Face à votre employeur · Droit du travail

Un employeur a-t-il le droit de me demander si je suis enceinte lors d’un entretien ?

Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 19 août 2026 Droit suisse

La réponse Non Règle claire

Non. En Suisse, il est interdit à un employeur de vous demander si vous êtes enceinte lors d'un entretien d'embauche ou en cours d'emploi. Cette question viole la protection de la personnalité et la Loi sur l'égalité. Si on vous la pose, la jurisprudence vous accorde le droit de mentir.

  • Poser une question sur une grossesse actuelle ou future est illicite en Suisse.
  • Cette pratique viole l'article 328b CO et la Loi fédérale sur l'égalité (LEg).
  • La candidate bénéficie d'un « droit au mensonge » face à cette question abusive.
  • L'employeur ne peut ni annuler le contrat ni licencier la personne pour ce mensonge.
  • Seule exception : si la grossesse empêche absolument d'exercer la profession prévue.

Ce que dit la loi

Ce que dit le droit suisse

Lors d’un processus de recrutement ou en cours d’emploi, les questions posées par un futur employeur doivent avoir un lien direct avec les aptitudes nécessaires pour occuper le poste. Selon l’article 328b du Code des obligations, toute question portant sur la sphère privée est en principe illicite. La jurisprudence protège ainsi la sphère intime des travailleurs et des travailleuses pour garantir des conditions de recrutement justes et équitables.

Demander à une candidate si elle est enceinte, ou si elle a l’intention d’avoir des enfants prochainement, constitue une atteinte grave à la personnalité. De plus, la Loi fédérale sur l’égalité (LEg) interdit formellement de discriminer une personne en raison d’une grossesse, de son sexe ou de sa situation familiale. En effet, poser cette question revient à cibler exclusivement les femmes, ce qui viole directement le principe de l’égalité des chances sur le marché de l’emploi. Ainsi, l’employeur n’a tout simplement pas le droit d’exiger cette information, ni verbalement, ni par le biais d’un questionnaire écrit.

Le droit au mensonge de la candidate

Face à une question illicite lors d’un entretien d’embauche, la jurisprudence suisse reconnaît à la candidate un véritable « droit au mensonge ». Concrètement, si le recruteur vous demande si vous attendez un enfant ou si vous planifiez une maternité, vous êtes en droit de répondre par la négative, même si c’est totalement faux. Il ne s’agit pas d’une fraude, mais d’un mécanisme de légitime défense face à une indiscrétion abusive de l’employeur.

Ce mensonge de nécessité ne pourra pas être retenu contre vous par la suite. L’employeur ne pourra pas invoquer un vice du consentement pour annuler le contrat de travail de manière rétroactive, ni utiliser ce prétexte fallacieux pour justifier un renvoi ultérieur. Si vous subissez des représailles une fois votre grossesse annoncée, vous pourrez invoquer la protection contre le licenciement pendant la grossesse et exiger des indemnités pour congé abusif.

La discrimination à l’embauche et ses conséquences

Si vous répondez honnêtement à cette question et que l’employeur décide de ne pas vous engager en raison de votre grossesse, vous êtes victime d’une discrimination à l’embauche. La Loi sur l’égalité prévoit des sanctions dans ce cas précis. La candidate discriminée peut exiger une indemnité qui peut s’élever jusqu’à trois mois de salaire. Pour ce faire, il suffit de rendre la discrimination vraisemblable, ce qui signifie que vous n’avez pas besoin d’apporter une preuve stricte, mais simplement des indices clairs démontrant que la grossesse est le motif principal du refus d’engagement. Il est donc fondamental de conserver toutes les traces écrites et de noter le contenu des entretiens pour faire valoir vos droits si nécessaire.

Les exceptions et les pièges

Activité impossible ou dangereuse : L’employeur a exceptionnellement le droit de poser la question si la grossesse empêche de manière absolue et objective l’exécution du travail prévu. Cela concerne les métiers où l’état de grossesse présente un danger grave pour la santé de la mère ou de l’enfant (manipulation de produits hautement toxiques, exposition aux radiations) ou rend l’activité strictement impossible (rôle spécifique de danseuse étoile, mannequinat avec critères physiques stricts). Dans ces cas précis, le droit au mensonge ne s’applique pas, car l’information devient indispensable pour le poste.

Un cas concret

Exemple vécu

Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse

Situation fréquente

Julie passe un entretien dans le canton de Genève pour un poste d'assistante administrative. Le directeur lui demande si elle compte tomber enceinte dans l'année, car il a besoin de stabilité. Julie, qui est enceinte de deux mois, répond fermement que non. Elle est engagée et annonce sa grossesse à la fin de son temps d'essai. Le directeur, furieux d'avoir été trompé, veut la licencier pour mensonge. Il n'en a pas le droit : la question posée était illicite et Julie a valablement fait usage de son droit au mensonge. Si elle est licenciée, elle pourra contester ce congé abusif.

Les bases légales

  • Art. 328b COfedlex Protection de la personnalité du travailleur
  • Art. 3 LEgfedlex Interdiction de la discrimination

Valable dans quel canton ?

Droit fédéral

Cette réponse repose sur le droit fédéral : la règle est la même dans toute la Suisse, quel que soit votre canton.

  • Genève
  • Vaud
  • Valais
  • Fribourg
  • Neuchâtel
  • Jura
  • Berne
  • et tous les cantons suisses

Que faire concrètement

  1. Répondez sans vous justifier

    Lors de l'entretien, si la question vous est posée et que le poste ne présente aucun danger pour une grossesse, faites usage de votre droit au mensonge. Une réponse simple et négative suffit pour clore le sujet.

  2. Conservez des preuves

    Si vous suspectez que votre candidature a été écartée uniquement à cause de suspicions de grossesse ou de votre situation familiale, notez les questions posées et gardez tous les échanges écrits.

  3. Annoncez votre grossesse au bon moment

    Une fois engagée et la période d'essai terminée, informez votre employeur de votre état. Vous bénéficierez alors de la protection légale contre le licenciement pendant toute la grossesse et les seize semaines suivant l'accouchement.

  4. Contestez un licenciement punitif

    Si l'employeur vous renvoie sous prétexte que vous lui avez menti lors de l'entretien, opposez-vous immédiatement à ce congé par écrit et faites valoir la Loi sur l'égalité.

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Questions fréquentes

Non. La loi ne fixe aucun délai précis pour annoncer une grossesse. Toutefois, il est conseillé de le faire après le temps d'essai pour bénéficier des mesures de protection au travail et organiser votre remplacement.

Non. Après le temps d'essai, vous êtes protégée contre le licenciement pendant toute la durée de votre grossesse et durant les seize semaines qui suivent l'accouchement.

Ça dépend. L'employeur ne peut l'exiger que si cette information est absolument nécessaire et pertinente pour le poste visé, par exemple pour un emploi dans la sécurité ou la finance.

Non. Ces questions relèvent de la sphère strictement privée. Elles sont illicites lors d'un entretien d'embauche, sauf cas exceptionnels comme un engagement dans une institution religieuse.

Ça dépend. L'employeur ne peut poser cette question que si elle a un lien direct avec les horaires de travail exigés par le poste. Une fois l'engagement confirmé, cette information devient légitime pour des questions d'assurances sociales ou d'allocations.

Ça dépend. Cette question est généralement interdite car elle relève de la vie privée. Toutefois, elle devient licite pour des postes impliquant de grandes responsabilités financières (banque, comptabilité), où la situation économique de la personne est jugée pertinente.

L’avis de l’équipe JuriUp

Equipe JuriUp

Juristes & avocats partenaires - droit suisse

La question de la maternité lors des entretiens d’embauche reste malheureusement un classique en Suisse, malgré une interdiction légale claire. Le piège le plus fréquent pour la candidate est de se sentir obligée de se justifier ou de se braquer, ce qui peut ruiner ses chances d’obtenir le poste. Le réflexe qui sauve est d’appliquer le « droit au mensonge » avec assurance et courtoisie, sans culpabiliser : la loi vous y autorise expressément pour protéger votre sphère privée.

Beaucoup de personnes croient à tort qu’un mensonge à l’embauche est toujours une cause de licenciement immédiat. C’est faux : si la question n’avait pas à être posée, l’employeur ne subit aucun dommage juridique en recevant une réponse inexacte. Si vous êtes face à cette situation, consultez notre guide que faire si mon employeur me licencie pendant ma grossesse pour connaître les démarches afin d’exiger une indemnité.

Sources officielles

Informations vérifiées le 19 août 2026

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La règle exposée ici découle directement de la loi et s’applique dans toute la Suisse. Cette page fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : faites valider votre situation par un professionnel via JuriUp.

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