves ne suffisent pas à constituer une dénonciation calomnieuse. L'auteur doit avoir eu la volonté de provoquer une poursuite pénale contre une personne qu'il savait innocente.

Si la fausse accusation ne s'adresse pas à une autorité officielle mais à des tiers (sur internet, au travail, etc.), il s'agira alors d'une atteinte à l'honneur telle que la diffamation ou la calomnie.

Dénonciation calomnieuseart. 303

Fausse accusation auprès d'une autorité officielle avec intention de nuire.

Calomnieart. 174

Fausse accusation proférée auprès de tiers (et non de l'autorité).

Induction de la justice en erreurart. 304

Dénoncer une fausse infraction sans accuser une personne précise.

Ce qui doit être réuni

  • Dénonciation pour un crime ou un délit (et non une simple contravention)
  • Saisine d'une autorité compétente (police, justice, administration)
  • Fausseté de l'accusation (la victime est objectivement innocente)
  • Mauvaise foi de l'auteur (il sait pertinemment que la victime est innocente)
  • Intention de provoquer une procédure pénale

Exemples concrets

  • Accuser faussement un ex-conjoint de violences pour obtenir la garde des enfants.
  • Dénoncer un concurrent pour fraude fiscale en fabriquant de fausses preuves.
  • Déclarer le vol de sa propre voiture en accusant nommément un voisin avec qui l'on est en conflit.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Rassembler les preuves

    Réunissez le document ou le témoignage prouvant la fausse accusation et votre innocence.

  2. 2

    Obtenir le classement

    Attendez si possible que la procédure injustifiée soit classée ou que vous soyez acquitté.

  3. 3

    Rédiger la plainte

    Détaillez les faits prouvant que l'auteur connaissait la réalité et a menti volontairement.

  4. 4

    Déposer la plainte

    Adressez le courrier au Ministère public ou déplacez-vous dans un poste de police.

  5. 5

    Se constituer partie plaignante

    Déclarez vouloir participer à la procédure pour demander d'éventuels dommages-intérêts.

03Le délai à respecter

S'agissant d'une infraction poursuivie d'office, il n'y a pas de délai de plainte de 3 mois à respecter. Vous pouvez dénoncer les faits à tout moment tant que le délai de prescription pénale n'est pas échu (généralement 15 ans). Toutefois, il est recommandé d'agir dès que la fausse accusation est démontrée (par exemple, après une ordonnance de classement formelle), afin que les preuves restent fraîches et accessibles.

À faire

  • Ordonnance de classement ou jugement d'acquittement de la procédure initiale
  • Copies des fausses déclarations faites à la police ou à la justice
  • Correspondances (e-mails, SMS, WhatsApp) prouvant que l'auteur savait la vérité
  • Témoignages de personnes connaissant le contexte du mensonge

À éviter

  • Porter plainte pour calomnie au lieu de dénonciation calomnieuse si la fausse déclaration a été faite à la police.
  • Agir sous le coup de la colère sans preuves que l'accusateur connaissait votre innocence (l'erreur n'est pas un crime).
  • Oublier de se constituer partie plaignante au pénal et au civil.
  • Rendre justice soi-même ou menacer l'auteur de la fausse accusation.

04Où déposer, selon votre canton

  • Canton de GenèveDépôt possible dans tout poste de gendarmerie ou directement au Ministère public à la Route de Chancy.
  • Canton de VaudPlainte par courrier au Ministère public central ou auprès de la police cantonale vaudoise.
  • Canton du ValaisLes dénonciations se font auprès de la Police cantonale ou des offices régionaux du Ministère public.
  • Canton de FribourgDépôt recommandé par courrier formel au Ministère public fribourgeois.
  • Cantons de Neuchâtel et JuraDémarche auprès des postes de police locaux ou au Ministère public concerné.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

Toute personne accusée à tort auprès d'une autorité peut déposer une plainte. Le Ministère public peut également ouvrir une enquête de sa propre initiative s'il s'aperçoit qu'un plaignant a menti sciemment durant une procédure. Si la victime est mineure ou sous curatelle de portée générale, son représentant légal agira en son nom.

Peut-on retirer sa plainte ?

La dénonciation calomnieuse étant une infraction poursuivie d'office (et non sur plainte), un retrait formel de votre plainte n'obligera pas l'autorité à stopper l'enquête. Une fois que la justice est informée de la commission probable de l'infraction, le Ministère public a l'obligation de poursuivre la procédure, même si vous vous désistez en tant que partie plaignante.

06Après la plainte

Une fois votre démarche effectuée pour dénonciation calomnieuse, le Ministère public va analyser les éléments pour vérifier s'il existe des soupçons suffisants. - Ouverture d'une instruction : le procureur convoquera l'auteur présumé pour l'auditionner. - Ordonnance pénale : si les faits sont clairs et reconnus, une peine pourra être prononcée rapidement (lisez nos conseils sur que faire si je reçois une ordonnance pénale pour bien réagir). - Renvoi au tribunal : en cas de contestation ou de gravité particulière, un procès public aura lieu. - Classement : s'il ne peut être prouvé que l'auteur a agi de mauvaise foi, la procédure sera classée. En tant que partie plaignante, vous aurez accès au dossier et pourrez chiffrer vos prétentions civiles (tort moral, frais engagés).

L'avis de JuriUp

L'erreur la plus fréquente consiste à porter plainte pour dénonciation calomnieuse avant même que la procédure initiale (celle où vous êtes accusé) ne soit terminée. Bien qu'il soit tentant de contre-attaquer immédiatement, le Ministère public suspend très souvent la nouvelle enquête en attendant de voir si l'accusation première est avérée ou non.

Le bon réflexe consiste à vous défendre pour obtenir une ordonnance de classement formelle ou un acquittement dans un premier temps, par exemple en mandatant une plainte pénale rédigée avec l'aide d'un juriste ou un avocat. Ce document officiel constituera ensuite la preuve centrale de votre innocence lors du dépôt de votre propre dénonciation pénale. N'oubliez pas non plus de demander une indemnité pour vos frais de défense selon l'art. 429 CPP à la clôture de la première affaire.

07Questions fréquentes

Le Code pénal prévoit une peine privative de liberté ou une peine pécuniaire. La sanction précise dépend de la gravité de la fausse accusation et du préjudice causé à la victime.

Ce n'est pas obligatoire mais fortement recommandé. Prouver la mauvaise foi de l'auteur exige souvent des connaissances juridiques pointues pour monter un dossier solide.

Oui. En vous constituant partie plaignante, vous pouvez réclamer la réparation du tort moral subi et le remboursement des frais engagés pour assurer votre défense initiale.

Non. Un classement faute de preuves ne signifie pas que le plaignant a menti intentionnellement. Il faut prouver qu'il savait pertinemment que la personne était innocente.

La dénonciation calomnieuse s'adresse à une autorité officielle (police, procureur) dans le but d'ouvrir une procédure pénale. La diffamation s'adresse à des tiers (public, collègues, entourage).

Vous pouvez déposer une plainte pénale contre inconnu. La police pourra enquêter pour tenter d'identifier l'auteur des fausses déclarations.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale et des sources officielles citées.

Le rôle d'un professionnel du droit

Faire appel à un professionnel du droit est particulièrement pertinent dans les affaires de dénonciation calomnieuse. En effet, il n'est pas toujours simple de prouver l'intention frauduleuse de l'auteur (le dol). Un juriste ou un avocat saura analyser le dossier pénal précédent, isoler les déclarations mensongères et démontrer que l'accusateur ne pouvait pas ignorer votre innocence.

Il vous accompagnera également pour vous constituer partie plaignante, ce qui permet de réclamer la réparation du tort moral subi à la suite des poursuites injustifiées, ou encore l'indemnisation des frais que vous avez dû engager pour vous défendre face à la fausse accusation initiale.

Pour aller plus loin

D'autres guides JuriUp en lien avec votre situation.

Être accompagné pour votre plainte

Vous souhaitez agir dans les règles pour dénoncer une fausse accusation ? Un juriste ou un avocat en Suisse vous rappelle pour faire le point sur votre situation.

Décrire ma situation
Sans engagement, confidentielRéponse rapide

À lire sur le blog

Tout le blog

Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

Besoin d’un accompagnement juridique ?

Avec JuriUp, gagnez du temps et faites des économies : nous vous aidons à créer un dossier complet et clair, pour que l’expert juridique qui vous accompagne puisse se concentrer sur l’essentiel : votre situation.