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Ai-je le droit de conserver un colis que je n’ai pas commandé ?

Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 4 août 2026 Droit suisse

La réponse Ça dépend Règle claire

Ça dépend. Si une entreprise vous envoie délibérément un produit dans un but de démarchage, le droit suisse vous autorise à le conserver sans payer. En revanche, si la livraison est manifestement due à une erreur (mauvaise adresse), vous devez en avertir l'expéditeur (art. 6a CO).

  • L'envoi non commandé ne constitue pas une offre ni un contrat.
  • Vous n'avez pas l'obligation de payer, de conserver ou de renvoyer l'article.
  • Vous êtes totalement libre de jeter, d'utiliser ou de donner la marchandise reçue.
  • Si la livraison résulte d'une erreur manifeste, vous devez informer l'expéditeur.

Ce que dit la loi

Ce que dit le droit suisse

La pratique consistant à expédier des marchandises sans que le destinataire les ait préalablement sollicitées est une problématique courante à laquelle de nombreux consommateurs sont confrontés. Selon l’article 6a du Code des obligations suisse (CO), un envoi non commandé n’est absolument pas considéré comme une offre valable pour conclure un contrat de vente. Ainsi, le simple fait de réceptionner ce type de paquet dans votre boîte aux lettres ou par l’intermédiaire d’un transporteur ne vous engage à rien d’un point de vue juridique. Le silence du destinataire ne vaut en aucun cas acceptation.

Concrètement, le législateur a souhaité protéger de manière efficace le citoyen contre les méthodes agressives de vente forcée. Ces pratiques commerciales abusives sont d’ailleurs souvent sanctionnées de manière plus large par le droit de la consommation et la loi contre la concurrence déloyale. Face à une telle situation, vous n’avez aucune obligation légale de payer la facture qui est jointe au paquet, ni de renvoyer le colis à l’expéditeur en assumant vous-même les frais de port. De plus, vous n’êtes même pas tenu de conserver la marchandise chez vous en attendant que l’entreprise vienne la chercher. Vous êtes parfaitement en droit de jeter l’objet à la poubelle, de le recycler, de le donner à une connaissance ou de l’utiliser vous-même sans que l’on puisse vous réclamer un quelconque dédommagement.

La limite de la règle : l’erreur évidente

Votre liberté de disposer du colis comme bon vous semble n’est toutefois pas absolue. La loi prévoit en effet une exception stricte lorsque la réception de l’objet est manifestement due à une erreur. Cette situation se produit généralement de deux manières : soit le colis vous est adressé mais son contenu ne correspond manifestement pas à votre profil ou à une erreur d’entrepôt, soit l’adresse sur le colis indique clairement le nom d’une autre personne (par exemple, un voisin ou une adresse similaire à la vôtre).

Dans un tel cas de figure, vous ne pouvez pas vous approprier la marchandise en toute légitimité. Votre seule obligation légale consiste à informer l’expéditeur de la méprise le plus rapidement possible. Une fois informé, ce dernier devra alors organiser le retour à ses propres frais. Il ne peut en aucun cas vous forcer à vous déplacer jusqu’à un bureau de poste pour lui renvoyer son colis. S’il souhaite récupérer son bien, c’est à lui d’assumer l’intégralité des démarches logistiques et financières, par exemple en envoyant un transporteur récupérer le colis à votre domicile.

Pratiques abusives et arnaques

Malgré la clarté de la législation suisse, de nombreuses sociétés malveillantes, souvent basées à l’étranger, exploitent la peur et la méconnaissance des consommateurs. Elles n’hésitent pas à envoyer des courriers de rappel avec des frais supplémentaires et à proférer des menaces de mise en poursuite. Une technique de plus en plus fréquente, directement importée des grandes places de marché internationales, consiste à expédier de manière massive des objets de faible valeur afin de générer de faux avis clients positifs en ligne (une pratique connue sous le nom d’arnaque au brossage ou Brushing Scam). Face à ces méthodes d’intimidation, il est essentiel de garder son calme. Tant qu’il s’agit bel et bien d’un article que vous n’avez formellement pas commandé de votre propre initiative, vous n’avez pas à céder au chantage financier ni à entamer de fastidieuses correspondances avec l’expéditeur.

Les exceptions et les pièges

L’erreur d’adressage ou de destinataire : si le colis mentionne clairement le nom d’un voisin ou une autre adresse que la vôtre, la réception résulte d’une erreur du facteur. Dans ce cas, la loi vous oblige à avertir l’expéditeur ou à remettre le paquet à son véritable destinataire.

L’erreur évidente d’expédition : si vous avez commandé une clé USB à 15 francs sur une boutique en ligne et que l’on vous livre un smartphone à 1000 francs, l’erreur est indéniable. L’article 6a du Code des obligations vous impose alors d’informer le commerçant de son erreur afin qu’il puisse récupérer son appareil.

Un cas concret

Exemple vécu

Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse

Situation fréquente

Marie, domiciliée dans le canton de Vaud, reçoit une boîte de compléments alimentaires contenant un bulletin de versement de 80 francs. Elle n'a jamais commandé ce produit. L'entreprise espère forcer la vente par cette technique agressive et envoie un rappel la semaine suivante. Marie n'a pas à payer cette facture ni à renvoyer la marchandise à ses propres frais. Elle peut tout à fait jeter la boîte ou l'utiliser sans commettre la moindre infraction. Si le vendeur la menace, elle peut simplement ignorer ses lettres.

Les bases légales

  • Art. 6a COfedlex Envoi de choses non commandées

Valable dans quel canton ?

Droit fédéral

Cette réponse repose sur le droit fédéral : la règle est la même dans toute la Suisse, quel que soit votre canton.

  • Genève
  • Vaud
  • Valais
  • Fribourg
  • Neuchâtel
  • Jura
  • Berne
  • et tous les cantons suisses

Que faire concrètement

  1. Vérifier les coordonnées sur l'étiquette

    Regardez attentivement l'adresse et le nom figurant sur le colis. S'il s'agit d'une erreur du postier et que l'objet est destiné à un tiers (un voisin), signalez-le à la poste ou remettez l'objet à la bonne personne.

  2. Ignorer les factures de vente forcée

    Si le colis vous était bien destiné et qu'il s'agit d'une stratégie de vente agressive (livres, vitamines, lames de rasoir), ignorez simplement la facture et les éventuels rappels de paiement.

  3. Informer l'expéditeur en cas d'erreur manifeste

    Si une entreprise avec laquelle vous avez fait affaire vous livre par mégarde un produit de grande valeur que vous n'aviez pas demandé, contactez-la pour l'avertir. Exigez qu'elle prenne en charge l'entier des frais de retour.

  4. Faire opposition en cas de poursuite

    Si le commerçant abusif engage des poursuites pour recouvrer le montant du colis non commandé, contestez cet acte en faisant opposition dès la réception du commandement de payer.

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Questions fréquentes

Non. Le droit suisse ne vous impose même pas de le renvoyer. Si l'expéditeur souhaite récupérer son bien à la suite d'une erreur manifeste, c'est à lui d'assumer et d'organiser l'intégralité des frais de retour.

Oui. En Suisse, toute personne a le droit de lancer une poursuite sans prouver sa créance au préalable. Toutefois, cette démarche sera infondée. Il vous suffira de faire opposition totale au commandement de payer.

Oui. Dès lors qu'il ne s'agit pas d'une erreur manifeste de destinataire ou d'expédition, l'envoi non commandé peut être détruit, utilisé ou offert librement sans aucune conséquence juridique pour vous.

Si le nom indiqué sur le paquet n'est pas le vôtre, il s'agit d'une erreur évidente de distribution de la part de la poste ou du transporteur. Vous n'avez pas le droit de garder le contenu. Vous devez remettre le colis à votre voisin ou le rapporter à un office de poste.

Oui. Si l'envoi résulte d'une erreur manifeste de sa part et que vous l'en avez informé, le vendeur a le droit de récupérer sa marchandise. Il doit cependant organiser la reprise à ses frais et à votre convenance, par exemple en envoyant un coursier à votre domicile.

L’avis de l’équipe JuriUp

Equipe JuriUp

Juristes & avocats partenaires - droit suisse

La réception d’un envoi non sollicité crée souvent un sentiment de culpabilité ou d’insécurité. De nombreuses personnes finissent par payer la facture par crainte de problèmes juridiques ou renvoient le produit à leurs frais pour avoir l’esprit tranquille. C’est exactement sur cette vulnérabilité que misent les entreprises peu scrupuleuses. Ne cédez pas à cette pression : le Code des obligations suisse est extrêmement clair et vous protège intégralement.

Si vous êtes harcelé par une société de recouvrement pour une prétendue dette liée à un colis que vous n’avez pas commandé, rappelez-lui l’article 6a CO. Gardez à l’esprit que le vendeur devra prouver devant un juge que vous avez valablement conclu un contrat, ce qui lui sera impossible s’il s’agit d’une vente forcée.

Sources officielles

Informations vérifiées le 4 août 2026

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La règle exposée ici découle directement de la loi et s’applique dans toute la Suisse. Cette page fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : faites valider votre situation par un professionnel via JuriUp.

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