Poursuite variable selon les cas

Porter plainte pour vol au travail par un collègue en Suisse

Constater la disparition d'effets personnels ou de matériel sur son lieu de travail crée une situation délicate vis-à-vis de ses pairs et de sa hiérarchie. En droit suisse, le vol commis dans l'entreprise par un collègue constitue une infraction pénale distincte des règles disciplinaires internes. Ce guide vous détaille le cadre applicable, les délais impératifs et les démarches légales pour faire valoir vos droits.

En résumé

Le vol commis par un collègue suit un régime de poursuite mixte en droit suisse. Si la valeur des biens soustraits ne dépasse pas 300 francs, l'acte constitue une infraction d'importance mineure (art. 172ter CP) poursuivie uniquement sur plainte dans un délai de 3 mois dès l'identification de l'auteur (art. 31 CP). Lorsque la valeur excède 300 francs, la poursuite a lieu d'office, sans délai de plainte. La démarche s'effectue gratuitement auprès d'un poste de police ou du ministère public par déclaration écrite ou orale (art. 304 CPP).

§Art. 139 CPVol§Art. 172ter CPInfraction d'importance mineure (valeur jusqu'à 300 CHF)§Art. 31 CPDélai de plainte§Art. 304 CPPForme de la plainte pénale§Art. 328 COProtection de la personnalité du travailleur

01Comprendre l'infraction

Comment le droit suisse qualifie le vol entre collègues

En droit suisse, le vol est défini à l'article 139 du Code pénal comme le fait de soustraire une chose mobilière appartenant à autrui dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime. Lorsqu'un employé s'empare des affaires d'un collègue (portefeuille, téléphone, ordinateur portable, espèces dans un vestiaire), l'infraction relève du droit pénal.

La valeur marchande de l'objet détermine la procédure :

  • Selon les circonstances : la qualification exacte et le régime de poursuite applicable dépendent des faits constatés et de l'appréciation des autorités pénales.
  • Valeur égale ou inférieure à 300 francs : l'acte constitue une infraction d'importance mineure au sens de l'article 172ter CP, sanctionnée d'une simple amende et poursuivie uniquement si la victime dépose formellement plainte. Le seuil de 300 francs est fixé par une jurisprudence constante du Tribunal fédéral (notamment ATF 121 IV 261 et ATF 123 IV 113).

Contrairement au vol commis au préjudice d'un conjoint ou d'un membre de la même famille (art. 139 ch. 4 CP), les collègues de travail ne sont pas considérés comme des proches. La poursuite d'office s'applique donc pleinement dès que le seuil de 300 francs est dépassé. Par ailleurs, l'employeur a l'obligation légale de protéger la personnalité et la sécurité des travailleurs, y compris en mettant à disposition des casiers fermés pour leurs effets personnels (art. 328 CO). Si des vérifications internes s'imposent, des limites strictes encadrent la surveillance : Mon employeur a-t-il le droit de fouiller mon sac ou mon casier ? afin de ne pas enfreindre la sphère privée garantie par le droit du travail.

Vol simpleart. 139 CP

Soustraction intentionnelle d'un bien d'une valeur de plus de 300 CHF, poursuivie d'office

Vol d'importance mineureart. 172ter CP

Soustraction d'un bien de 300 CHF ou moins, punissable d'une amende et poursuivi sur plainte

Abus de confianceart. 138 CP

Détournement d'un bien préalablement confié au collègue en toute légitimité

Appropriation illégitimeart. 137 CP

Conservation intentionnelle d'un objet perdu ou égaré par autrui sans acte de soustraction active

Ce qui doit être réuni

  • Une chose mobilière corporelle appartenant à autrui
  • Un acte de soustraction rompant la possession légitime de la victime
  • L'établissement d'une nouvelle possession sans droit par l'auteur
  • L'intention délictueuse et le dessein de se procurer un enrichissement illégitime

Exemples concrets

  • Un collègue prend discrètement 500 francs dans la veste d'Aline R. suspendue dans le vestiaire de l'entreprise.
  • Un employé s'empare d'un casque audio valant 120 francs posé sur le bureau d'un confrère durant la pause de midi.
  • Un collaborateur dérobe l'ordinateur portable privé d'un collègue dans un espace de travail partagé pour le revendre en ligne.
  • Un employé ouvre le tiroir d'un bureau fermé à clé pour y subtiliser les pourboires communs de l'équipe.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Signaler l'incident à l'employeur

    Avertir la direction ou les ressources humaines par écrit afin qu'elles sécurisent les lieux et recherchent d'éventuels enregistrements de vidéosurveillance autorisés.

  2. 2

    Rassembler les preuves du bien

    Rassembler les factures d'achat, les numéros de série, les photographies de l'objet dérobé et le décompte exact du préjudice financier subi.

  3. 3

    Déposer plainte ou dénonciation

    Se rendre dans un poste de police cantonale ou adresser un courrier au ministère public avec l'exposé chronologique des faits (art. 304 CPP).

  4. 4

    Se constituer partie plaignante

    Déclarer formellement participer à la procédure pénale pour faire valoir ses conclusions civiles et réclamer le remboursement intégral du préjudice (art. 118 et 122 CPP).

03Le délai à respecter

Les délais applicables pour faire valoir ses droits dépendent de la qualification juridique retenue et du régime de poursuite applicable aux faits. Il est recommandé de signaler la situation aux autorités pénales sans tarder dès la découverte des faits afin de préserver l'ensemble des voies de droit.

À faire

  • Facture d'achat, quittance ou ticket de caisse attestant de la propriété et de la valeur marchande du bien
  • Numéro de série ou identifiant technique de l'appareil dérobé (ordinateur, smartphone, matériel professionnel)
  • Témoignages de collègues ayant vu la présence de l'objet ou le comportement suspect d'un tiers
  • Extraits de vidéosurveillance licitement installée dans les locaux communs par l'employeur
  • Échanges de messages (e-mails professionnels, messageries internes) évoquant la disparition ou contenant d'éventuels aveux

À éviter

  • Fouiller soi-même le sac ou les affaires personnelles du collègue soupçonné, ce qui constitue une atteinte illicite à sa personnalité
  • Accuser publiquement le collègue devant l'équipe sans preuve matérielle, au risque de commettre une diffamation (art. 173 CP) ou une calomnie (art. 174 CP)
  • Laisser s'écouler plus de trois mois sans agir lorsque l'objet dérobé a une valeur égale ou inférieure à 300 francs
  • Compter uniquement sur une sanction disciplinaire interne de l'employeur si l'on souhaite obtenir une indemnisation pénale formelle
  • Négliger de déclarer expressément ses prétentions civiles lors de l'enregistrement de la plainte

04Où déposer, selon votre canton

  • Tous les cantonsauprès de la police ou du ministère public, par écrit ou oralement (art. 304 CPP)

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

Le droit de porter plainte appartient en premier lieu à la personne lésée, c'est-à-dire au propriétaire ou au possesseur légitime des objets dérobés (art. 30 al. 1 CP et art. 115 CPP). Si la victime est dépourvue de l'exercice des droits civils, son représentant légal peut agir en son nom. Lorsque le vol dépasse 300 francs et relève de la poursuite d'office, toute personne ayant connaissance des faits, y compris l'employeur, un témoin ou un tiers, a le droit de procéder à une dénonciation pénale auprès de la police ou du ministère public (art. 301 CPP).

Peut-on retirer sa plainte ?

Si le vol relève de l'infraction d'importance mineure (valeur de 300 francs ou moins), le plaignant peut retirer sa plainte en tout temps jusqu'au prononcé du jugement de deuxième instance, conformément à l'article 33 du Code pénal. Le retrait de la plainte est définitif et met fin à la procédure pénale pour cette infraction. En revanche, si la valeur des biens dépasse 300 francs, la poursuite a lieu d'office : le retrait de la plainte n'entraîne pas l'arrêt automatique des poursuites par le ministère public, bien qu'un accord réparateur avec le collègue puisse influencer l'appréciation du juge.

06Après la plainte

Dès l'enregistrement de la plainte ou de la dénonciation, la police mène les premières investigations et transmet le rapport d'enquête au ministère public. L'autorité pénale examine ensuite la suite à donner au dossier :

  • Ordonnance pénale : si le prévenu reconnaît les faits et que les preuves sont réunies, le procureur peut prononcer directement une amende ou une peine pécuniaire sans audience publique.
  • Procédure de conciliation : pour les infractions poursuivies sur plainte, le ministère public peut inviter les parties à trouver un accord amiable portant sur la restitution ou le dédommagement.
  • Mise en accusation : en cas de contestation ou de circonstances complexes, le dossier est renvoyé devant le tribunal de police ou le tribunal d'arrondissement.
  • Ordonnance de classement : si l'auteur ne peut pas être identifié ou que les charges sont insuffisantes, la procédure fait l'objet d'un classement formel notifié aux parties.

En vous constituant partie plaignante, vous conservez l'accès au dossier et le droit d'exiger le remboursement de vos biens dérobés dans le cadre du procès pénal.

L'avis de JuriUp

L'erreur la plus fréquente lors d'un vol sur le lieu de travail consiste à confronter un collègue publiquement ou à exiger la fouille de ses affaires personnelles. Une telle démarche vous expose à une plainte réciproque pour diffamation ou violation de domicile. Le premier réflexe doit toujours consister à formaliser l'incident par écrit auprès de la direction ou des ressources humaines, en rappelant l'obligation de diligence de l'employeur selon l'art. 328 CO.

Sur le plan de la recevabilité pénale, conservez systématiquement une trace des justificatifs de propriété de chaque objet dérobé. La distinction entre le vol d'office et l'infraction mineure de l'art. 172ter CP se joue sur le seuil strict de 300 francs. Pour éviter toute forclusion, déposez toujours votre plainte formelle dans les trois mois suivant l'identification du suspect, même si vous espérez encore un règlement amiable ou disciplinaire en interne.

07Questions fréquentes

Non, en principe. L'employeur ne peut pas fouiller un casier privé sans l'accord exprès du salarié ou sans la présence de la police judiciaire munie d'un mandat légal. Agir unilatéralement viole la protection de la personnalité (art. 328 CO).

L'employeur engage sa responsabilité contractuelle selon l'art. 328 CO s'il a commis une faute en omettant de sécuriser les lieux, notamment s'il n'a pas fourni de casier verrouillable pour les effets d'usage courant. Pour des objets de grande valeur non indispensables, son devoir de garde reste limité.

Le délai est de 3 mois stricts à compter du jour où vous connaissez avec certitude l'identité de l'auteur (art. 31 et 172ter CP). Si l'auteur n'est pas encore identifié, le délai ne commence pas à courir tant que son identité reste inconnue.

L'infraction relève alors du vol ordinaire (art. 139 CP), poursuivi d'office par l'État. Vous pouvez dénoncer les faits à la police à tout moment avant la prescription de dix ans, bien qu'une action immédiate soit essentielle pour conserver les indices.

Non. Seule la direction ou le responsable de sécurité désigné peut visionner ces enregistrements dans le respect de la législation sur la protection des données. La police judiciaire est seule habilitée à en ordonner la saisie comme preuve pénale.

Oui. En droit du travail suisse, le vol commis au sein de l'entreprise constitue une violation grave du devoir de fidélité rompant irrémédiablement le lien de confiance. Cela justifie en principe un licenciement avec effet immédiat pour justes motifs au sens de l'art. 337 CO.

Aucune règle légale ne vous interdit de vous adresser directement à la police. Cependant, prévenir les ressources humaines ou la direction est vivement conseillé pour figer les preuves internes et permettre à l'entreprise d'assainir le climat de travail.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal suisse (CP), du Code de procédure pénale (CPP), du Code des obligations (CO) et des sources officielles citées.

Le rôle de l'avocat

L'intervention d'un juriste ou d'un avocat s'avère particulièrement utile pour clarifier l'articulation entre la procédure pénale et les obligations contractuelles de l'employeur. Un juriste ou un avocat vous guide pour formuler votre plainte pénale de manière factuelle, chiffrer précisément vos prétentions civiles en restitution de valeur et préserver vos droits sans enfreindre vos devoirs de fidélité envers l'entreprise.

Dans le cadre de l'instruction devant le procureur, un juriste ou un avocat assure la défense de vos intérêts en tant que partie plaignante. Il veille à ce que les pièces utiles (relevés de badges d'accès, caméras conformes) soient régulièrement requises et versées au dossier, tout en vous assistant lors des éventuelles auditions de confrontation avec l'auteur présumé.

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    Dernière mise à jour de cette page : 14 octobre 2026.

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