Infraction poursuivie d'office

Porter plainte pour usurpation de fonction en Suisse

L'usurpation de fonction, notamment à travers le stratagème des faux policiers, est une infraction visant souvent à soutirer des valeurs patrimoniales sous couvert de l'autorité. La loi suisse punit sévèrement le fait de s'arroger une fonction publique. Agir rapidement permet de signaler les faits et de se protéger.

En résumé

L'usurpation de fonction est poursuivie d'office par les autorités, car elle porte atteinte à la confiance envers l'État. Il n'y a donc aucun délai de plainte restrictif. Vous pouvez déposer une dénonciation pénale à tout moment auprès d'un poste de police ou du Ministère public. La démarche est entièrement gratuite.

§Art. 287 CPUsurpation de fonction§Art. 301 CPPDroit de dénonciation§Art. 97 CPDélais de prescription

01Comprendre l'infraction

Le droit pénal suisse réprime l'usurpation de fonction à l'article 287 du Code pénal (CP).

Comment le droit définit-il cette infraction

L'infraction est constituée dès lors qu'un individu s'arroge (s'attribue sans droit) l'exercice d'une fonction publique, qu'elle soit civile ou militaire. L'auteur fait croire à ses interlocuteurs qu'il agit avec l'autorité de l'État, par exemple en se présentant comme un agent de police, un inspecteur des impôts ou un magistrat.

  • Atteinte à l'autorité publique : Cette norme légale ne protège pas seulement le citoyen trompé, mais vise surtout à garantir la confiance absolue du public envers les institutions et leurs représentants légitimes.
  • Lien avec d'autres infractions : Très fréquemment, ce délit est l'étape préparatoire à une infraction patrimoniale. Il s'accompagne souvent d'une escroquerie ou d'une tentative d'extorsion, comme c'est le cas lors d'un faux appel de la police exigeant le paiement d'une caution imaginaire.
Usurpation de fonctionart. 287 CP

S'arroger une fonction publique (ex: faux policier).

Usurpation d'identitéart. 179decies CP

Utiliser l'identité d'un tiers civil.

Escroquerieart. 146 CP

Tromperie astucieuse pour s'enrichir illicitement.

Ce qui doit être réuni

  • L'auteur s'attribue une fonction publique civile ou militaire qu'il ne possède pas.
  • Il accomplit des actes ou donne des directives qui relèvent prétendument de cette autorité.
  • Il agit intentionnellement avec la conscience de tromper son interlocuteur.

Exemples concrets

  • Un individu vous contacte par téléphone en se faisant passer pour un inspecteur de police réclamant de l'argent.
  • Une personne se présente chez vous en uniforme falsifié pour vérifier vos objets de valeur.
  • Un message frauduleux reprend le logo d'une autorité cantonale pour exiger le paiement immédiat d'une fausse amende.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Rompre le contact

    Raccrochez immédiatement ou fermez la porte si vous avez un doute face à un interlocuteur insistant.

  2. 2

    Sécuriser les preuves

    Conservez les numéros d'appel, e-mails ou correspondances sans rien effacer.

  3. 3

    Contacter la vraie police

    Appelez le 117 vous-même pour vérifier l'identité de l'agent ou signaler la tentative.

  4. 4

    Déposer la dénonciation

    Rendez-vous au poste de police pour formaliser le signalement auprès des autorités.

03Le délai à respecter

S'agissant d'une infraction poursuivie d'office, il n'y a pas de délai restrictif de trois mois pour agir. Vous pouvez dénoncer les faits en tout temps, jusqu'à l'échéance du délai de prescription (généralement 10 ans pour les délits). Néanmoins, une réaction immédiate est déterminante pour permettre à la police de retracer un appel, de bloquer un transfert financier ou d'interpeller l'auteur en flagrant délit.

À faire

  • Numéro de téléphone appelant (même masqué ou potentiellement falsifié) et heure exacte de l'appel.
  • E-mails, courriers ou faux documents d'identification présentés par l'escroc.
  • Description physique précise et détails vestimentaires si l'individu s'est présenté à votre domicile.
  • Relevés bancaires et avis de débit si des fonds ont malheureusement été transférés.

À éviter

  • Remettre de l'argent ou des biens à un policier (la vraie police ne demande jamais de mettre des valeurs en sécurité).
  • Rappeler le numéro de téléphone fourni par l'escroc au lieu de composer le 117.
  • Supprimer les messages ou les journaux d'appels par honte d'avoir été manipulé.

04Où déposer, selon votre canton

  • GenèveLa Brigade de répression des cambriolages et escroqueries gère souvent le phénomène des faux policiers.
  • VaudLa Police cantonale déploie des unités spécifiques face aux vagues d'appels frauduleux internationaux.
  • ValaisLes postes locaux coordonnent les alertes avec la police judiciaire pour regrouper les plaintes.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

Toute personne ayant été confrontée à un faux fonctionnaire peut et devrait dénoncer les faits. Si la victime est une personne âgée ou vulnérable, ce qui est souvent le cas, un proche, un tuteur ou toute personne ayant connaissance des faits peut alerter les autorités (art. 301 CPP). Le Ministère public se saisira de l'affaire automatiquement dès qu'il en sera informé.

Peut-on retirer sa plainte ?

Non, le retrait est impossible. Comme l'usurpation de fonction vise en premier lieu à protéger le bon fonctionnement et l'autorité de l'État, elle est poursuivie d'office. Une fois que la police ou le procureur a connaissance de l'infraction, la procédure pénale suit son cours, même si la victime déclare ne plus vouloir poursuivre l'auteur. Vous conservez toutefois le droit de participer à la procédure pour défendre vos intérêts.

06Après la plainte

Une fois la dénonciation enregistrée, les autorités lancent les investigations. Les réseaux de faux fonctionnaires étant souvent très structurés, votre témoignage peut s'inscrire dans une vaste procédure intercantonale ou internationale. - Audition pour établir le mode opératoire précis et identifier le stratagème. - Mesures d'instruction techniques (traçage des appels, réquisitions bancaires). - Renvoi devant le tribunal si les auteurs sont identifiés, aboutissant à un jugement pénal. Vous pourrez vous constituer partie plaignante afin d'être tenu informé de l'avancée de l'enquête et faire valoir vos éventuelles prétentions civiles.

L'avis de JuriUp

Le phénomène des « faux policiers » ou « faux banquiers » est en forte recrudescence en Suisse. L'erreur la plus courante consiste à obéir par respect de l'autorité, sans exiger de vérification indépendante. Le réflexe à adopter est simple : raccrochez et composez le 117. Il est essentiel de se rappeler qu'aucune autorité suisse ne vous demandera jamais de remettre de l'argent liquide, de l'or ou des cartes bancaires à un inconnu pour les mettre en sécurité. Si vous avez subi un préjudice financier dans un tel contexte, agir rapidement et dénoncer les faits permet de maximiser les chances de bloquer les fonds extorqués.

07Questions fréquentes

Ne le laissez pas entrer. Demandez à voir sa carte de légitimation au travers de la porte fermée et appelez immédiatement le 117 pour vérifier si une patrouille a bien été envoyée à votre domicile. La vraie police comprendra parfaitement votre prudence.

Non, absolument jamais. Aucun service de police, ni le Ministère public, ni une banque ne vous demandera de confier vos biens à un civil ou de les déposer dans un lieu public. Il s'agit systématiquement d'une tentative d'escroquerie.

Oui. La seule tentative d'usurpation de fonction publique (s'attribuer le pouvoir de l'État pour tromper autrui) est répréhensible et poursuivie d'office. Votre signalement est utile pour aider la police à identifier les auteurs et protéger d'autres victimes.

Contactez immédiatement votre établissement bancaire pour tenter de bloquer la transaction. Ensuite, appelez la police (117) pour déposer une dénonciation pénale. Plus vous agissez vite, plus il y a de chances de geler les fonds avant qu'ils ne soient retirés.

En règle générale, les assurances ménage privées ne couvrent pas les préjudices financiers liés à une escroquerie où la victime a volontairement, bien que sous l'emprise d'une tromperie, remis ses biens. Il convient toutefois de vérifier vos conditions générales.

L'usurpation de fonction (art. 287 CP) se prescrit généralement par 10 ans. Vous avez donc amplement le temps de dénoncer les faits, mais un délai trop long complique considérablement le recueil des preuves téléphoniques et financières.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale et des recommandations de la Prévention Suisse de la Criminalité.

Le rôle d'un professionnel du droit

L'intervention d'un juriste ou d'un avocat peut s'avérer très utile, en particulier si l'usurpation de fonction a abouti à une escroquerie entraînant un préjudice financier important. Un professionnel du droit vous assistera pour qualifier pénalement les faits, rassembler les éléments probants (relevés bancaires, correspondances) et structurer un dossier solide à l'attention du Ministère public.

De plus, il pourra vous représenter formellement en tant que partie plaignante lors de l'instruction pénale. Son rôle consiste à veiller à ce que vos prétentions civiles (demande de dédommagement) soient correctement formulées, à demander des actes d'enquête supplémentaires si nécessaire et à faire valoir l'ensemble de vos droits face aux autorités constituées.

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