Infraction poursuivie sur plainte

Porter plainte pour harcèlement en ligne ou téléphonique en Suisse

Le cyberharcèlement, les messages incessants ou les appels malveillants constituent une infraction pénale en Suisse. Vous avez le droit de vous protéger et d'exiger l'arrêt de ces agissements. Cette page vous explique pas à pas comment déposer plainte pour utilisation abusive d'une installation de télécommunication.

Vous n'êtes pas seul.e face au harcèlement

Le cyberharcèlement et les appels incessants créent un profond sentiment d'insécurité. N'ayez ni honte ni culpabilité : la loi vous protège. Des intervenants de l'aide aux victimes (LAVI) sont disponibles gratuitement et confidentiellement pour vous soutenir, même si vous décidez de ne pas porter plainte.

  • Préservez d'abord les preuves (captures d'écran, enregistrements) avant toute autre action.
  • Bloquez ensuite fermement les numéros ou profils malveillants sur vos appareils.
  • Parlez-en à une personne de confiance ou contactez un centre d'aide aux victimes (LAVI).
  • En cas de menace immédiate ou si l'auteur tente de vous approcher physiquement, composez le 117 (Police).
Police (urgences)117Aide aux victimes (LAVI)aide-aux-victimes.chPro Juventute (pour les moins de 25 ans)147

Ces échanges sont gratuits et confidentiels. Prendre soin de vous passe avant toute démarche.

En résumé

Le harcèlement par téléphone, e-mail ou sur les réseaux sociaux (cyberharcèlement) est poursuivi sur plainte en Suisse (art. 179septies CP). Vous disposez de 3 mois dès que vous connaissez l'auteur pour déposer plainte auprès de la police cantonale ou du Ministère public. Cette démarche est en principe gratuite et permet d'initier une enquête pour faire cesser les actes de l'auteur.

§Art. 179septies CPHarcèlement§Art. 31 CPDélai de plainte§Art. 30 CPDroit de plainte§Art. 33 CPRetrait de la plainte

01Comprendre l'infraction

En droit pénal suisse, le harcèlement téléphonique et le cyberharcèlement relèvent souvent de l'utilisation abusive d'une installation de télécommunication.

Que couvre cette infraction pénalement

La loi sanctionne le fait d'utiliser « abusivement une installation de télécommunication pour inquiéter un tiers ou l'importuner ». Cela inclut : - Les appels téléphoniques (silencieux, nocturnes, incessants). - Les messages électroniques répétés (SMS, e-mails). - Le cyberharcèlement sur les réseaux sociaux.

L'intention de l'auteur doit être dictée par la méchanceté ou l'espièglerie. Un acte isolé peut suffire s'il est particulièrement intrusif, mais c'est souvent la répétition des messages qui caractérise le harcèlement.

Autres infractions souvent liées

Le harcèlement dépasse parfois le cadre de la simple importunité. Selon les propos tenus, d'autres éléments peuvent s'ajouter : - Si l'auteur vous fait craindre pour votre sécurité, il s'agit de menaces. - Si l'auteur porte atteinte à votre honneur (insultes, rumeurs), la diffamation ou l'injure peuvent être retenues. - S'il utilise vos informations personnelles à votre insu, il s'agit d'une usurpation d'identité.

Harcèlement (télécom)art. 179septies CP

Appels, messages ou publications malveillants répétés pour inquiéter ou importuner.

Menacesart. 180 CP

Propos ou actes faisant craindre sérieusement à la victime pour sa sécurité.

Injureart. 177 CP

Atteinte directe à l'honneur par la parole, l'écrit, l'image ou le geste.

Ce qui doit être réuni

  • Utilisation d'un moyen de télécommunication (téléphone, messagerie, réseaux sociaux).
  • Volonté d'inquiéter ou d'importuner la personne visée.
  • Agissement motivé par la méchanceté ou l'espièglerie.

Exemples concrets

  • Un ex-conjoint qui envoie des dizaines de messages injurieux de jour comme de nuit.
  • Une personne qui crée de faux profils anonymes pour commenter de manière malveillante toutes vos photos.
  • Un individu qui vous appelle de manière répétée en masquant son numéro et ne laissant que le silence au bout du fil.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Mettre vos preuves en sécurité

    Faites des captures d'écran de chaque message, commentaire ou journal d'appels avant tout blocage. Ne supprimez rien.

  2. 2

    Bloquer et signaler

    Bloquez le numéro ou le profil de l'auteur sur vos appareils, et signalez le comportement abusif aux plateformes concernées.

  3. 3

    Rédiger la plainte

    Détaillez la fréquence, le contenu des messages, l'impact sur votre vie et désignez l'auteur, ou portez plainte contre inconnu s'il est anonyme.

  4. 4

    Déposer la plainte

    Rendez-vous dans un poste de police avec vos preuves numériques ou envoyez un courrier recommandé au Ministère public.

  5. 5

    Se constituer partie plaignante

    Demandez expressément à participer à la procédure pour avoir accès au dossier pénal et faire valoir vos droits.

03Le délai à respecter

L'utilisation abusive d'une installation de télécommunication (harcèlement en ligne) se poursuit uniquement sur plainte. Le délai légal pour agir est strictement de 3 mois à compter du jour où vous connaissez avec certitude l'identité de l'auteur. S'il s'agit d'un comportement répété et continu, la jurisprudence retient souvent que le délai commence après le dernier acte de harcèlement. Une fois ce délai dépassé, la plainte pénale est irrecevable.

À faire

  • Captures d'écran montrant clairement le contenu, le profil ou le numéro de l'expéditeur, la date et l'heure.
  • Historique des journaux d'appels et messages vocaux sauvegardés.
  • Témoignages écrits de proches ayant constaté le harcèlement.
  • Certificats médicaux si le harcèlement entraîne une atteinte à votre santé (troubles du sommeil, stress sévère).

À éviter

  • Supprimer les messages ou les conversations sous le coup de la colère ou de l'anxiété, détruisant ainsi la preuve.
  • Répondre par des insultes ou des menaces, ce qui pourrait amener l'auteur à porter plainte contre vous.
  • Attendre que la situation s'améliore au-delà du délai de 3 mois pour déposer plainte.

04Où déposer, selon votre canton

  • GenèveLa Brigade de la criminalité informatique (BCI) de la police cantonale est spécialisée dans les cas de cyberharcèlement complexes.
  • VaudLe dépôt de plainte peut s'effectuer dans tout poste de la Police cantonale, en fournissant idéalement une clé USB contenant les captures d'écran.
  • ValaisLa police cantonale insiste sur l'importance de figer les preuves numériques avant de se présenter au guichet.
  • FribourgIl est possible d'envoyer la plainte écrite directement au Ministère public si votre dossier contient déjà l'historique complet des messages.
  • Neuchâtel et JuraL'aide aux victimes (Centres LAVI) vous accompagne dans la préparation du dépôt de plainte en cas de harcèlement grave.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

Toute personne qui subit directement les appels ou le cyberharcèlement (le lésé) a le droit de porter plainte. Si la victime du harcèlement est mineure ou incapable de discernement, son représentant légal (généralement ses parents ou un curateur) peut agir en son nom pour faire cesser les troubles.

Peut-on retirer sa plainte ?

Oui, la loi l'autorise. Tant que le jugement de première instance n'a pas été rendu, vous pouvez retirer votre plainte (art. 33 CP). Cela se produit fréquemment si le harceleur prend conscience de ses actes et les cesse définitivement, ou si une conciliation aboutit. Prenez garde : un retrait de plainte est définitif. Vous ne pourrez plus relancer de procédure pénale pour ces mêmes faits précis.

06Après la plainte

Une fois votre plainte enregistrée, la police analysera les preuves et entendra le prévenu. Si l'auteur est anonyme, le Ministère public peut ordonner la levée de l'anonymat auprès des fournisseurs d'accès à internet ou des réseaux sociaux.

Les suites de la procédure sont généralement : - Une ordonnance pénale condamnant l'auteur à une amende ou une peine privative de liberté (jusqu'à un an). - Une procédure de conciliation visant à trouver un accord pour que le harcèlement cesse sous peine de poursuites plus lourdes. - Une instruction plus approfondie ou un classement de la procédure si les preuves sont insuffisantes ou le délai de 3 mois dépassé.

En vous constituant partie plaignante, vous serez tenu informé des décisions et pourrez formuler des réquisitions de preuves supplémentaires.

L'avis de JuriUp

Le réflexe le plus instinctif face au harcèlement consiste à supprimer immédiatement les messages choquants et à bloquer l'auteur. C'est une erreur aux conséquences lourdes sur le plan pénal. Il est fondamental de figer la preuve en réalisant des captures d'écran soignées (indiquant la date, l'heure et l'expéditeur) avant toute suppression ou blocage.

Nous vous recommandons également de ne jamais répondre aux provocations. Si vous entrez dans une joute verbale, les autorités pénales pourraient considérer le conflit comme bilatéral, ce qui amoindrit considérablement vos chances de succès. Par ailleurs, si le harcèlement est lié à la création de faux profils utilisant votre nom, agissez vite pour minimiser l'atteinte à votre reputation. Lisez notre guide dédié à l'usurpation d'identité numérique pour des conseils complémentaires de sécurisation.

07Questions fréquentes

Oui. Si le profil vous importune avec insistance ou porte atteinte à votre honneur, il s'agit d'une infraction. Vous pouvez déposer plainte contre inconnu. La police et le Ministère public disposent de moyens d'enquête pour requérir l'adresse IP et l'identité de l'auteur auprès de la plateforme.

Le dépôt d'une plainte pénale à la police est en principe gratuit. Cependant, si le Ministère public estime que votre plainte était téméraire ou abusive, ou si vous mandatez un avocat pour vous accompagner, des frais pourront rester à votre charge.

Oui. Si les effets du harcèlement se produisent en Suisse (sur votre téléphone, dans votre canton de résidence), les autorités suisses sont compétentes pour traiter la plainte. Toutefois, faire aboutir l'enquête à l'international nécessite souvent une entraide judiciaire complexe.

Conservez un journal complet des appels avec les dates et les heures précises. Vous pouvez demander à votre opérateur de téléphonie, via un formulaire d'appels malveillants, de tracer ces appels pour lever le numéro masqué, ce qui appuiera votre plainte pénale.

Oui. Le lien de connaissance ou le passé commun n'excuse en rien le fait de harceler autrui. L'envoi continu de messages malveillants (insultes, menaces, chantage) justifie une plainte pour utilisation abusive d'une installation de télécommunication.

Non. Vous pouvez tout à fait rédiger votre plainte par écrit et l'envoyer par courrier recommandé, signée et datée, directement au Ministère public de votre canton. Joignez-y une clé USB ou des annexes imprimées contenant l'ensemble de vos preuves.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp, sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale et des protocoles recommandés par l'aide aux victimes (LAVI) en matière de cyberharcèlement.

Le rôle d'un professionnel du droit

Le cyberharcèlement soulève des défis techniques liés à l'anonymat et à la recevabilité de la preuve numérique. Un juriste ou un avocat vous aide à qualifier juridiquement les actes, car un message peut constituer simultanément un harcèlement, une contrainte, une diffamation ou une menace. Ce professionnel du droit s'assure que votre plainte couvre les bonnes infractions.

De plus, des juristes et avocats savent constituer un dossier solide sans risquer de produire des preuves illicites. Ils rédigent la plainte, demandent les mesures d'instruction adéquates au Ministère public (comme des ordonnances de surveillance ou d'identification IP) et défendent vos droits en tant que partie plaignante pour garantir l'avancée de la procédure.

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Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

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