Congé-modification en Suisse romande : définition, conséquences et démarches
Votre employeur vous propose une baisse de salaire ou un autre poste, sous menace de licenciement : JuriUp vous explique ce qu'est un congé-modification, quel préavis s'applique, comment réagir, quand le contester et ce qu'il change pour le chômage.
Un congé-modification est un licenciement donné pour obtenir de vous de nouvelles conditions de travail, par exemple un salaire réduit, un taux d'activité différent ou un autre poste. Le terme vient de la pratique et de la jurisprudence : le Code des obligations (CO) ne le définit pas. Il s'agit juridiquement d'un congé ordinaire, soumis aux règles habituelles de préavis, de protection et d'abus.
Attention à une confusion fréquente : l'art. 335d CO, parfois cité à tort à ce propos, définit en réalité le licenciement collectif, c'est-à-dire des congés donnés dans une entreprise dans un délai de 30 jours pour des motifs non inhérents à la personne du travailleur, au-delà de seuils chiffrés. Il ne règle pas le congé-modification.
Nature
Congé ordinaire avec offre
Préavis
1, 2 ou 3 mois (art. 335c CO)
Indemnité si abus
6 mois de salaire au plus
Bon à savoir
Ces règles de droit fédéral valent dans toute la Suisse romande. Seuls l'autorité de conciliation, le tribunal compétent et leurs coûts dépendent du canton. Un avocat spécialisé en droit du travail, que JuriUp peut vous proposer, évalue votre situation avant que vous répondiez à votre employeur.
1. Définition et deux formes de congé-modification
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral (ATF 123 III 246, que nous résumons sans la citer textuellement), on distingue deux formes. Dans la forme étroite, l'employeur résilie le contrat et vous offre, en même temps, de le poursuivre aux nouvelles conditions. Dans la forme large, il vous propose d'abord une modification à l'amiable, puis vous licencie par un congé ordinaire si vous la refusez.
Le contrat de durée indéterminée peut être résilié par chacune des parties (art. 335 al. 1 CO). Cette liberté de résilier explique que l'employeur puisse chercher à changer les conditions du contrat par la voie du congé, plutôt que de les imposer unilatéralement, ce qu'il ne peut pas faire.
Vous pouvez exiger que l'employeur motive sa décision par écrit : l'art. 335 al. 2 CO l'y oblige si vous le demandez. Cette motivation est utile, car elle révèle si la modification repose sur une raison économique, d'exploitation ou de marché, ou sur autre chose.
Exemples fréquents
- Une baisse de salaire ou la suppression d'une prime ;
- Une réduction ou une augmentation du taux d'activité ;
- Un changement de poste, de fonction ou de lieu de travail ;
- Une modification des horaires ou du mode de rémunération.
Ce qui ne change pas
- Le congé reste un congé ordinaire ;
- Le préavis légal ou contractuel s'applique ;
- Les périodes de protection restent valables ;
- Le congé peut être abusif selon les circonstances.
Astuce JuriUp
Demandez par écrit les motifs de la modification et conservez le courrier de l'employeur. Une offre faite oralement est difficile à prouver : demandez-la par écrit avant de répondre.
2. Délai de préavis et périodes de protection
Le délai de congé légal est fixé par l'art. 335c al. 1 CO : le contrat peut être résilié pour la fin d'un mois, moyennant un délai de un mois pendant la première année de service, de deux mois de la deuxième à la neuvième année de service, et de trois mois ultérieurement. L'art. 335c al. 2 CO permet de modifier ces délais par accord écrit, contrat-type de travail ou convention collective. Des délais inférieurs à un mois ne peuvent être fixés que par convention collective et pour la première année de service.
Pendant ce préavis, votre contrat continue aux anciennes conditions. Selon la jurisprudence résumée plus haut, l'employeur ne peut pas vous imposer sans accord une baisse de salaire avant la fin du délai de congé. Les nouvelles conditions ne s'appliquent donc qu'à l'expiration du préavis, et seulement si vous les avez acceptées.
Les périodes de protection de l'art. 336c CO s'appliquent aussi. Après le temps d'essai, l'employeur ne peut pas résilier pendant une incapacité de travail totale ou partielle résultant d'une maladie ou d'un accident non imputables à votre faute : durant 30 jours au cours de la première année de service, 90 jours de la deuxième à la cinquième année de service et 180 jours à partir de la sixième année. La protection couvre aussi la grossesse et les seize semaines qui suivent l'accouchement. Un congé donné pendant une de ces périodes est nul. Si le congé a été donné avant la période et que le délai n'a pas expiré, ce délai est suspendu et ne reprend qu'à la fin de la période.
À vérifier dans votre contrat
- Le délai de congé prévu par votre contrat ou votre convention collective ;
- Votre nombre d'années de service ;
- La date de réception du courrier de congé ;
- La fin de mois à laquelle le contrat prendrait fin.
Cas de nullité à contrôler
- Maladie ou accident au moment du congé ;
- Grossesse ou seize semaines après l'accouchement ;
- Autres cas prévus à l'art. 336c al. 1 CO, à faire examiner sur votre dossier.
Un congé donné trop tôt ou trop tard
Si votre employeur ne respecte pas le délai, consultez notre page que faire si mon employeur me licencie sans respecter le délai de congé.
3. Accepter, refuser ou accepter sous réserve
Face à l'offre, vous avez trois attitudes possibles. Vous pouvez accepter les nouvelles conditions : le contrat se poursuit alors sur cette base, et vous perdez en principe la possibilité de les contester ensuite. Vous pouvez refuser : le congé produit ses effets à la fin du préavis. Vous pouvez enfin tenter une acceptation sous réserve.
L'acceptation sous réserve consiste à dire que vous travaillez aux nouvelles conditions tout en contestant leur légitimité. Aucun texte de loi ne la prévoit comme telle ni n'en fixe le régime. Elle doit donc se convenir avec l'employeur, et son résultat dépend du cas. Sans accord clair, votre réponse risque d'être comprise comme un refus accompagné d'une contre-proposition.
Faites donc écrire toute réserve avec l'aide d'un avocat spécialisé avant l'envoi. Un courrier précis fixe ce que vous acceptez, à partir de quelle date et ce que vous conservez comme droit.
Avant de répondre
- Demandez l'offre et les motifs par écrit ;
- Calculez l'effet réel sur votre revenu annuel ;
- Notez la date de fin du préavis ;
- Ne signez rien sans l'avoir fait relire.
Prenons Ayşe P., employée depuis quatre ans : son employeur lui annonce un congé avec une offre à un salaire plus bas. Si elle répond par un simple « oui, mais je conteste », son courrier peut être lu de plusieurs façons. Un texte clair, rédigé avec un avocat, évite l'ambiguïté.
4. Contester pour abus et effet sur le chômage
Le congé-modification n'est pas abusif en soi, selon la jurisprudence résumée plus haut. Il l'est notamment s'il sert à imposer des conditions nettement défavorables sans motif économique, d'exploitation ou de marché. Il l'est aussi si l'employeur vous licencie parce que vous refusez une baisse de salaire appliquée avant la fin du délai de congé.
Parmi les cas de congé abusif que cite l'art. 336 al. 1 CO figurent le congé donné seulement afin d'empêcher la naissance de prétentions juridiques résultant du contrat de travail (let. c) et le congé donné parce que vous faites valoir de bonne foi de telles prétentions (let. d). Si votre employeur vous licencie parce que vous refusez de renoncer à ce que le contrat vous garantit, ces deux cas peuvent entrer en jeu, selon les circonstances.
La procédure est stricte. Vous devez faire opposition au congé par écrit auprès de l'employeur au plus tard jusqu'à la fin du délai de congé (art. 336b al. 1 CO). Si les parties ne s'entendent pas pour maintenir le rapport de travail, vous devez agir par voie d'action en justice dans les 180 jours à compter de la fin du contrat, sous peine de péremption, c'est-à-dire d'extinction du droit (art. 336b al. 2 CO). Le tribunal compétent et les coûts dépendent du canton.
L'indemnité est fixée par le juge compte tenu de toutes les circonstances, et ne peut dépasser le montant correspondant à six mois de salaire (art. 336a al. 2 CO). Les dommages-intérêts dus à un autre titre sont réservés.
Étape 1 - Opposition écrite
Envoyez votre opposition à l'employeur avant la fin du délai de congé, de façon à pouvoir en prouver la date.
Étape 2 - Recherche d'un accord
Les parties peuvent s'entendre pour maintenir le rapport de travail ; à défaut, la prétention à l'indemnité reste ouverte.
Étape 3 - Action dans les 180 jours
L'action doit être introduite dans les 180 jours à compter de la fin du contrat, sous peine de péremption.
Côté chômage, si vous refusez la modification et vous retrouvez sans emploi, l'autorité examine si vous êtes sans travail par votre propre faute. Elle regarde en pratique si le poste aux nouvelles conditions était un travail convenable. En règle générale, l'assuré doit accepter immédiatement tout travail en vue de diminuer le dommage (art. 16 al. 1 LACI). N'est pas réputé convenable un travail qui n'est pas conforme aux usages professionnels et locaux ou aux conventions collectives (art. 16 al. 2 let. a LACI), ni celui qui procure une rémunération inférieure à 70 % du gain assuré, sauf exceptions (art. 16 al. 2 let. i LACI).
Le droit à l'indemnité est suspendu lorsque vous êtes sans travail par votre propre faute, ou si vous refusez un travail convenable (art. 30 al. 1 let. a et d LACI). La suspension ne peut excéder 60 jours par motif (art. 30 al. 3 LACI). Si vous contestez une telle décision, voyez le coût de la contestation d'une suspension de l'indemnité de chômage.
Résumé rapide à retenir
Le congé-modification est un congé ordinaire assorti d'une offre de nouvelles conditions, notion issue de la jurisprudence.
Le préavis de l'art. 335c CO court normalement, et les nouvelles conditions ne s'appliquent qu'après son terme, avec votre accord.
Pour contester, faites une opposition écrite avant la fin du préavis, puis agissez dans les 180 jours (art. 336b CO).
Le refus d'un poste convenable peut entraîner une suspension de 60 jours au plus par motif (art. 30 LACI).
Votre employeur vous propose de nouvelles conditions sous menace de congé ?
Décrivez votre situation en quelques lignes : JuriUp vous met en relation avec un avocat spécialisé en droit du travail dans votre canton. Vous pouvez aussi demander une consultation juridique écrite.
Questions fréquentes
-
Mon employeur peut-il baisser mon salaire sans mon accord ?
Non, pas pendant le délai de congé. Il peut vous licencier avec une offre de nouvelles conditions, mais la baisse ne s'applique qu'après la fin du préavis et avec votre accord, selon la jurisprudence résumée dans cet article.
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Le congé-modification est-il toujours abusif ?
Non. Il est abusif notamment s'il impose des conditions nettement défavorables sans motif économique, d'exploitation ou de marché. Un avocat l'évaluera sur votre dossier.
-
Que se passe-t-il si je tombe malade pendant le préavis ?
Si le congé a été donné avant l'incapacité et que le délai n'a pas expiré, ce délai est suspendu et ne reprend qu'après la période de protection (art. 336c al. 2 CO).
-
Puis-je toucher le chômage si je refuse la nouvelle offre ?
C'est possible, mais l'autorité peut suspendre votre droit si le poste était convenable. La suspension est de 60 jours au plus par motif (art. 30 al. 3 LACI).
Textes officiels et ressources utiles
- Fedlex - CO, art. 335 : résiliation du contrat de durée indéterminée et motivation du congé
- Fedlex - CO, art. 335c : délais de congé
- Fedlex - CO, art. 336c : résiliation en temps inopportun
- Fedlex - CO, art. 336 : congé abusif
- Fedlex - CO, art. 336a : indemnité en cas de congé abusif
- Fedlex - CO, art. 336b : opposition et action en justice
- Fedlex - LACI, art. 16 : travail convenable
- Fedlex - LACI, art. 30 : suspension du droit à l'indemnité
Rédigé par la Rédaction juridique JuriUp
Équipe de rédaction et de contenu juridique de JuriUp, plateforme de mise en relation avec des experts juridiques en Suisse romande.


