Face à votre employeur · Droit du travail

Mon employeur a-t-il le droit d’exiger un extrait de mon casier judiciaire ?

Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 1 août 2026 Droit suisse

La réponse Ça dépend Règle claire

Ça dépend. Selon le Code des obligations (art. 328b), un employeur ne peut exiger un extrait de votre casier judiciaire que si cela est strictement nécessaire pour le poste. Cela concerne surtout les emplois impliquant de grandes responsabilités financières, la sécurité ou le contact avec des mineurs.

  • L'employeur ne peut le demander que si le poste le justifie objectivement (sécurité, finances, mineurs).
  • Il s'agit d'une protection de votre sphère privée et de vos données personnelles garantie par la loi.
  • Un refus injustifié de votre part peut légalement motiver le rejet de votre candidature.
  • L'employeur ne peut pas conserver l'extrait indéfiniment après le processus d'embauche.

Ce que dit la loi

Ce que dit le droit suisse

En Suisse, il n’existe pas de droit absolu pour un employeur d’exiger un extrait de votre casier judiciaire. Conformément à l’article 328b du Code des obligations (CO) et à la Loi sur la protection des données (LPD), l’employeur ne peut collecter des informations vous concernant que si celles-ci sont directement liées à vos aptitudes professionnelles ou strictement nécessaires à l’exécution de votre contrat de travail.

Dans la pratique, cela signifie qu’une telle demande doit être justifiée objectivement par la nature du poste. Un employeur ne peut en aucun cas exiger ce document de manière systématique pour tous ses employés, par simple curiosité ou pour « être rassuré ». Le droit du travail impose le principe de proportionnalité : l’atteinte à votre vie privée et à votre protection de la personnalité doit impérativement être justifiée par un intérêt prépondérant de l’entreprise.

Les limites et les situations justifiées

L’exigence de présenter un casier judiciaire en Suisse est considérée comme légitime lorsque l’emploi comporte des risques spécifiques. Par exemple, si vous postulez pour devenir agent de sécurité, comptable avec un accès aux finances, guichetier bancaire, ou si vous travaillez avec des enfants. Dans ce dernier cas, la loi prévoit un « extrait spécial » destiné spécifiquement aux professionnels encadrant des mineurs ou des personnes vulnérables, afin de vérifier l’absence d’interdictions d’exercer.

À l’inverse, si vous postulez comme jardinier, informaticien sans accès aux données critiques, ou serveur, cette exigence est jugée disproportionnée. De plus, une fois l’extrait présenté ou le contrat signé, l’employeur n’a pas le droit de conserver indéfiniment le document dans votre dossier personnel. Ces données sensibles doivent être détruites ou vous être restituées lorsqu’elles ne sont plus utiles à la finalité du recrutement.

En pratique lors de l’entretien

Lors d’un entretien d’embauche, si l’employeur vous demande de fournir un extrait de casier judiciaire alors que le poste ne le justifie pas, vous avez théoriquement le droit de refuser poliment. Toutefois, en vertu de la liberté contractuelle en Suisse, l’employeur reste libre de ne pas vous engager s’il estime que ce refus rompt la confiance. Si vous estimez que la demande est abusive, il est recommandé d’ouvrir le dialogue pour clarifier les raisons du recruteur, tout en rappelant gentiment les limites posées par la protection des données personnelles.

Les exceptions et les pièges

Cas particulier 1 : Les postes liés à la sécurité de l’État. Pour certains postes au sein de la fonction publique (police, douanes, justice) ou nécessitant une habilitation de sécurité fédérale, la présentation d’un extrait du casier judiciaire est non seulement légale, mais bien souvent obligatoire de par la loi.

Cas particulier 2 : Le contact régulier avec des mineurs. Si vous postulez pour être enseignant, éducateur ou entraîneur pour enfants, l’employeur a l’obligation stricte d’exiger un extrait spécial du casier judiciaire pour s’assurer que vous ne faites l’objet d’aucune interdiction d’exercer avec des populations vulnérables.

Un cas concret

Exemple vécu

Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse

Situation fréquente

Julien, graphiste dans le canton de Fribourg, postule dans une agence de publicité. Lors du dernier entretien, le directeur lui demande de fournir un extrait de son casier judiciaire. Le poste n'impliquant aucune responsabilité financière ni de gestion de données sensibles, cette demande est disproportionnée selon le droit suisse. Julien peut poliment refuser en expliquant que cela ne concerne pas ses aptitudes professionnelles. Si l'employeur insiste, Julien est en droit de considérer cette exigence comme une violation de sa sphère privée.

Les bases légales

  • Art. 328b COfedlex Protection de la personnalité du travailleur
  • Art. 3 LPDfedlex Loi fédérale sur la protection des données

Valable dans quel canton ?

Droit fédéral

Cette réponse repose sur le droit fédéral : la règle est la même dans toute la Suisse, quel que soit votre canton.

  • Genève
  • Vaud
  • Valais
  • Fribourg
  • Neuchâtel
  • Jura
  • Berne
  • et tous les cantons suisses

Que faire concrètement

  1. Évaluer la pertinence de la demande

    Posez-vous la question du lien entre les tâches liées au poste et l'exigence d'un casier vierge. Si vous manipulez de l'argent ou gérez la sécurité de l'entreprise, la demande est tout à fait normale.

  2. Demander votre extrait en ligne

    Si la demande est légitime, vous pouvez commander votre extrait classique ou spécial directement et uniquement sur le portail officiel de l'Office fédéral de la justice, afin d'éviter les sites internet frauduleux.

  3. Discuter en cas de désaccord

    Si vous jugez la demande abusive, ouvrez le dialogue avec le recruteur pour comprendre ses craintes et lui rappeler gentiment les limites du traitement des données posées par le droit suisse.

  4. Demander la restitution ou la destruction

    Une fois le processus de recrutement terminé, ou si vous n'êtes finalement pas engagé, exigez de l'employeur qu'il détruise le document ou qu'il vous le restitue immédiatement pour protéger vos données sensibles.

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Questions fréquentes

Non. L'employeur n'a pas d'accès direct au registre suisse des casiers judiciaires. Il est obligé de vous demander de commander vous-même le document et de lui remettre l'original ou une copie.

Le fait. Un extrait du casier judiciaire commandé via l'Office fédéral de la justice (OFJ) coûte exactement 20 francs suisses, que ce soit pour un extrait classique ou un extrait spécial.

Ça dépend. Si la condamnation n'a aucun lien avec le poste visé (par exemple, un retrait de permis de conduire pour un travail de bureau), elle ne devrait pas être prise en compte par le recruteur.

Non. Une fois que l'employeur a vérifié que le document correspondait aux exigences du poste, il ne peut pas le conserver dans votre dossier personnel à vie. Ces données sensibles doivent être détruites.

Le fait. Il s'agit d'un document spécifique instauré pour protéger les mineurs et les personnes vulnérables. Il indique uniquement si la personne fait l'objet d'une interdiction d'exercer ou d'avoir des contacts.

Ça dépend. L'employeur est en droit d'exiger le document original pour s'assurer de son authenticité absolue. Toutefois, il doit impérativement vous le restituer une fois la vérification formelle effectuée.

Oui. Si vous postulez à l'étranger ou pour une multinationale, la demande est soumise aux règles de l'entreprise, mais l'Office fédéral de la justice vous autorise tout à fait à commander ce document pour l'international.

Le fait. La loi suisse ne fixe pas de durée de validité officielle pour un tel extrait. C'est l'employeur qui détermine ses critères, mais en règle générale, un document datant de plus de trois à six mois est considéré comme obsolète.

L’avis de l’équipe JuriUp

Equipe JuriUp

Juristes & avocats partenaires - droit suisse

Notre conseil : méfiez-vous de la banalisation de cette pratique. De nombreuses entreprises exigent désormais un extrait du casier judiciaire par simple réflexe administratif, sans aucune réelle justification légale. N’oubliez pas que votre employeur potentiel n’a pas à tout savoir de votre passé. Si la demande est clairement disproportionnée, rappelez fermement mais courtoisement que le droit suisse protège la sphère privée du candidat au travers de l’article 328b du Code des obligations.

Le piège le plus fréquent ? Remettre l’original de votre extrait et laisser l’employeur le conserver indéfiniment dans votre dossier de ressources humaines. Une fois le document présenté pour prouver votre probité lors de l’embauche, il est impératif d’exiger sa destruction ou sa restitution immédiate. C’est un réflexe très simple qui garantit la sécurité de vos données personnelles sur le long terme.

Sources officielles

Informations vérifiées le 1 août 2026

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La règle exposée ici découle directement de la loi et s’applique dans toute la Suisse. Cette page fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : faites valider votre situation par un professionnel via JuriUp.

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