Infraction poursuivie d'office

Porter plainte pour maltraitance animale en Suisse

Être témoin d'actes de cruauté ou de négligence grave envers un animal est profondément choquant. En Suisse, la loi protège les animaux en réprimant sévèrement la maltraitance. Cette page vous explique comment signaler efficacement ces abus, auprès de qui agir et comment constituer un dossier solide.

Agir pour ceux qui ne peuvent pas parler

Dénoncer des actes de cruauté envers un animal est une démarche courageuse et indispensable. La loi suisse protège les animaux contre la souffrance injustifiée et condamne toute forme de maltraitance de manière rigoureuse.

  • Mettez l'animal en sécurité seulement si cela est légal et sans vous mettre en danger personnellement
  • Documentez les faits discrètement avec des photos ou vidéos prises depuis le domaine public
  • Contactez immédiatement la police au 117 en cas de danger immédiat ou de violences en cours
  • Signalez les négligences chroniques ou les mauvaises conditions de détention au vétérinaire cantonal
Police (urgence en cours)117Protection Suisse des Animaux (PSA)protection-animaux.comVétérinaire cantonalVia le site officiel de votre canton

Ces échanges sont gratuits et confidentiels. Prendre soin de vous passe avant toute démarche.

En résumé

La maltraitance animale est une infraction poursuivie d'office en Suisse : l'État intervient dès qu'il en a connaissance. Il n'y a donc aucun délai formel pour agir, et la démarche prend la forme d'une dénonciation pénale. Cette démarche est gratuite et peut être effectuée en tout temps auprès de la police, du Ministère public ou du vétérinaire cantonal.

§Art. 26 LPACruauté envers les animaux§Art. 28 LPAContraventions à la protection des animaux§Art. 301 CPPDroit de dénonciation

01Comprendre l'infraction

En Suisse, l'animal n'est pas considéré juridiquement comme une simple chose : il bénéficie d'une protection juridique spécifique. La maltraitance animale est principalement réprimée par la Loi fédérale sur la protection des animaux (LPA).

Ce que dit la loi

La législation suisse condamne fermement les comportements portant atteinte au bien-être de l'animal. Cela inclut : - Les atteintes à l'intégrité physique (coups, blessures). - Les privations graves (manque d'eau, de nourriture, de soins ou d'espace). - La mise à mort cruelle ou par méchanceté. - L'abandon volontaire d'un animal domestique.

À savoir : le statut juridique de l'animal permet de poursuivre pénalement son propriétaire s'il ne respecte pas ses obligations d'entretien de base. L'infraction étant poursuivie d'office par les autorités pénales, l'auteur s'expose à une peine privative de liberté ou à une peine pécuniaire, même si vous n'êtes pas vous-même le détenteur de l'animal maltraité.

Mauvais traitementsart. 26 LPA

Actes infligeant des douleurs ou des maux injustifiés, punis comme délit

Contraventionsart. 28 LPA

Non-respect des prescriptions sur la détention, sans cruauté directe

Dommages à la propriétéart. 144 CP

Atteinte portée à l'animal d'autrui, poursuivie sur plainte sauf dommage considérable

Ce qui doit être réuni

  • L'auteur a infligé des souffrances physiques ou psychologiques injustifiées à un animal
  • L'auteur a gravement négligé l'animal dont il a la garde et l'entretien
  • L'acte porte une atteinte claire à la dignité de l'animal
  • L'auteur a agi intentionnellement ou par grave négligence

Exemples concrets

  • Un propriétaire laisse son chien attaché en plein soleil sans eau pendant des jours
  • Une personne frappe violemment un animal de compagnie dans la rue
  • Un éleveur détient des animaux dans des conditions insalubres entraînant des maladies graves
  • L'abandon volontaire d'un chat ou d'un chien lors d'un déménagement

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Rassembler les preuves

    Notez la date, l'heure, le lieu et documentez les faits sans vous mettre en danger ni violer la propriété privée.

  2. 2

    Contacter les autorités

    En cas de danger immédiat pour l'animal, appelez la police au 117. Sinon, contactez l'office vétérinaire de votre canton.

  3. 3

    Déposer la dénonciation

    Présentez-vous au poste de police ou écrivez au Ministère public pour formaliser votre signalement.

  4. 4

    Suivre la procédure

    Bien que vous ne soyez pas automatiquement partie plaignante, vous pourrez être appelé par la suite comme témoin.

03Le délai à respecter

La maltraitance animale étant poursuivie d'office, il n'y a aucun délai de plainte formel à respecter. Vous pouvez déposer votre dénonciation à tout moment, sous réserve du délai de prescription absolue qui s'étend sur plusieurs années. Toutefois, pour protéger l'animal et permettre aux autorités de constater les conditions de détention, il faut agir le plus rapidement possible.

À faire

  • Des photographies ou des vidéos datées montrant l'état de l'animal ou les actes de cruauté, prises depuis l'espace public
  • Des témoignages écrits et signés par d'autres personnes ayant assisté à la scène ou aux négligences
  • Des rapports de vétérinaires constatant l'état de santé de l'animal, si ce dernier a été recueilli légalement
  • L'adresse précise où les faits se déroulent et l'identité de l'auteur si elle est connue

À éviter

  • Intervenir en violant la propriété privée (violation de domicile) pour accéder à l'animal
  • Voler l'animal pour le sauver, ce qui peut vous exposer à des poursuites pénales personnelles
  • Confronter violemment l'auteur des faits, au risque de vous mettre physiquement en danger
  • Publier les images sur les réseaux sociaux avant que la police n'ait pu enquêter et sécuriser l'animal

04Où déposer, selon votre canton

  • Canton de GenèveLe Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV) reçoit les signalements de maltraitance au moyen d'un formulaire d'annonce, à lui retourner par courrier ou par e-mail.
  • Canton de VaudLa Direction générale de l'agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires (DGAV) est l'autorité compétente.
  • Canton du ValaisLe Service de la consommation et affaires vétérinaires (SCAV) est compétent ; en cas d'urgence liée à une détention d'animaux, il renvoie vers la police municipale.
  • Canton de FribourgLe Service de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (SAAV) traite les cas de maltraitance.
  • Cantons de Neuchâtel et du JuraLes signalements doivent être adressés au Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV) de chaque canton ; le Jura met à disposition un formulaire d'annonce de suspicion d'atteinte à la protection des animaux.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de dénoncer les faits

Toute personne ayant connaissance d'un cas de maltraitance animale peut déposer une dénonciation pénale. Contrairement à une plainte pénale classique où seul le lésé peut agir, la poursuite d'office permet à un voisin, un passant ou une association de protection des animaux de signaler les faits aux autorités. Vous n'avez absolument pas besoin d'être le propriétaire de l'animal pour intervenir et alerter la police ou le vétérinaire cantonal.

Peut-on retirer sa dénonciation ?

Non. S'agissant d'une infraction poursuivie d'office en vertu de la loi sur la protection des animaux, une fois que les autorités (police, Ministère public ou vétérinaire cantonal) sont informées des faits, elles ont l'obligation légale d'enquêter. Un retrait de votre déclaration initiale n'arrêtera pas la procédure pénale contre l'auteur.

06Après la plainte

Une fois la dénonciation transmise, les autorités pénales et administratives prennent le relais pour protéger l'animal et sanctionner l'auteur.

  • Inspection et séquestre : L'office vétérinaire cantonal, appuyé par la police, peut se rendre sur place pour vérifier les conditions de détention et séquestrer l'animal si sa vie est menacée.
  • Instruction pénale : Le Ministère public ouvre une enquête pour établir les faits au moyen d'auditions et d'expertises vétérinaires.
  • Sanction : Si les faits sont avérés, le procureur rendra une ordonnance pénale condamnant l'auteur à une amende, une peine pécuniaire, voire une peine privative de liberté.
  • Interdiction de détention : L'autorité vétérinaire peut en parallèle prononcer une interdiction temporaire ou définitive de détenir des animaux.

À noter que le dénonciateur n'acquiert généralement pas le statut de partie plaignante, sauf s'il est lui-même le propriétaire de l'animal lésé.

L'avis de JuriUp

L'une des erreurs les plus fréquentes face à un cas de maltraitance animale est de vouloir sauver l'animal soi-même en pénétrant sur une propriété privée ou en l'emportant de force. Bien que l'intention soit louable, cela expose directement le sauveteur à des poursuites pénales pour violation de domicile, dommages à la propriété ou vol. Le bon réflexe est de documenter minutieusement les faits depuis un espace public et d'alerter les autorités compétentes le plus vite possible.

Les vétérinaires cantonaux disposent de tous les pouvoirs nécessaires pour intervenir légalement, saisir un animal maltraité et ordonner des mesures de protection immédiates. En laissant l'État agir sur la base de votre dénonciation solide, l'auteur des actes pourra être poursuivi et potentiellement frappé d'une interdiction définitive de détenir des animaux à l'avenir.

07Questions fréquentes

En règle générale, les autorités peuvent garantir une certaine confidentialité au dénonciateur si celui-ci le demande expressément. Toutefois, selon les circonstances de l'enquête et les droits de la défense, l'identité de la personne ayant effectué le signalement peut parfois être révélée au cours de la procédure.

Des aboiements continus ou des pleurs peuvent indiquer une détresse réelle, mais ne constituent pas systématiquement une maltraitance pénale selon la loi. Si vous soupçonnez un abandon ou des mauvais traitements, contactez la police ou le vétérinaire cantonal pour qu'ils procèdent à une vérification des conditions de détention.

Pour des actes commis à l'étranger, il faut s'adresser aux autorités de police locales ou aux associations de protection animale du pays concerné.

La décision de confier un animal séquestré appartient exclusivement aux autorités vétérinaires ou au Ministère public. En général, les animaux saisis sont placés temporairement dans des refuges professionnels et peuvent par la suite être proposés à l'adoption, selon une procédure strictement encadrée.

L'article 26 de la LPA prévoit une peine privative de liberté pouvant aller jusqu'à trois ans ou une peine pécuniaire. L'autorité cantonale compétente peut en outre prononcer, sur la base de l'article 23 LPA, une interdiction administrative, pour une durée déterminée ou indéterminée, de détenir, d'élever ou de faire le commerce d'animaux ; cette interdiction vaut sur tout le territoire suisse.

Oui. La Loi fédérale sur la protection des animaux sanctionne également la maltraitance et les privations commises par négligence. La peine sera généralement plus clémente que pour un acte commis intentionnellement, mais l'auteur s'expose tout de même à une peine pécuniaire et à un retrait administratif de son animal.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, de la Loi fédérale sur la protection des animaux (LPA), du Code de procédure pénale et des sources officielles de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires.

Le rôle de l'avocat

Si vous êtes le propriétaire d'un animal victime de maltraitance ou de négligence de la part d'un tiers (un gardien, un toiletteur, une pension), faire appel à un juriste ou un avocat permet de garantir que vos droits seront respectés. Le juriste ou l'avocat vous assistera pour chiffrer le dommage matériel, estimer le tort moral éventuel, et vous constituer partie plaignante auprès du Ministère public.

Dans le cas où vous dénoncez un acte envers un animal qui ne vous appartient pas, un juriste ou un avocat peut accompagner les associations de protection animale ou vous orienter sur la légalité de la constitution de votre dossier. Son rôle est de vous conseiller sur la manière de récolter des preuves sans commettre d'infraction, afin d'assurer que la procédure soit initiée dans les règles et auprès de la bonne autorité.

Pour aller plus loin

D'autres guides JuriUp en lien avec votre situation.

Besoin d'aide pour dénoncer une situation de maltraitance ?

Faites le point avec nous. Un juriste ou un avocat en Suisse vous rappelle pour vous orienter sur les démarches à entreprendre et vous aider à agir dans les règles.

Décrire ma situation
Sans engagement, confidentielRéponse rapide

Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

Besoin d’un accompagnement juridique ?

Avec JuriUp, gagnez du temps et faites des économies : nous vous aidons à créer un dossier complet et clair, pour que l’expert juridique qui vous accompagne puisse se concentrer sur l’essentiel : votre situation.