Qui paie le remplacement d'un chauffage fossile en Suisse romande : propriétaire, locataire ou copropriété ?
Le bailleur avance le coût d'une nouvelle installation, mais il peut en répercuter une partie sur le loyer, à des conditions strictes. En PPE, tout dépend de la majorité requise et de la clé de répartition. JuriUp fait le point sur ces règles fédérales, valables dans toute la Suisse romande.
Le propriétaire paie en premier le remplacement d'un chauffage fossile, et le locataire ne contribue que par une hausse de loyer encadrée par la loi. En copropriété, c'est la communauté des copropriétaires qui décide et qui supporte les frais, selon une clé de répartition et une majorité qui dépendent de la nature des travaux. Ces règles relèvent du droit fédéral (Code des obligations et Code civil) et valent dans toute la Suisse romande. Les subventions, elles, sont fixées par chaque canton.
Prenons Coralie J., locataire d'un appartement dans un immeuble vaudois chauffé au mazout. Sa régie lui annonce le remplacement de la chaudière par une pompe à chaleur. Coralie J. se demande si elle devra payer, de combien, et si elle peut s'y opposer. La réponse dépend de ce que le bailleur peut démontrer, poste par poste.
Locataire
Hausse de loyer encadrée
Contestation
30 jours
PPE
Majorité selon les travaux
Bon à savoir
Les cantons romands fixent eux-mêmes les obligations de remplacement d'un chauffage fossile et les montants de subvention. Consultez la législation cantonale sur l'énergie en vigueur avant d'engager des travaux, et faites vérifier votre situation par un expert juridique via JuriUp.
1. Le bailleur supporte d'abord le coût du remplacement
Selon l'art. 256, al. 1 CO, le bailleur est tenu de délivrer la chose dans un état approprié à l'usage pour lequel elle a été louée, et de l'entretenir en cet état. Une chaudière en fin de vie qui ne chauffe plus l'appartement relève donc de l'entretien à la charge du bailleur. Dans un bail d'habitation, une clause qui déroge à cette règle au détriment du locataire est nulle (art. 256, al. 2 CO).
Le locataire n'a pas à engager lui-même de travaux de rénovation. L'art. 260a, al. 1 CO précise d'ailleurs qu'il ne peut rénover ou modifier la chose qu'avec le consentement écrit du bailleur. Si, avec cet accord, il fait des travaux qui apportent une plus-value considérable, il peut exiger une indemnité à la fin du bail (art. 260a, al. 3 CO), sous réserve de conventions écrites prévoyant des indemnités plus élevées.
Ce que le bailleur doit faire
- Entretenir l'installation de chauffage en état de fonctionnement ;
- Avancer le coût des travaux de remplacement ;
- Respecter la procédure de hausse de loyer s'il veut en répercuter une part.
Ce que le locataire n'a pas à faire
- Financer le remplacement de sa propre initiative ;
- Accepter une clause de bail qui lui transfère l'entretien du chauffage ;
- Payer une hausse non motivée ou sans formule officielle.
Astuce JuriUp
Si le chauffage tombe en panne en hiver, signalez-le par écrit à la régie et conservez une copie. Un expert juridique JuriUp peut vous aider à formuler la demande et à fixer un délai raisonnable pour la réparation.
2. Répercuter le coût sur le loyer : art. 269a CO et OBLF
Le bailleur peut augmenter le loyer, mais seulement dans la mesure où la hausse n'est pas abusive. L'art. 269 CO qualifie d'abusifs les loyers qui permettent d'obtenir un rendement excessif. L'art. 269a, let. b CO prévoit qu'en règle générale ne sont pas abusifs les loyers justifiés par des hausses de coûts ou par des prestations supplémentaires du bailleur. C'est la base juridique de la répercussion d'un remplacement de chaudière.
L'ordonnance sur le bail à loyer (OBLF) précise la méthode. Son art. 14, al. 2 range parmi les prestations supplémentaires les améliorations énergétiques, notamment les mesures visant à utiliser les énergies renouvelables et celles destinées à réduire les émissions des installations techniques. Le passage d'une chaudière à mazout à une pompe à chaleur entre en principe dans cette logique, ce qu'un avocat spécialisé appréciera sur votre dossier.
Ce qui est répercutable
- Seulement la part des coûts d'investissement qui excède les coûts de rétablissement ou de maintien de l'état initial (art. 14, al. 3 OBLF) ;
- Une hausse qui couvre équitablement les frais d'intérêts, d'amortissement et d'entretien (art. 14, al. 4 OBLF) ;
- En cas de réparations importantes, en règle générale 50 à 70 % des frais sont considérés comme des investissements créant des plus-values (art. 14, al. 1 OBLF).
Ce qui doit être déduit
- Les aides octroyées pour des améliorations créant des plus-values, à déduire du montant de la prestation supplémentaire (art. 14, al. 3bis OBLF) ;
- La part qui ne fait que remplacer l'ancienne installation à l'identique.
Le texte parle de règle générale pour la fourchette de 50 à 70 % : ce n'est pas un taux fixe, et la part réellement répercutable se calcule sur les pièces justificatives. Les hausses ne peuvent être notifiées qu'une fois les travaux achevés et si le bailleur détient les pièces justificatives. Pour des travaux d'envergure, des hausses échelonnées sont autorisées, en proportion des paiements déjà effectués par le bailleur (art. 14, al. 5 OBLF).
La forme de la hausse
Selon l'art. 269d, al. 1 CO, l'avis de majoration, avec indication des motifs, doit parvenir au locataire dix jours au moins avant le début du délai de résiliation, au moyen d'une formule agréée par le canton. Selon l'art. 269d, al. 2 CO, la hausse est nulle si elle n'est pas notifiée sur la formule officielle, si les motifs ne sont pas indiqués ou si elle est assortie d'une résiliation ou d'une menace de résiliation.
Délai de 30 jours pour contester
Si vous estimez la hausse abusive, vous pouvez la contester devant l'autorité de conciliation dans les 30 jours qui suivent l'avis de majoration (art. 270b, al. 1 CO). Le nom de cette autorité varie selon votre canton. Ne laissez pas passer ce délai.
Pour comprendre comment les litiges entre bailleur et locataire se règlent en pratique, consultez notre guide sur le nouveau droit des locataires à une borne de recharge, qui illustre comment des travaux d'équipement se négocient dans un immeuble locatif.
3. Copropriété et PPE : majorités requises et répartition des frais
En propriété par étages, l'art. 712g, al. 1 CC renvoie aux règles de la copropriété pour la compétence de procéder à des actes d'administration et à des travaux de construction. L'acte constitutif ou une décision unanime peuvent y déroger si ces règles ne s'y opposent pas (art. 712g, al. 2 CC). Le règlement d'administration, lui, peut être adopté ou modifié par la majorité des copropriétaires représentant en outre plus de la moitié de la valeur des parts (art. 712g, al. 3 CC). Lisez donc d'abord le règlement de votre PPE.
Quelle majorité selon la nature des travaux ?
- Entretien, réparation, réfection qu'exige le maintien de la valeur et de l'utilité : majorité de tous les copropriétaires, c'est-à-dire par têtes (art. 647c CC) ;
- Travaux utiles destinés à augmenter la valeur ou à améliorer le rendement ou l'utilité : majorité de tous les copropriétaires représentant en outre, leurs parts réunies, plus de la moitié de la chose (art. 647d, al. 1 CC) ;
- Travaux de pur embellissement ou de confort : consentement de tous les copropriétaires (art. 647e, al. 1 CC), ce qui n'est normalement pas le cas d'un chauffage.
Entretien ou amélioration ?
La qualification d'un remplacement de chaudière dépend de la nature des travaux et des circonstances : un remplacement à l'identique relève plutôt de l'entretien, le passage à une énergie renouvelable peut relever des travaux utiles. Cette appréciation se fait au cas par cas, avec l'aide d'un avocat spécialisé ou d'un juriste.
Protections du copropriétaire minoritaire
Même lorsque la majorité vote les travaux, l'art. 647d, al. 2 CC interdit d'exécuter sans le consentement d'un copropriétaire les modifications qui gênent notablement et durablement son usage ou sa jouissance de la chose, ou qui compromettent son rendement. L'art. 647d, al. 3 CC prévoit aussi que si des modifications entraînent pour un copropriétaire des dépenses qui ne peuvent lui être imposées, notamment parce qu'elles sont disproportionnées à la valeur de sa part, elles ne peuvent être exécutées sans son consentement que si les autres copropriétaires prennent à leur charge la part excédentaire.
À l'inverse, chaque copropriétaire peut exiger les actes d'administration indispensables au maintien de la valeur et de l'utilité de la chose, au besoin ordonnés par le juge, et le règlement ne peut pas supprimer ce droit. Il peut aussi prendre lui-même, aux frais des copropriétaires, les mesures urgentes contre un dommage imminent ou s'aggravant (art. 647, al. 2 CC). Une chaudière en panne en plein hiver peut relever de cette logique, selon les circonstances.
Qui paie quoi entre copropriétaires ?
Selon l'art. 712h, al. 1 CC, les copropriétaires contribuent aux charges communes proportionnellement à la valeur de leurs parts. Ces charges comprennent les dépenses d'entretien courant, de réparations et de réfections des parties communes, ainsi que des ouvrages et installations communs (art. 712h, al. 2, ch. 1 CC). Si certaines installations ne servent que très peu ou pas du tout à certains copropriétaires, il en est tenu compte dans la répartition des frais (art. 712h, al. 3 CC).
L'assemblée approuve chaque année le devis, les comptes et la répartition des frais, et peut décider la création d'un fonds de rénovation pour les travaux d'entretien et de réfection (art. 712m, al. 1, ch. 4 et 5 CC). Si votre PPE dispose d'un tel fonds, le remplacement de la chaudière peut y puiser, selon la décision de l'assemblée. Un copropriétaire qui loue son lot reste le bailleur de son locataire : il applique alors les règles du point 2 pour répercuter sa quote-part.
4. Subventions cantonales et démarches à suivre
Le remplacement d'un chauffage fossile par une énergie renouvelable (pompe à chaleur, chaudière à bois, raccordement à un réseau thermique) peut être soutenu par la Confédération et les cantons dans le cadre du Programme Bâtiments. Les cantons fixent eux-mêmes les montants et les exigences techniques : ils diffèrent donc d'un canton romand à l'autre. Le Programme Bâtiments rappelle sur son site les mesures encouragées et renvoie vers les services cantonaux.
Dans la pratique, la demande doit en règle générale être déposée avant le début des travaux. Vérifiez les conditions auprès du service cantonal de l'énergie compétent avant de signer tout devis. À Genève, par exemple, l'Office cantonal de l'énergie (OCEN) gère le programme « GEnergie ». Pour le canton de Vaud, les conditions du Programme Bâtiments sont publiées par le canton. Les liens figurent en fin d'article.
L'effet sur le loyer est direct : l'art. 14, al. 3bis OBLF impose de déduire les aides octroyées de la prestation supplémentaire. Une subvention perçue par le bailleur réduit donc la hausse de loyer qu'il peut demander. Si vous êtes locataire et que la régie ne mentionne aucune subvention, demandez-lui par écrit si une aide a été sollicitée et quel montant a été déduit.
Étape 1, Vérifier les obligations cantonales
Selon la législation cantonale sur l'énergie en vigueur, un remplacement peut être exigé ou encadré. Renseignez-vous auprès du service cantonal de l'énergie.
Étape 2, Déposer la demande de subvention
Déposez la demande avant le début des travaux, avec devis et justificatifs, auprès de l'autorité cantonale compétente.
Étape 3, Décision de l'assemblée (PPE) ou avis de hausse (bail)
En PPE, l'assemblée vote à la majorité requise. En location, le bailleur notifie la hausse sur la formule officielle, après les travaux et sur pièces justificatives.
Étape 4, Contrôler et, si besoin, contester
Vérifiez le calcul, la déduction des aides et les motifs. La contestation d'une hausse se fait dans les 30 jours devant l'autorité de conciliation.
Les projets d'énergies renouvelables bénéficient par ailleurs d'un cadre en évolution : voyez notre article sur la procédure accélérée pour les énergies renouvelables.
Résumé rapide à retenir
Le bailleur doit entretenir la chose louée et avance le coût du remplacement (art. 256 CO).
Seule la part qui excède le rétablissement de l'état initial est répercutable, et les aides se déduisent (art. 14 OBLF).
La hausse exige la formule officielle et des motifs, sous peine de nullité (art. 269d CO). Contestation : 30 jours (art. 270b CO).
En PPE, la majorité varie selon la nature des travaux (art. 647c, 647d CC) et les frais se répartissent selon la valeur des parts (art. 712h CC).
Une hausse de loyer ou une décision de PPE vous pose question ?
Décrivez votre situation en quelques lignes et JuriUp vous met en relation avec un avocat spécialisé en droit du bail ou en PPE, adapté à votre canton.
Questions fréquentes
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Le locataire peut-il être obligé de payer le remplacement de la chaudière ?
Non, pas directement : le bailleur doit entretenir la chose louée (art. 256 CO). Il peut en revanche demander une hausse de loyer limitée à la part de prestation supplémentaire, selon l'art. 269a, let. b CO et l'art. 14 OBLF.
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Le bailleur peut-il augmenter le loyer avant la fin des travaux ?
En principe non : selon l'art. 14, al. 5 OBLF, la hausse ne peut être notifiée qu'une fois les travaux achevés et sur pièces justificatives. Pour des travaux d'envergure, des hausses échelonnées sont autorisées en proportion des paiements déjà effectués.
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Que faire si je reçois un avis de hausse que je juge abusif ?
Vérifiez la formule officielle et les motifs, puis saisissez l'autorité de conciliation dans les 30 jours qui suivent l'avis (art. 270b, al. 1 CO). Un expert juridique peut contrôler le calcul avec vous.
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En PPE, un copropriétaire peut-il bloquer le remplacement de la chaudière ?
Cela dépend de la nature des travaux et de la majorité requise. Un copropriétaire ne peut s'opposer seul que dans les cas prévus par l'art. 647d, al. 2 et 3 CC. Chacun peut aussi exiger les actes d'administration indispensables (art. 647, al. 2 CC).
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Les subventions sont-elles les mêmes dans tous les cantons romands ?
Non. Les cantons fixent eux-mêmes montants et exigences. En règle générale, la demande doit être déposée avant le début des travaux : renseignez-vous auprès du service cantonal de l'énergie avant de commander.
Textes officiels et ressources utiles
- Fedlex, Code des obligations, art. 256 (entretien de la chose louée)
- Fedlex, Code des obligations, art. 269a (loyers non abusifs)
- Fedlex, Code des obligations, art. 269d (hausses de loyer)
- Fedlex, Code des obligations, art. 270b (contestation d'une hausse)
- Fedlex, OBLF, art. 14 (prestations supplémentaires et améliorations énergétiques)
- Fedlex, Code civil, art. 647d (travaux utiles)
- Fedlex, Code civil, art. 712h (répartition des frais en PPE)
- Le Programme Bâtiments, Subventions
- Canton de Vaud, Conditions du Programme Bâtiments 2026
Rédigé par la Rédaction juridique JuriUp
Équipe de rédaction et de contenu juridique de JuriUp, plateforme de mise en relation avec des experts juridiques en Suisse romande.


