Vos droits · Circulation routière

Ai-je le droit d’installer une dashcam dans ma voiture ?

Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 6 août 2026 Droit suisse

La réponse Ça dépend Au cas par cas

Ça dépend. En principe, filmer continuellement la route avec une dashcam viole la loi sur la protection des données. Toutefois, le Tribunal fédéral admet que ces vidéos puissent servir de preuve en justice de manière exceptionnelle, mais uniquement pour élucider des infractions très graves.

  • Filmer la route en continu viole la loi sur la protection des données.
  • Les tribunaux n'acceptent ces vidéos que pour des infractions très graves.
  • Pour un simple accident matériel, l'enregistrement est une preuve illicite.
  • La publication de ces vidéos sur les réseaux sociaux est interdite en Suisse.

Ce que dit la loi

Le principe d’interdiction lié à la protection des données

En Suisse, l’utilisation d’une dashcam (caméra embarquée) fixée sur le pare-brise ou le tableau de bord soulève des questions juridiques complexes, principalement au regard de la protection de la personnalité. Selon le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT), le fait de filmer la voie publique en continu de manière indifférenciée est en principe illicite. En effet, les autres automobilistes, les piétons ou les cyclistes sont enregistrés à leur insu. Ce procédé constitue un traitement secret et disproportionné de leurs données personnelles, la loi exigeant qu’une surveillance vidéo soit toujours reconnaissable par les personnes filmées.

Contrairement à certains pays voisins où la dashcam est encouragée par les assurances, la Suisse privilégie fermement la protection de la sphère privée. Ainsi, le simple fait de vouloir se constituer des preuves à l’avance, au cas où un accident surviendrait, ne justifie pas une surveillance permanente et généralisée de l’espace public.

L’admissibilité des vidéos devant les tribunaux suisses

La question centrale est de savoir si un juge pénal ou civil acceptera de visionner ces images en cas de litige. Le Tribunal fédéral a posé une jurisprudence extrêmement stricte (notamment l’arrêt de principe ATF 146 IV 226). Il considère que la vidéo issue d’une dashcam est une preuve obtenue de manière illicite. Toutefois, le Code de procédure pénale suisse prévoit qu’une telle preuve peut exceptionnellement être exploitée si deux conditions cumulatives sont remplies.

Premièrement, les autorités pénales auraient dû être en mesure d’obtenir cette preuve par des moyens légaux. Deuxièmement, et c’est le point déterminant, l’infraction poursuivie doit revêtir une gravité particulière. Concrètement, le tribunal rejettera formellement votre vidéo s’il s’agit d’une infraction routière de faible ou moyenne importance (franchissement d’une ligne de sécurité, petit excès de vitesse, refus de priorité sans accident grave). En revanche, l’enregistrement pourra être exceptionnellement admis par le juge pénal pour élucider un délit de chauffard, un homicide par négligence, ou un délit de fuite causant des blessures graves.

En pratique : un risque d’effet boomerang pour le conducteur

Beaucoup d’automobilistes suisses installent ce type d’appareil pour contester la responsabilité d’un banal accrochage de tôle froissée sur un parking ou dans la circulation. Il s’agit d’un piège très fréquent. Si vous transmettez ces images à la police pour une simple éraflure, vous risquez un violent effet boomerang. Non seulement les autorités et les assurances refuseront souvent de tenir compte de votre vidéo pour votre défense en cas d’infraction routière, mais l’automobiliste filmé pourrait également se retourner contre vous en déposant une plainte civile pour atteinte à sa sphère privée.

C’est pourquoi il est vivement déconseillé d’utiliser ces dispositifs en continu. De plus, publier ces images sur les réseaux sociaux, même dans le but de dénoncer le comportement dangereux d’un autre usager de la route, constitue une nouvelle infraction pénale vous exposant à des sanctions sévères.

Les exceptions et les pièges

Les infractions très graves : Si votre enregistrement est la seule preuve matérielle permettant de résoudre un accident de la circulation ayant entraîné la mort ou des blessures graves (délit de fuite), l’intérêt public l’emporte. Le juge pénal autorisera alors le visionnage de la vidéo pour retrouver ou confondre le coupable.

Les caméras avec capteur de choc intégré : Les dispositifs les plus modernes qui n’enregistrent aucune donnée en temps normal, mais qui ne s’activent et ne sauvegardent que les quelques secondes précédant et suivant une très forte décélération (capteur G), posent moins de difficultés au regard de la protection des données. Leur admissibilité finale reste toutefois soumise à la stricte appréciation du tribunal.

Un cas concret

Exemple vécu

Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse

Situation fréquente

Marc circule dans le canton de Genève et est violemment percuté par un automobiliste qui prend la fuite après avoir causé d'importants dégâts corporels. Grâce à la dashcam installée sur son tableau de bord, Marc a filmé le véhicule et sa plaque d'immatriculation. S'agissant d'un accident grave assorti d'un délit de fuite, il remet l'enregistrement à la police genevoise. Le tribunal considérera cette preuve comme admissible pour retrouver et juger le coupable, l'intérêt supérieur de la justice primant sur la protection des données du fuyard.

Les bases légales

  • Art. 141 CPPfedlex Exploitation de moyens de preuve obtenus illégalement
  • Art. 30 LPDfedlex Atteintes à la personnalité

Valable dans quel canton ?

Droit fédéral

Le cadre légal est fédéral et identique dans toute la Suisse : l’appréciation peut toutefois varier selon les tribunaux et les circonstances.

  • Genève
  • Vaud
  • Valais
  • Fribourg
  • Neuchâtel
  • Jura
  • Berne
  • et tous les cantons suisses

Que faire concrètement

  1. Désactiver la sauvegarde continue

    Si vous installez une caméra dans votre habitacle, veillez à configurer l'appareil pour qu'il n'enregistre aucune image en continu. Activez uniquement la fonction de sauvegarde liée aux capteurs de collision.

  2. Transmettre les images à la police

    En cas d'accident de la circulation impliquant des blessés ou un délit de fuite, remettez la carte mémoire directement et exclusivement aux forces de l'ordre pour les besoins de l'enquête.

  3. Éviter toute publication sur internet

    Ne diffusez jamais une vidéo montrant le visage ou la plaque d'immatriculation d'un autre automobiliste sur un réseau social ou un forum, sous peine de subir une procédure pénale.

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Questions fréquentes

Oui. En cas d'accident grave ou d'infraction sévère dont elle est témoin, la police suisse peut saisir votre caméra embarquée et exploiter les images pour déterminer les circonstances exactes de l'événement.

Non. Contrairement à d'autres pays européens, les assurances en Suisse n'accordent actuellement aucun rabais de prime pour l'installation d'une dashcam, en raison de la situation juridique incertaine liée à la vie privée.

Oui. Vous pouvez librement filmer l'habitacle intérieur de votre voiture, à la condition expresse que tous vos passagers en soient informés au préalable et qu'ils donnent leur accord formel.

Non. Les mêmes règles strictes liées à la protection des données s'appliquent, quel que soit l'appareil utilisé pour filmer la route en continu.

Ça dépend. Filmer l'espace public en continu pendant le stationnement reste illicite. L'admissibilité de la preuve dépendra de l'activation par détecteur de mouvement ou de choc et de la gravité de l'infraction.

L’avis de l’équipe JuriUp

Equipe JuriUp

Juristes & avocats partenaires - droit suisse

La fausse croyance la plus répandue en Suisse consiste à penser que la vidéo d’une dashcam suffira à faire plier l’assurance adverse lors d’un banal sinistre matériel de parking. Dans les faits, c’est très souvent l’inverse qui se produit. Une majorité de tribunaux civils refusent l’exploitation de ces images pour de petits dégâts matériels, au nom du respect absolu de la protection de la personnalité. Le conducteur qui produit la vidéo risque alors de voir sa preuve balayée et de s’exposer lui-même à des poursuites pour avoir filmé l’espace public sans droit.

Le réflexe qui sauve consiste à utiliser les méthodes de preuve traditionnelles en cas de collision légère. Privilégiez systématiquement la rédaction immédiate d’un constat amiable européen, la prise de photographies statiques des véhicules immobilisés et la récolte des coordonnées des éventuels témoins neutres présents sur place.

Sources officielles

Informations vérifiées le 6 août 2026

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