La situation
Contexte initial
Cédric P., employé de commerce, gère ses comptes par e-banking et par l’application de sa banque. Il n’a jamais eu de problème de sécurité jusque-là.
L'élément déclencheur
Un soir, Cédric P. reçoit un appel. Le numéro qui s’affiche semble être celui de sa banque. Son interlocuteur se présente comme conseiller du service de sécurité et évoque des opérations suspectes sur son compte. Il lui demande un code reçu par SMS, puis une validation dans son application, pour soi-disant bloquer les opérations. Quelques minutes plus tard, Cédric P. constate qu’un virement de CHF 8’400 a quitté son compte.
Les enjeux
Un virement de CHF 8'400 à récupérer. L'issue dépend du contrat, des conditions générales de la banque et du comportement du client.
Sentiment de honte, stress, crainte d'être tenu pour responsable de la perte.
Aucun délai légal ne limite la plainte pour ce type d'escroquerie. Agissez toutefois sans attendre : les virements encore en suspens ne peuvent être bloqués que très vite. Le délai de trois mois de l'art. 31 CP ne vaut que si l'infraction est poursuivie sur plainte, soit au préjudice des proches ou des familiers (art. 146 al. 3 et 147 al. 3 CP).
Analyse juridique
Bases légales applicables
- CP art. 146 – Escroquerie
- CP art. 147 – Utilisation frauduleuse d’un ordinateur
- CP art. 31 – Délai de plainte
- CPP art. 301 – Dénonciation
- CPP art. 304 – Dépôt de la plainte
- CO art. 398 – Responsabilité du mandataire
Droits du client
Vous pouvez déposer une plainte pénale auprès de la police, du ministère public ou de l’autorité pénale compétente en matière de contraventions, par écrit ou oralement. Dans ce dernier cas, elle est consignée au procès-verbal (art. 304 CPP). Chacun peut aussi dénoncer une infraction à une autorité de poursuite pénale (art. 301 CPP). Le dénonciateur qui n’est ni lésé ni partie plaignante n’a aucun autre droit en procédure : en tant que victime, vous avez donc intérêt à vous constituer partie plaignante.
Une escroquerie (art. 146 CP) est punie d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire. L’utilisation frauduleuse d’un ordinateur (art. 147 CP) est punie de la même manière. Le code pénal prévoit une peine plus lourde lorsque l’auteur fait métier de tels actes (art. 146 al. 2 et 147 al. 2 CP).
Obligations de la partie adverse
La banque répond de la bonne et fidèle exécution du mandat (art. 398 CO). Cet article pose le cadre général de la relation entre la banque et son client. Il ne dit rien du vishing et ne fonde ni un droit automatique au remboursement, ni son exclusion. Aucune règle légale de remboursement automatique n’a été trouvée : tout dépend du contrat, des conditions générales, du comportement du client et de la sécurité mise en place par la banque.
Délais légaux à respecter
- Plainte pour les infractions poursuivies sur plainte (proches ou familiers) : trois mois dès que l’ayant droit connaît l’auteur (art. 31 CP)
- Dans le cas général d’une escroquerie ou d’une utilisation frauduleuse d’un ordinateur, le texte ne limite pas la plainte à ce délai. Déposez sans attendre.
Stratégie déployée
Options envisagées
Trois pistes, cumulables :
- Bloquer et alerter la banque sans délai
- Déposer plainte pénale auprès de la police cantonale de votre lieu de domicile
- Contester le débit auprès de la banque, puis saisir l’Ombudsman des banques suisses en cas de refus
Blocage immédiat des accès, plainte pénale, puis demande de remboursement à la banque
Justification du choix
Une banque ne vous demande jamais vos codes ni vos mots de passe par téléphone : un tel appel est un signal d’arnaque. Le blocage rapide peut permettre d’agir sur les virements encore en suspens. La plainte constitue le point de départ de l’enquête et, en pratique, une banque peut demander un récépissé pour examiner le dossier.
Intervenants externes
Étapes de la procédure
- Raccrocher et ne communiquer aucun code, mot de passe ou numéro de carte.
- Appeler la banque au numéro officiel de blocage pour bloquer cartes et accès e-banking et tenter d’annuler les virements en suspens.
- Isoler l’appareil si un logiciel d’assistance à distance (par exemple AnyDesk ou TeamViewer) a été installé, et changer les mots de passe depuis un autre appareil.
- Réunir les pièces : journal d’appels (date, heure, numéro affiché), relevés bancaires avec les transactions contestées, captures d’écran des messages et des applications.
- Déposer plainte auprès de la police cantonale de votre lieu de domicile (art. 304 CPP) et demander le récépissé.
- Signaler le cas à l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS).
- Écrire à la banque pour contester l’opération, joindre la plainte, puis saisir l’Ombudsman des banques suisses si elle refuse de rembourser.
Résultat obtenu
Arrangement partiel
Dans le cas de Cédric P., la banque refuse d'abord tout remboursement en invoquant un manque de diligence. Après la plainte et une médiation, elle accepte de prendre en charge une partie du préjudice de CHF 8'400. Les résultats varient selon le contrat, les conditions générales, le comportement du client et la sécurité de la banque.
Durée totale : La durée dépend de l'enquête pénale et de la réponse de la banque
Enseignements clés
Aucun texte de loi trouvé ne prévoit de remboursement automatique en Suisse : la banque applique le droit des contrats et ses conditions générales. Les banques invoquent généralement la violation du devoir de diligence lorsque le client a donné ses codes ou validé lui-même l’opération, ce qui est une pratique de leur part et non une règle légale. La rapidité du blocage et une plainte déposée sans attendre améliorent vos chances. Les résultats varient selon les circonstances.
Comment éviter cette situation
Signaux d'alerte
- Appel d’un prétendu conseiller ou service de sécurité, avec un numéro officiel affiché (spoofing)
- Demande de code SMS, de validation 2FA, de mot de passe ou de numéro de carte
- Demande d’installer un logiciel d’assistance à distance
- Urgence ou pression pour agir tout de suite
Bonnes pratiques
- Raccrocher puis rappeler la banque au numéro officiel que vous avez vous-même retrouvé
- Conserver journal d’appels, relevés et captures d’écran
- Obtenir un récépissé de plainte
- Contester l’opération par écrit auprès de la banque
Erreurs courantes à éviter
- Communiquer un code par peur de perdre son argent
- Attendre avant d’appeler la banque
- Effacer les messages ou réinitialiser l’appareil avant d’avoir conservé les preuves
- Renoncer à toute démarche par honte
Points clés à retenir
- Bloquer les accès sans attendre en appelant la banque au numéro officiel
- Plainte auprès de la police, du ministère public ou de l’autorité compétente (art. 304 CPP)
- Escroquerie (art. 146 CP) ou utilisation frauduleuse d’un ordinateur (art. 147 CP) : jusqu’à cinq ans de privation de liberté
- Pas de remboursement automatique trouvé : tout dépend du contrat et des circonstances
Une situation similaire ? Faites analyser votre dossier.
Décrivez votre cas en 2 minutes. Un expert juridique suisse vous répond sous 48h ouvrées - 100% confidentiel.
Questions fréquentes
Raccrochez et appelez aussitôt la banque au numéro officiel de blocage pour bloquer vos cartes et accès e-banking et tenter d’annuler les virements en suspens. Changez ensuite vos mots de passe depuis un autre appareil.
Auprès de la police, du ministère public ou de l’autorité pénale compétente en matière de contraventions, par écrit ou oralement (art. 304 CPP). En pratique, rendez-vous à la police cantonale de votre lieu de domicile.
Le délai de trois mois (art. 31 CP) ne vaut que pour les infractions poursuivies sur plainte, ici celles commises au préjudice des proches ou des familiers (art. 146 al. 3 et 147 al. 3 CP). Déposez sans attendre dans tous les cas.
Aucune règle légale de remboursement automatique n’a été trouvée. La banque répond de la bonne et fidèle exécution du mandat (art. 398 CO), mais l’issue dépend du contrat, des conditions générales et du comportement du client. Un avocat peut évaluer votre dossier.
Vous pouvez saisir l’Ombudsman des banques suisses, qui propose une médiation. Un avocat peut aussi évaluer les chances d’une action contre la banque.
Ces faits peuvent relever de l’escroquerie (art. 146 CP) ou de l’utilisation frauduleuse d’un ordinateur (art. 147 CP). La qualification retenue revient à l’autorité pénale.
Sources et références
- https://juriup.ch/lois/cp/art-146/ ; https://juriup.ch/lois/cp/art-147/ ; https://juriup.ch/lois/cp/art-31/ ; https://juriup.ch/lois/cpp/art-301/ ; https://juriup.ch/lois/cpp/art-304/ ; https://juriup.ch/lois/co/art-398/