Poursuite variable selon les cas

Porter plainte pour coups et blessures en Suisse

Être victime de violence physique est une épreuve choquante qui nécessite une réaction rapide pour protéger vos droits. En Suisse, les coups et blessures relèvent d'infractions spécifiques, soumises à un délai strict de 3 mois dans les cas poursuivis sur plainte. Découvrez comment qualifier votre agression, rassembler les preuves médicales et engager une procédure pénale avec efficacité.

Vous n'êtes pas seul.e face à la violence

La violence physique n'est jamais justifiable et vous n'en êtes pas responsable. L'aide aux victimes (LAVI) vous offre un soutien confidentiel et gratuit pour vous accompagner dans la reconstruction de votre quotidien, que vous décidiez de porter plainte ou non.

  • Mettez-vous immédiatement en sécurité et appelez la police au 117.
  • Rendez-vous aux urgences ou chez un médecin pour établir un constat médical complet.
  • Contactez un centre LAVI de votre région pour un accompagnement psychosocial et juridique.
  • Si vous craignez de nouvelles violences, demandez à la police des mesures d'éloignement préventives.
Police (urgences)117Ambulance (urgences médicales)144Aide aux victimes d'infractions (LAVI)aide-aux-victimes.chLa Main Tendue (écoute 24h/24)143

Ces échanges sont gratuits et confidentiels. Prendre soin de vous passe avant toute démarche.

En résumé

En droit suisse, la notion de « coups et blessures » correspond aux lésions corporelles et aux voies de fait. Si les blessures sont simples ou sans séquelles, vous devez déposer plainte dans un délai de 3 mois (poursuite sur plainte). Si les lésions sont graves ou commises avec une arme, la poursuite se fait d'office sans délai formel de plainte. La démarche peut être effectuée gratuitement dans n'importe quel poste de police ou auprès du Ministère public.

§Art. 122 CPLésions corporelles graves§Art. 123 CPLésions corporelles simples§Art. 126 CPVoies de fait§Art. 31 CPDélai de plainte§Art. 33 CPRetrait de plainte

01Comprendre l'infraction

En Suisse, le Code pénal (CP) n'utilise pas l'expression française de « coups et blessures ». Les atteintes à l'intégrité physique sont qualifiées selon leur gravité en droit pénal :

  • Les voies de fait (art. 126 CP) : actes violents qui ne causent ni lésion ni douleur durable (par exemple, une gifle, une forte bousculade, un jet de liquide). Elles sont poursuivies sur plainte, sauf si elles sont commises sur un conjoint, un partenaire enregistré ou un enfant.
  • Les lésions corporelles simples (art. 123 CP) : atteintes qui causent un dommage physique ou à la santé (par exemple, des ecchymoses importantes, une fracture mineure, une coupure nécessitant des points de suture). Poursuivies sur plainte, mais l'État agit d'office en cas d'utilisation d'une arme, de poison, ou dans un contexte de violences conjugales.
  • Les lésions corporelles graves (art. 122 CP) : atteintes mettant la vie en danger, mutilations, ou causant une incapacité permanente de travail. Elles sont systématiquement poursuivies d'office en raison de leur sévérité.
Voies de faitart. 126 CP

Violence sans blessure ou lésion durable (ex: gifle, tirage de cheveux)

Lésions corporelles simplesart. 123 CP

Blessure guérissable (ex: hématome marqué, fracture simple)

Lésions corporelles gravesart. 122 CP

Blessure irréversible ou danger de mort (ex: mutilation, coma)

Agressionart. 134 CP

Attaque collective où l'auteur précis du coup n'est pas identifié

Ce qui doit être réuni

  • Une atteinte physique ou psychologique avérée (le dommage corporel)
  • L'intention de l'auteur de causer cette atteinte (ou le fait d'accepter le risque)
  • Un lien de causalité direct entre le comportement de l'auteur et la blessure

Exemples concrets

  • Vous recevez une gifle lors d'une altercation dans la rue (voies de fait).
  • Un individu vous frappe au visage, causant une fracture du nez (lésions simples).
  • Vous êtes agressé avec une arme blanche, ce qui vous cause une invalidité (lésions graves).
  • Un ancien partenaire vous bouscule violemment contre un mur (voies de fait poursuivies d'office).

02La procédure, pas à pas

  1. 1

    Se mettre en sécurité

    Appelez immédiatement le 117 si le danger est imminent et trouvez un lieu sûr.

  2. 2

    Faire constater les blessures

    Rendez-vous aux urgences ou chez un médecin pour établir un certificat médical, même pour des traces légères.

  3. 3

    Conserver les preuves

    Photographiez vos blessures, ne lavez pas vos vêtements abîmés et relevez les coordonnées des témoins.

  4. 4

    Déposer la plainte pénale

    Rendez-vous au poste de police pour formaliser votre démarche et dénoncer l'auteur.

  5. 5

    Se constituer partie plaignante

    Déclarez votre volonté de participer à la procédure pour faire valoir vos droits et demander une indemnisation.

03Le délai à respecter

Si les faits relèvent des voies de fait ou des lésions corporelles simples sans circonstance aggravante, vous disposez d'un délai strict de 3 mois à compter du jour où vous connaissez l'identité de l'auteur pour agir (art. 31 CP). Passé ce délai, la plainte sera classée. En revanche, pour les lésions graves ou l'utilisation d'une arme, l'infraction est poursuivie d'office : aucune limite de 3 mois ne s'applique et une dénonciation reste possible jusqu'à l'échéance de la prescription pénale.

À faire

  • Certificat médical détaillé constatant la nature et l'étendue des blessures
  • Photographies des ecchymoses et plaies prises à différents stades d'évolution
  • Témoignages de personnes présentes lors de l'altercation
  • Enregistrements de vidéosurveillance si l'agression a eu lieu dans un lieu public
  • Échanges écrits ou messages vocaux de l'auteur reconnaissant sa violence

À éviter

  • Minimiser les faits et ne pas consulter de médecin le jour même de l'agression.
  • Laisser passer le délai strict de 3 mois pour déposer plainte en cas de lésions simples.
  • Nettoyer ou jeter les vêtements portés lors de l'attaque avant de les avoir remis à la police.
  • Répondre à la violence par des coups, ce qui vous exposerait à une procédure pour rixe ou lésions réciproques.

04Où déposer, selon votre canton

  • Dans le canton de GenèveLes HUG disposent de l'UIMDV pour établir un constat médical gratuit, même avant de décider de porter plainte.
  • Dans le canton de VaudLe Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) propose des consultations spécialisées pour les victimes de violences.
  • Dans le canton de FribourgL'Hôpital cantonal collabore avec les forces de l'ordre pour les constats de lésions lors des passages aux urgences.
  • Dans le canton du ValaisLes services d'urgence des hôpitaux régionaux établissent les certificats médicaux indispensables à la procédure.

05Qui peut porter plainte, et le retrait

Qui a le droit de porter plainte

Seule la personne directement lésée par les coups et blessures détient le droit de déposer plainte pénale. Si la victime est mineure ou placée sous curatelle de portée générale, son représentant légal peut agir en son nom. Si un mineur possède la capacité de discernement, il peut valablement porter plainte seul. Dans les cas poursuivis d'office (lésions graves, violences domestiques), toute personne au courant des faits, comme un voisin ou un médecin, peut dénoncer l'auteur à la police.

Peut-on retirer sa plainte ?

Oui, pour les atteintes poursuivies exclusivement sur plainte (voies de fait simples, lésions simples entre inconnus), vous pouvez retirer votre plainte en tout temps, tant que le jugement de deuxième instance n'a pas été rendu (art. 33 CP). Ce retrait est définitif. Attention, si les violences sont poursuivies d'office, le retrait de votre déclaration n'entraînera pas automatiquement l'arrêt de la procédure menée par le Ministère public.

06Après la plainte

Une fois votre plainte enregistrée, la police procède aux premières investigations, auditionne l'auteur présumé et transmet le dossier au Ministère public. Plusieurs suites sont possibles :

  • L'ouverture d'une instruction pénale si les faits nécessitent une enquête approfondie.
  • Le prononcé d'une ordonnance pénale si l'auteur avoue ou que les preuves médicales sont accablantes.
  • Une procédure de conciliation si les parties acceptent d'échanger pour trouver un accord.
  • Une ordonnance de classement s'il manque des preuves ou si la légitime défense est retenue.

En vous constituant partie plaignante, vous serez tenu informé des décisions et pourrez réclamer le remboursement de vos frais médicaux et une indemnisation pour le tort subi.

L'avis de JuriUp

L'erreur la plus fréquente que nous constatons est l'absence de certificat médical détaillé. Beaucoup de victimes nettoient leurs plaies et attendent que les marques s'estompent avant de consulter, pensant que les faits ne sont pas assez graves pour intéresser la justice. Or, le constat médical est la preuve centrale dans les affaires de coups et blessures.

Nous vous recommandons de vous rendre chez un médecin le jour même de l'incident. Prenez également contact avec un centre LAVI : leur aide est confidentielle, gratuite, et vous donnera accès à des ressources essentielles pour affronter la procédure pénale sereinement.

07Questions fréquentes

En droit suisse, une gifle est généralement qualifiée de voie de fait (art. 126 CP) si elle ne laisse pas de marque durable. Elle est punissable sur plainte, sauf si elle est donnée dans un contexte de violences domestiques où l'État intervient d'office.

Si le coup a causé une lésion simple sans l'usage d'une arme, le délai de plainte de 3 mois est échu et vous ne pouvez plus agir. S'il s'agit d'une lésion corporelle grave, la poursuite se fait d'office et la dénonciation reste recevable.

Si vous répondez par la violence au-delà de la stricte légitime défense, les autorités pourraient retenir la participation à une rixe ou des lésions corporelles réciproques. Votre riposte doit être proportionnée pour repousser une attaque imminente.

Oui, bien qu'elles soient plus complexes à prouver. Elles peuvent tomber sous le coup de la contrainte, des menaces ou, dans des cas extrêmes et médicalement documentés, de lésions corporelles si elles causent un grave dommage à votre santé psychique.

Le dépôt d'une plainte pénale auprès de la police est totalement gratuit. Les frais de procédure sont à la charge de l'État ou de l'auteur condamné. Si vous mandatez un avocat, ses honoraires pourront être couverts par l'assistance judiciaire ou la LAVI selon votre situation.

Oui. En vous constituant partie plaignante, vous pouvez joindre vos prétentions civiles à la cause pénale. Le juge pénal pourra ainsi condamner l'auteur à vous rembourser vos frais médicaux et vos dommages matériels.

Contenu vérifié par l'équipe juridique JuriUp

Contenu rédigé et vérifié par l'équipe juridique JuriUp sur la base du Code pénal suisse, du Code de procédure pénale (CPP) et des directives officielles de l'aide aux victimes (LAVI).

Le rôle de l'avocat

L'accompagnement par un juriste ou un avocat est un atout pour qualifier correctement les faits face aux autorités et faire défendre vos droits suite à une agression ou des lésions. La distinction juridique entre une voie de fait, une lésion simple et une lésion grave est parfois difficile à établir, mais elle conditionne le respect des délais de plainte et la sévérité des peines encourues.

Un professionnel du droit vous assiste lors des auditions de police, veille au respect de votre statut de victime et chiffre vos prétentions civiles (perte de gain, factures médicales, indemnité pour tort moral) afin de les intégrer directement dans la procédure pénale contre l'auteur.

Pour aller plus loin

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Cette page est fournie à titre d'information générale sur le droit suisse et ne constitue pas un conseil juridique ; elle ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation est particulière : pour agir, faites analyser la vôtre par un juriste ou un avocat. En cas d'urgence ou de danger, contactez la police (117).

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