Poursuite variable selon les cas

Porter plainte pour faux message vocal ou appel frauduleux en Suisse

Un message vocal automatisé ou un appel qui se fait passer pour une banque, un support technique ou une autorité peut cacher une escroquerie. Selon ce qui s'est passé, les faits sont poursuivis d'office ou seulement sur plainte, et le délai de 3 mois ne s'applique pas à tous. Cette page explique ce que vous pouvez signaler, à qui, et quelles traces conserver.

En résumé

Un appel ou un message vocal frauduleux qui vous a fait perdre de l'argent relève de l'escroquerie, poursuivie d'office, c'est-à-dire même sans plainte de votre part : une dénonciation suffit, sans délai de plainte (art. 146 CP). Si seul l'appel importun ou une prise de contrôle de votre ordinateur est en cause, la poursuite se fait sur plainte, dans un délai de 3 mois (art. 31 CP). Vous pouvez vous adresser à la police ou au ministère public, par écrit ou oralement (art. 304 CPP). Vous pouvez aussi signaler le cas à l'Office fédéral de la cybersécurité, ce qui ne remplace pas une plainte.

§Art. 146 CPEscroquerie§Art. 22 CPTentative§Art. 179septies CPUtilisation abusive d'une installation de télécommunication§Art. 143bis CPAccès indu à un système informatique§Art. 31 CPDélai de plainte§Art. 304 CPPDépôt de la plainte

01Comprendre l'infraction

Comment le droit qualifie ces appels

Tout dépend de ce que l'appel a provoqué. Si on vous a trompé par des affirmations fallacieuses et que vous avez payé, donné vos données bancaires ou fait un acte qui vous a coûté de l'argent, l'infraction est l'escroquerie (art. 146 CP). La peine est de cinq ans au plus de privation de liberté ou une peine pécuniaire ; si l'auteur fait métier de l'escroquerie, elle va de six mois à dix ans.

Si vous avez raccroché sans rien verser, les faits peuvent relever de la tentative (art. 22 al. 1 CP) : le juge peut atténuer la peine, et le message n'a pas à avoir réussi pour être signalé.

Les autres infractions possibles

  • Utilisation abusive d'une installation de télécommunication (art. 179septies CP) : utiliser le téléphone pour inquiéter ou importuner un tiers, poursuivie sur plainte seulement.
  • Accès indu à un système informatique (art. 143bis CP) : si l'appel a conduit à une prise de contrôle à distance de votre appareil, poursuivi sur plainte. Voir le terme juridique Accès indu à un système informatique.

Pour un cas voisin, consultez Porter plainte pour arnaque au faux support technique. Le cadre général est présenté sur la page Droit pénal.

Escroquerieart. 146 CP

Tromperie astucieuse qui vous pousse à un acte préjudiciable à vos intérêts pécuniaires, poursuivie d'office

Utilisation abusive d'une installation de télécommunicationart. 179septies CP

Appel utilisé pour inquiéter ou importuner, poursuivie sur plainte

Accès indu à un système informatiqueart. 143bis CP

Introduction sans droit dans un système spécialement protégé, poursuivi sur plainte

Ce qui doit être réuni

  • Une tromperie astucieuse : des affirmations fallacieuses ou la dissimulation de faits vrais, ou le fait de vous conforter astucieusement dans votre erreur
  • Le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime
  • Un acte préjudiciable à vos intérêts pécuniaires ou à ceux d'un tiers, déterminé par cette erreur
  • Une infraction intentionnelle, l'article 146 CP ne réprimant pas la négligence (art. 12 al. 1 CP)

Exemples concrets

  • Noémie A. reçoit un message vocal automatisé qui annonce un colis bloqué et la renvoie vers un lien. Elle y saisit les données de sa carte bancaire et constate un débit qu'elle n'a pas autorisé.
  • Laura V. reçoit l'appel d'un faux conseiller bancaire qui lui demande un code de confirmation. Elle raccroche sans rien transmettre et souhaite tout de même signaler le numéro.
  • Un faux technicien demande à Noémie A. d'installer un logiciel de prise en main à distance sur son ordinateur, puis navigue dans ses fichiers.
  • Laura V. reçoit plusieurs appels par jour d'un même numéro qui l'importunent, sans demande d'argent.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Couper court et sécuriser

    Raccrochez, ne transmettez ni mot de passe ni code de confirmation. Si des données bancaires ont été données, contactez votre banque ou l'émetteur de la carte pour bloquer. Si un logiciel de prise en main à distance a été installé, désinstallez-le et changez vos mots de passe (recommandations de l'Office fédéral de la cybersécurité).

  2. 2

    Conserver les preuves

    Faites des captures d'écran du numéro affiché, du message vocal, du SMS ou du lien, et gardez les relevés d'appels et les extraits de compte.

  3. 3

    Signaler à l'Office fédéral de la cybersécurité

    Remplissez le formulaire en ligne : il aide à recenser les modes opératoires, mais ne remplace pas une plainte pénale et n'ouvre pas automatiquement une enquête.

  4. 4

    Déposer plainte ou dénoncer

    En cas de préjudice financier, adressez-vous à la police ou au ministère public, par écrit ou oralement (art. 304 CPP). Une dénonciation suffit pour une infraction poursuivie d'office (art. 301 CPP).

  5. 5

    Demander des nouvelles

    Vous pouvez demander à l'autorité d'être informé de la suite donnée (art. 301 al. 2 CPP). Pour disposer de droits dans la procédure, déclarez-vous partie plaignante.

03Le délai à respecter

Pour l'escroquerie, il n'y a aucun délai de plainte : l'infraction est poursuivie d'office et une dénonciation reste possible (art. 146 CP et art. 301 CPP). Pour l'art. 179septies CP, l'art. 143bis CP ou une escroquerie commise au préjudice de proches, le droit de plainte se prescrit par 3 mois dès le jour où vous avez connu l'auteur (art. 31 CP). Ce délai court du jour où vous avez connu l'auteur (art. 31 CP) ; quand il reste inconnu derrière un numéro usurpé, agissez sans attendre et faites évaluer votre situation.

À faire

  • Le numéro appelant affiché et la date et l'heure de l'appel
  • Le message vocal enregistré, s'il est conservé sur votre téléphone
  • Les relevés d'appels de votre opérateur
  • Les captures d'écran des SMS, liens ou pages visités
  • Les extraits de compte ou de carte qui montrent le débit
  • Les échanges avec votre banque après le blocage

À éviter

  • Rappeler le numéro ou cliquer sur le lien du message pour vérifier
  • Supprimer le message vocal, le SMS ou les relevés avant d'avoir fait des copies
  • Transmettre un code de confirmation en pensant parler à votre banque
  • Penser que le signalement à l'Office fédéral de la cybersécurité équivaut à une plainte pénale
  • Attendre sans savoir quelle infraction est en cause alors qu'un délai de 3 mois peut courir (art. 31 CP)

04Où déposer, selon votre canton

  • Tous les cantonsauprès de la police ou du ministère public, par écrit ou oralement (art. 304 CPP)

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

La personne lésée, c'est-à-dire celle dont les intérêts ont été directement touchés par l'infraction, peut porter plainte (art. 30 CP). Pour une infraction poursuivie d'office, toute personne peut dénoncer les faits à une autorité de poursuite pénale, par écrit ou oralement (art. 301 al. 1 CPP). Le dénonciateur qui n'est ni lésé ni partie plaignante n'a pas d'autres droits dans la procédure (art. 301 al. 3 CPP).

Peut-on retirer sa plainte ?

Pour les infractions poursuivies sur plainte (art. 179septies et 143bis CP), le retrait est possible dans les conditions de l'art. 33 CP et il est définitif. Il obéit aux mêmes exigences de forme que la plainte (art. 304 CPP). Pour l'escroquerie poursuivie d'office, la dénonciation n'a pas à être maintenue pour que l'autorité puisse agir.

06Après la plainte

Une fois votre plainte ou votre dénonciation reçue, l'autorité décide de la suite à donner. Selon les faits, plusieurs issues sont possibles :

  • l'ouverture d'une instruction, notamment pour identifier l'auteur ;
  • une ordonnance pénale ou un renvoi en jugement si l'auteur est identifié ;
  • un classement, par exemple si l'auteur reste introuvable.

Selon une pratique rapportée, sans préjudice financier ni usurpation d'identité aboutie, les polices n'enregistrent généralement pas de plainte et renvoient au seul signalement : ce n'est pas une règle de loi. Pour exercer vos droits dans la procédure, déclarez-vous partie plaignante. Les frais éventuels d'une action civile sont expliqués sur la page Action civile adhésive ou procès civil.

L'avis de JuriUp

L'erreur fréquente est de croire que le signalement en ligne suffit. Il aide à recenser les modes opératoires, mais il ne remplace pas une plainte pénale. Le bon réflexe : conserver les preuves, bloquer votre carte, puis vous adresser à la police ou au ministère public si vous avez subi un préjudice. Pour un cas voisin, voyez Porter plainte pour arnaque au faux support technique.

07Questions fréquentes

Oui, s'il s'agit d'une escroquerie, poursuivie d'office, c'est-à-dire même sans plainte de votre part (art. 146 CP). Une dénonciation suffit, sauf si l'escroquerie vise des proches (art. 146 al. 3 CP).

Pour l'escroquerie, il n'y a pas de délai de plainte. Pour les infractions sur plainte, le délai est de 3 mois dès le jour où vous avez connu l'auteur (art. 31 CP).

Auprès de la police, du ministère public ou de l'autorité pénale compétente en matière de contraventions, par écrit ou oralement (art. 304 CPP). Rendez-vous à la police de votre canton.

Vous pouvez signaler le numéro à l'Office fédéral de la cybersécurité. Les faits peuvent relever de la tentative (art. 22 al. 1 CP), mais la suite donnée dépend de l'autorité.

Non. Il aide à recenser les modes opératoires, mais ne remplace pas une plainte pénale et n'ouvre pas automatiquement une enquête.

Gardez le numéro affiché, le message vocal, les relevés d'appels, les captures d'écran et les extraits de compte. Ne les supprimez pas avant d'en avoir fait des copies.

Désinstallez-le, changez vos mots de passe et contactez votre banque. Une prise de contrôle peut aussi relever de l'accès indu à un système informatique, poursuivi sur plainte (art. 143bis CP).

Le 117 sert aux urgences immédiates. Pour une escroquerie déjà commise sans urgence, adressez-vous à la police de votre canton.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale et des sources officielles citées.

Le rôle de l'avocat

Un juriste ou un avocat peut qualifier les faits : escroquerie d'office, infraction sur plainte, ou simple tentative. Il vous aide à sécuriser les preuves à temps et à repérer si un délai de 3 mois court.

L'avocat peut aussi vous représenter comme partie plaignante dans la procédure et défendre vos prétentions civiles. Son intervention n'est pas nécessaire pour déposer plainte, et aucun résultat ne peut être garanti.

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    Dernière mise à jour de cette page : 22 octobre 2026.

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