Porter plainte pour arnaque au faux support technique en Suisse
Vous avez été contacté par un prétendu technicien Microsoft ou Apple affirmant que votre ordinateur est infecté ? Ce type de fraude, visant à prendre le contrôle de votre machine pour soutirer des fonds, est un délit grave. Découvrez comment réagir, sécuriser vos comptes et déposer une dénonciation pénale.
L'arnaque au faux support technique constitue notamment une escroquerie (art. 146 CP) et, en cas de virements déclenchés à votre insu, une utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147 CP), toutes deux poursuivies d'office : il n'y a donc aucun délai strict pour les dénoncer, même si une réaction immédiate est déterminante pour bloquer les fonds. L'accès indu à votre ordinateur (art. 143bis CP) n'est en revanche poursuivi que sur plainte, dans les 3 mois. La dénonciation ou la plainte se dépose auprès de la police cantonale ou du Ministère public. La démarche est gratuite.
01Comprendre l'infraction
En droit pénal suisse, l'arnaque au faux support technique réunit généralement plusieurs infractions :
- L'escroquerie (art. 146 CP) : L'auteur utilise la tromperie en se faisant passer pour un employé d'une entreprise connue (Microsoft, Apple, fournisseur d'antivirus). Il vous convainc de l'existence d'un virus pour vous soutirer de l'argent (paiement d'un faux logiciel ou de prétendus frais de réparation). Cette infraction est poursuivie d'office.
- L'utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147 CP) : Si le faux technicien profite de son accès à distance pour se connecter à votre e-banking et déclencher des virements à votre insu. Cette infraction est également poursuivie d'office.
- L'accès indu à un système informatique (art. 143bis CP) : Dès lors que vous téléchargez le logiciel de prise en main à distance sous l'effet de la tromperie, l'escroc s'introduit sans droit dans votre ordinateur. Cette infraction n'est poursuivie que sur plainte, à déposer dans les trois mois.
L'escroquerie et l'utilisation frauduleuse d'un ordinateur sont des infractions poursuivies d'office : les autorités pénales interviendront obligatoirement dès qu'elles en auront connaissance, même sans plainte formelle de votre part.
L'auteur vous trompe pour que vous validiez vous-même un paiement (poursuite d'office).
L'auteur manipule votre e-banking à distance pour transférer des fonds à votre insu (poursuite d'office).
Le simple fait de s'introduire dans votre ordinateur sans droit (poursuite sur plainte).
Ce qui doit être réuni
- Une tromperie astucieuse (faux message d'alerte ou faux appel d'un technicien)
- L'intention de l'auteur d'obtenir un enrichissement illégitime
- Le téléchargement d'un logiciel de prise en main à distance ou la communication de données
- Un dommage financier pour la victime (argent transféré ou vol de données sensibles)
Exemples concrets
- Une fenêtre d'alerte rouge s'affiche sur votre navigateur avec un numéro à appeler d'urgence.
- Un appel téléphonique d'une personne se présentant comme « Microsoft » vous signalant un piratage.
- La facturation de fausses licences par le biais d'une arnaque au faux renouvellement d'antivirus.
02La procédure, pas à pas
- 1
Couper la connexion
Déconnectez immédiatement votre ordinateur d'internet et éteignez-le.
- 2
Bloquer les paiements
Contactez d'urgence votre banque pour bloquer vos cartes et suspendre tout virement.
- 3
Rassembler les preuves
Notez le numéro de l'escroc, l'heure de l'appel et imprimez vos relevés bancaires (depuis un autre appareil).
- 4
Nettoyer l'ordinateur
Faites réinitialiser votre machine par un vrai professionnel de l'informatique avant de la réutiliser.
- 5
Déposer la dénonciation
Rendez-vous dans un poste de police avec toutes les preuves pour officialiser l'infraction.
03Le délai à respecter
L'escroquerie (art. 146 CP) et l'utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147 CP) étant poursuivies d'office, il n'y a aucun délai de 3 mois pour les dénoncer ; la prescription de l'action pénale est de 15 ans. En revanche, l'accès indu à un système informatique (art. 143bis CP) n'est poursuivi que sur plainte : si vous voulez que cet acte soit aussi poursuivi, déposez plainte dans les 3 mois dès que vous connaissez l'auteur (art. 31 CP). Dans tous les cas, pour avoir une chance de geler les fonds transférés à l'étranger, l'intervention de votre banque et le signalement à la police doivent impérativement intervenir dans les toutes premières heures.
À faire
- Le numéro de téléphone utilisé par le faux technicien (capture d'écran ou journal d'appels)
- Le nom du logiciel de contrôle à distance qui vous a été fait installer (AnyDesk, TeamViewer)
- Les relevés bancaires prouvant les débits ou transferts non autorisés
- Les éventuels e-mails de confirmation envoyés par les escrocs
À éviter
- Garder l'ordinateur allumé ou connecté à internet après avoir compris la fraude
- Se reconnecter à son e-banking depuis l'ordinateur infecté pour vérifier ses comptes
- Avoir honte et ne rien dire à sa banque : chaque minute compte pour annuler un virement
- Payer de prétendus frais à une autre agence qui vous contacterait ensuite pour récupérer les fonds
04Où déposer, selon votre canton
- GenèveDans le canton de Genève, la dénonciation peut être faite à n'importe quel poste de police.
- VaudDans le canton de Vaud, signalez les faits à la section cybercriminalité de la police cantonale.
- ValaisDans le canton du Valais, la police recommande de signaler tout appel suspect, même sans perte financière.
- FribourgDans le canton de Fribourg, le dépôt se fait en personne au poste de police.
05Qui peut porter plainte, et le retrait
Qui a le droit de porter plainte
Toute personne ayant subi un dommage direct (titulaire du compte bancaire ou propriétaire de l'ordinateur) peut se constituer partie plaignante. Les proches d'une personne vulnérable victime de cette fraude peuvent l'accompagner et l'aider dans ses démarches auprès de la police, mais la procédure se fait au nom de la personne lésée.
Peut-on retirer sa plainte ?
L'escroquerie et l'utilisation frauduleuse d'un ordinateur étant poursuivies d'office, un éventuel retrait de votre part ne mettra pas fin à l'enquête pénale pour ces infractions ; l'instruction continuera, mais vous pourriez renoncer à vos prétentions civiles au sein de la procédure. Seule la plainte pour accès indu à un système informatique (art. 143bis CP), poursuivi sur plainte, peut être retirée, et ce retrait est définitif (art. 33 CP).
06Après la plainte
Une fois votre dénonciation déposée à la police, le dossier suit un parcours officiel pour tenter d'identifier les auteurs et sécuriser les fonds :
- Transmission au Ministère public pour l'ouverture d'une instruction pénale.
- Requêtes d'entraide judiciaire internationale (la majorité de ces réseaux opérant depuis l'étranger).
- Tentatives de blocage des comptes de rebond (mules financières) utilisés en Suisse ou en Europe.
- Classement de la procédure si les auteurs se trouvent dans une juridiction non coopérative et ne peuvent être identifiés.
S'agissant d'une criminalité internationale très organisée, les chances de récupérer les fonds par la seule voie pénale sont souvent minces, d'où l'importance de bloquer rapidement les paiements auprès de votre banque.
L'erreur la plus fréquente face à une arnaque au faux support technique est de croire le problème résolu en fermant simplement la fenêtre d'alerte, tout en laissant l'ordinateur allumé et connecté au réseau. Le vrai risque réside dans l'accès permanent installé à votre insu. Le réflexe indispensable est la déconnexion physique immédiate de la machine et l'appel à votre banque depuis votre téléphone.
Par ailleurs, soyez extrêmement vigilant face au phénomène de la double arnaque : de fausses sociétés d'aide aux victimes liées à une arnaque à la récupération de fonds pourraient vous contacter quelques jours ou semaines plus tard en prétendant pouvoir vous rendre votre argent contre une avance de frais.
07Questions fréquentes
Oui, elle est punissable. Elle constitue généralement une escroquerie (art. 146 CP), poursuivie d'office, et souvent une utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147 CP), également poursuivie d'office, lorsque des virements sont déclenchés à votre insu. L'accès indu à un système informatique (art. 143bis CP) n'est en revanche poursuivi que sur plainte : pour cette infraction, la plainte doit être déposée dans les trois mois (art. 31 CP).
Vous devez immédiatement couper la connexion internet de votre ordinateur et l'éteindre. Appelez ensuite votre banque pour bloquer vos cartes et comptes de toute urgence, puis déposez une dénonciation pénale.
Cela dépend des circonstances. Si vous avez validé vous-même le paiement (par exemple avec un code reçu par SMS), la banque peut retenir une négligence grave et refuser le remboursement. L'analyse d'un juriste ou d'un avocat est souvent nécessaire.
Oui, de manière impérative. Le faux technicien a pu copier vos identifiants ou installer un enregistreur de frappe. Vous devez changer vos mots de passe depuis un autre appareil (smartphone, tablette) sécurisé.
Les escrocs achètent souvent des bases de données volées sur le dark web ou utilisent des annuaires publics en ligne. Le fait qu'ils connaissent vos informations de contact ne garantit en rien leur légitimité.
Oui, c'est fortement recommandé. Le fait de s'introduire dans votre ordinateur sans droit (art. 143bis CP) est déjà une infraction pénale, mais elle n'est poursuivie que sur plainte : sans plainte de votre part dans les trois mois, l'auteur ne sera pas poursuivi pour cet acte. Votre signalement aide en outre la police et l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) à mesurer l'ampleur du phénomène.
Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal (CP), du Code de procédure pénale (CPP) et des rapports de l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS).
Dans ce type de cybercriminalité, l'intervention d'un juriste ou d'un avocat est souvent utile pour la gestion des conséquences civiles et bancaires plutôt que pour la seule enquête de police. Un juriste ou un avocat peut analyser la responsabilité de votre établissement bancaire, notamment si celui-ci a laissé passer des opérations hautement inhabituelles sans appliquer son système de détection des fraudes.
Il vous aide également à rassembler et sécuriser les preuves techniques, à contester d'éventuels refus de remboursement de la part de l'assurance ou de la banque, et à vous représenter fermement en tant que partie plaignante si un réseau de mules financières est identifié en Suisse.
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