Poursuite variable selon les cas

Porter plainte pour menaces graves en Suisse

Faire l'objet de menaces est une expérience angoissante et déstabilisante. La loi suisse vous protège en punissant sévèrement ceux qui cherchent à vous alarmer ou vous effrayer. Découvrez comment réagir, quels sont les délais pour agir et comment sécuriser votre situation.

Vous n'avez pas à vivre dans la peur

Être menacé de mort ou de violences est un traumatisme profond. Les centres LAVI (Aide aux victimes) vous offrent un soutien psychologique, juridique et financier gratuit et totalement confidentiel.

  • Mettez-vous en sécurité immédiatement.
  • Appelez la Police au 117 si le danger est imminent.
  • Ne restez pas seul, contactez un proche de confiance.
  • Appelez l'Aide aux victimes au 142 pour un soutien confidentiel.
  • Conservez précieusement toute preuve (messages, e-mails).
Police (urgence)117Aide aux victimes (LAVI)142 ou aide-aux-victimes.chAmbulance (urgence médicale)144

Ces échanges sont gratuits et confidentiels. Prendre soin de vous passe avant toute démarche.

En résumé

En Suisse, les menaces (art. 180 CP) sont en principe poursuivies sur plainte : vous disposez de trois mois dès que vous connaissez l'auteur pour agir. Si les menaces viennent de votre conjoint, de votre partenaire enregistré ou du partenaire avec lequel vous faites ménage commun, y compris dans l'année qui suit la séparation, la poursuite a lieu d'office, sans délai de plainte. Le dépôt de plainte est gratuit, dans n'importe quel poste de police ou auprès du Ministère public.

§Art. 180 CPMenaces§Art. 31 CPDélai de plainte§Art. 30 CPDroit de plainte

01Comprendre l'infraction

L'article 180 du Code pénal suisse punit quiconque, par une menace grave, alarme ou effraie une personne. La peine est une peine privative de liberté de trois ans au plus ou une peine pécuniaire.

La gravité de la menace

Pour être punissable, la menace doit être objectivement grave. Il ne s'agit pas d'une simple dispute ou de paroles lancées en l'air sous le coup d'une légère colère. Les propos ou le comportement doivent être de nature à susciter une véritable crainte chez une personne raisonnable (menaces de mort, de violences physiques graves, de destruction de biens importants).

L'impact psychologique

L'infraction est consommée seulement si la victime est effectivement alarmée ou effrayée. Le sentiment d'insécurité doit être réel. L'auteur doit avoir agi intentionnellement, c'est-à-dire avec la volonté de provoquer cette peur chez autrui.

Régime de poursuite

En principe, l'infraction est poursuivie sur plainte (art. 180 al. 1 CP). Cependant, dans le cadre de violences conjugales, la poursuite s'exerce d'office (art. 180 al. 2 CP) lorsque l'auteur est le conjoint ou le partenaire enregistré de la victime, ou son partenaire hétérosexuel ou homosexuel faisant ménage commun avec elle pour une durée indéterminée. Cette règle vaut aussi pour les menaces proférées dans l'année qui suit le divorce, la dissolution du partenariat enregistré ou la séparation. Elle reflète la volonté du législateur de protéger les victimes particulièrement vulnérables. Les cas de cyberharcèlement en Suisse ou de harcèlement en ligne incluent d'ailleurs fréquemment des actes constitutifs de menaces.

Contrainteart. 181 CP

Forcer quelqu'un à agir contre sa volonté.

Injureart. 177 CP

Atteinte à l'honneur par des mots méprisants, sans menace de préjudice.

Ce qui doit être réuni

  • Une menace objectivement grave (mort, violences, dommages importants)
  • Le fait d'être effectivement alarmé ou effrayé
  • L'intention de l'auteur de susciter cette crainte
  • Un lien de causalité entre l'acte de l'auteur et votre effroi

Exemples concrets

  • Un individu lève une arme en hurlant qu'il va vous tuer.
  • Un ex-partenaire vous envoie des SMS annonçant qu'il va détruire votre voiture.
  • Un voisin fait le geste de vous égorger en vous barrant la route.
  • Des propos annonçant des violences physiques répétés par votre conjoint.

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Se mettre en sécurité

    Éloignez-vous du danger immédiat et contactez la police (117) si nécessaire.

  2. 2

    Rassembler les preuves

    Conservez les SMS, e-mails, messages vocaux ou témoignages prouvant les menaces.

  3. 3

    Déposer plainte

    Rendez-vous dans un poste de police ou écrivez au Ministère public.

  4. 4

    Se constituer partie plaignante

    Demandez expressément à participer à la procédure pénale pour faire valoir vos droits.

03Le délai à respecter

Pour les menaces poursuivies sur plainte, vous disposez d'un délai de trois mois pour agir. Ce délai court dès le jour où vous connaissez l'identité de l'auteur (art. 31 CP). S'il est dépassé, votre droit de porter plainte s'éteint et aucune procédure pénale ne pourra être ouverte pour ces faits. Si les menaces viennent de votre conjoint, de votre partenaire enregistré ou du partenaire avec lequel vous faites ménage commun, y compris dans l'année qui suit le divorce, la dissolution du partenariat ou la séparation, la poursuite a lieu d'office (art. 180 al. 2 CP) et ce délai de plainte ne s'applique pas : seule la prescription de l'action pénale limite alors la poursuite.

À faire

  • Captures d'écran de messages, SMS, WhatsApp ou réseaux sociaux
  • Enregistrements de messages vocaux laissés sur le répondeur
  • Témoignages écrits de personnes ayant assisté à la scène
  • Certificat médical attestant de l'impact psychologique (angoisse, insomnie)

À éviter

  • Attendre que la situation dégénère en violences physiques avant d'agir
  • Effacer les messages menaçants sous le coup de la panique ou de la peur
  • Répondre par d'autres menaces, ce qui pourrait vous valoir une plainte
  • Laisser passer le délai de plainte de trois mois en pensant que l'auteur va se calmer

04Où déposer, selon votre canton

  • GenèveDépôt possible dans tous les postes de la police cantonale.
  • VaudLes centres de gendarmerie et les polices communales reçoivent les plaintes.
  • ValaisDénonciation auprès de la Police cantonale valaisanne ou des polices municipales.
  • FribourgAccueil dans les postes de la Police cantonale fribourgeoise.
  • NeuchâtelDépôt dans les postes de la police neuchâteloise.
  • JuraEnregistrement de la plainte auprès de la police cantonale jurassienne.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

Seule la personne directement visée et effrayée par les menaces (le lésé) possède le droit de porter plainte (art. 30 CP). Si la victime n'a pas l'exercice des droits civils, son représentant légal peut agir en son nom ; le mineur ou la personne sous curatelle de portée générale qui est capable de discernement peut aussi porter plainte lui-même. En cas de poursuite d'office (menaces dans le couple), toute personne, y compris un témoin ou un proche, peut dénoncer les faits à la police.

Peut-on retirer sa plainte ?

Oui. Vous pouvez retirer votre plainte tant que le jugement de deuxième instance cantonale n'a pas été prononcé (art. 33 CP). Ce retrait est définitif : vous ne pourrez plus porter plainte à nouveau pour ces mêmes faits. Attention, lorsque les menaces sont poursuivies d'office (conjoint, partenaire enregistré ou partenaire faisant ménage commun), le retrait de vos déclarations n'arrête pas la procédure. Le Ministère public ou le tribunal peut toutefois la suspendre à votre demande, pour six mois au plus, si cette suspension paraît de nature à stabiliser ou à améliorer votre situation (art. 55a CP).

06Après la plainte

Une fois la plainte déposée, la police mène l'enquête et transmet le dossier au Ministère public, qui décide des suites à donner. - L'instruction : Le procureur peut convoquer l'auteur, auditionner des témoins et ordonner des mesures d'éloignement si le danger persiste. - L'ordonnance pénale : Si les faits sont clairs et reconnus, l'auteur peut être condamné directement à une peine pécuniaire ou privative de liberté. - Le classement : Si les preuves sont insuffisantes, la procédure peut être classée.

En tant que partie plaignante, vous serez tenu informé des décisions et pourrez demander l'assistance judiciaire pour vous assister à chaque étape si vous remplissez les conditions financières.

L'avis de JuriUp

Dans les dossiers de menaces, la difficulté principale réside souvent dans la preuve et dans l'appréciation de la « gravité ». Une erreur fréquente consiste à minimiser des propos inquiétants ou à réagir de manière impulsive en effaçant les messages.

Le réflexe essentiel est de faire appel à un témoin, de documenter scrupuleusement les écrits, et de déposer la plainte pénale formelle. Par ailleurs, si les menaces s'accompagnent de violences physiques, il convient d'envisager des démarches croisées, comme la saisine du tribunal civil pour obtenir des mesures d'éloignement strictes.

07Questions fréquentes

Oui, une menace purement verbale est punissable, à condition qu'elle soit grave et qu'elle ait effectivement effrayé ou alarmé la victime. Il faut toutefois pouvoir la prouver, par exemple à l'aide de témoins ou d'un enregistrement admissible.

Ne répondez pas et n'effacez surtout pas les messages. Faites des captures d'écran, sauvegardez les données en lieu sûr et déposez plainte auprès de la police sans attendre, au plus tard dans les trois mois dès que vous connaissez l'auteur. En cas de danger immédiat, appelez le 117.

Si la menace est objectivement grave et qu'elle vous a réellement effrayé, l'infraction peut être retenue. Cependant, la justice tient compte du contexte : des paroles exagérées lâchées lors d'une simple dispute, sans véritable intention d'alarmer, peuvent ne pas suffire à constituer l'infraction.

En Suisse, enregistrer une conversation non publique à laquelle vous prenez part, sans le consentement de l'autre personne, est en principe une infraction pénale poursuivie sur plainte (art. 179ter CP). Un tel enregistrement n'est donc pas une preuve sans risque et son exploitation dépend de l'appréciation des autorités pénales. Conservez en priorité les messages écrits, les messages vocaux que l'auteur vous a lui-même laissés et les témoignages, et demandez l'avis d'un avocat avant de produire un enregistrement réalisé à l'insu de l'auteur.

La loi prévoit une peine privative de liberté allant jusqu'à trois ans ou une peine pécuniaire. La sanction exacte dépendra de la gravité de la menace, des antécédents de l'auteur et des circonstances de l'affaire.

Non, le dépôt d'une plainte pénale auprès de la police ou du Ministère public est totalement gratuit. Des frais peuvent toutefois survenir si vous mandatez un avocat ou si vous demandez des actes de procédure spécifiques par la suite.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal, du Code de procédure pénale et des sources officielles citées.

Le rôle de l'avocat

Un juriste ou un avocat joue un rôle déterminant pour sécuriser votre démarche, particulièrement lorsque vous êtes sous le choc. Il vous aide à qualifier pénalement les propos tenus et à vérifier que les conditions de l'art. 180 CP sont remplies, afin d'éviter un classement rapide.

L'avocat rassemble les preuves admissibles et rédige une plainte structurée dans le délai de trois mois. Il peut également demander des mesures de protection, par exemple une interdiction d'approcher ou de prendre contact (art. 28b CC), et vous représente tout au long de la procédure pour défendre vos intérêts civils et pénaux.

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