Face à votre voisin · Bail & immobilier

Mon voisin a-t-il le droit de cueillir les fruits de mon arbre qui dépassent sur son terrain ?

Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 2 septembre 2026 Droit suisse

La réponse Oui Règle claire

Oui. Selon l'article 687 du Code civil suisse, votre voisin a le droit de récolter et de garder les fruits des branches de votre arbre qui dépassent sur son terrain. Ce principe légal, appelé le « droit de cueillette », s'applique tant que le voisin tolère la présence de ces branches.

  • Le voisin peut cueillir et garder les fruits des branches qui surplombent son terrain.
  • Ce droit de cueillette compense le fait de tolérer vos branches.
  • Si le voisin exige la coupe des branches, il perd alors son droit sur les fruits.
  • Les fruits tombés naturellement chez le voisin lui appartiennent également.

Ce que dit la loi

Ce que dit le droit suisse sur le droit de cueillette

Contrairement à l’intuition commune, les fruits d’un arbre n’appartiennent pas toujours au propriétaire du tronc. L’article 687 du Code civil suisse (CC) consacre de manière très claire le principe que l’on nomme le « droit de cueillette ». Concrètement, cela signifie que si vous laissez les branches de votre arbre fruitier avancer ou déborder sur la parcelle de votre voisin, ce dernier obtient de fait le droit de récolter et de conserver pour lui les fruits qui s’y trouvent. Ce droit s’applique de manière automatique, sans qu’un accord préalable ne doive être passé entre les deux propriétaires fonciers.

Cette règle juridique a été pensée par le législateur suisse comme une forme de compensation équitable. En effet, puisque votre voisin subit un empiétement aérien de votre part, de l’ombre supplémentaire, des feuilles mortes à ramasser et potentiellement une perte d’ensoleillement en tolérant la présence de vos branches au-dessus de son jardin ou de ses cultures, il est logiquement récompensé par la possibilité de garder la récolte. Ce droit compense les désagréments subis au quotidien. Il est important de préciser que ce droit s’applique aussi bien aux fruits qu’il cueille directement sur la branche surplombant sa propriété, qu’à ceux qui se détachent et tombent naturellement au sol sur son terrain. Dans les deux cas, le voisin devient le propriétaire exclusif de ces fruits.

Les limites de cette règle légale

Cependant, bien que le voisin puisse profiter allègrement des fruits qui dépassent, son droit n’est pas absolu et se limite strictement à l’espace situé de son côté de la limite de propriété (matérialisée par la clôture, la haie ou le mur de séparation). Il lui est formellement interdit de franchir cette ligne imaginaire ou physique pour cueillir des fruits sur la partie de l’arbre située chez vous. De même, il ne peut pas utiliser une perche ou un outil pour secouer le tronc ou les branches situées de votre côté afin de faire tomber plus de fruits chez lui. Un tel acte constituerait une violation manifeste du droit de propriété et pourrait même être qualifié de vol selon les circonstances.

De plus, il existe une autre limitation fondamentale. Si le voisin ne souhaite plus subir les désagréments causés par votre arbre et décide d’exercer son droit de couper les branches qui dépassent (après avoir respecté les conditions légales, notamment l’existence d’un préjudice et la fixation d’un délai), il renonce par la même occasion à la cueillette future. En résumé, le voisin a le choix : soit il tolère les branches et garde le bénéfice de récolter les fruits gratuitement, soit il exige la coupe des branches pour retrouver un espace dégagé, mais il perd alors définitivement l’accès à cette récolte.

Les exceptions et les pièges

Arbres non cultivés ou forêts : Le droit de cueillette ne s’applique pas aux forêts limitrophes. Si votre arbre fait partie d’une parcelle forestière attenante à la sienne, le régime est différent et soumis au libre accès aux forêts garanti par le Code civil.

Domaine public : Si les branches de votre arbre dépassent sur la voie publique (route, trottoir), le droit de cueillette ne s’applique pas aux passants. Les fruits vous appartiennent toujours, même s’il est d’usage que les communes tolèrent parfois le ramassage par les piétons.

Un cas concret

Exemple vécu

Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse

Situation fréquente

Julie possède un grand cerisier dans le canton de Vaud. De nombreuses branches, chargées de fruits, surplombent le jardin de son voisin Marc. Un après-midi, Julie s'aperçoit que Marc est en train de cueillir toutes les cerises situées de son côté de la clôture. Agacée, elle lui demande de lui restituer sa récolte. Selon le droit suisse, Marc n'a aucune obligation de lui rendre les fruits : puisqu'il tolère les branches de Julie au-dessus de sa parcelle, il bénéficie du droit légal de cueillette sur cette partie de l'arbre.

Les bases légales

  • Art. 687 CCfedlex Atteintes portées par des plantations

Valable dans quel canton ?

Droit fédéral

Cette réponse repose sur le droit fédéral : la règle est la même dans toute la Suisse, quel que soit votre canton.

  • Genève
  • Vaud
  • Valais
  • Fribourg
  • Neuchâtel
  • Jura
  • Berne
  • et tous les cantons suisses

Que faire concrètement

  1. Tailler l'arbre régulièrement

    Si vous tenez à conserver l'intégralité de votre récolte, la meilleure solution consiste à tailler vos arbres fruitiers de manière à ce qu'aucune branche ne franchisse la limite de votre propriété.

  2. Conclure un accord amiable

    Discutez avec votre voisin. Vous pouvez convenir oralement ou par écrit qu'il tolère vos branches à condition que vous partagiez la récolte ou que vous vous en chargiez vous-même pour éviter de salir son terrain.

  3. Ramasser les fruits tombés

    Si les fruits sont une source de conflit ou attirent des guêpes, proposez à votre voisin de venir nettoyer son terrain. L'entretien régulier désamorce la majorité des litiges de voisinage.

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Questions fréquentes

Non. Vous ne pouvez pas pénétrer sur la propriété de votre voisin sans son accord explicite. Si les fruits sont tombés ou pendent chez lui, ils lui appartiennent en vertu du droit de cueillette, et entrer de force constituerait une violation de domicile.

Ça dépend. S'il invoque son droit de cueillette, les fruits lui appartiennent et c'est à lui de nettoyer. En revanche, si la chute de fruits cause un préjudice important et inhabituel, il pourrait exiger que vous coupiez les branches ou preniez des mesures.

Non. Vous n'avez un droit d'ébranchage que si les branches vous causent un préjudice (ombre excessive, dégâts) et après avoir fixé un délai à votre voisin. Vous ne pouvez pas couper des branches dans le seul but de vous approprier une récolte plus facilement.

Non. Le droit de cueillette concerne uniquement les fruits portés par les branches qui dépassent. Si seules les racines s'étendent sur le terrain du voisin, ce dernier n'a aucun droit sur les fruits de votre arbre. Il peut en revanche couper les racines si elles causent un dommage à sa propriété.

Ça dépend. Si votre voisin cueille des fruits situés de votre côté de la limite de propriété, il commet une violation de votre droit de propriété. Vous pouvez exiger qu'il arrête immédiatement et qu'il vous restitue les fruits. S'il refuse et que la quantité est importante, vous pourriez envisager de déposer une plainte.

L’avis de l’équipe JuriUp

Equipe JuriUp

Juristes & avocats partenaires - droit suisse

Le « droit de cueillette » est une disposition typique du droit civil suisse visant à pacifier les relations de voisinage. Le législateur a estimé que celui qui subit l’ombre et la gêne des branches mérite de profiter de leurs fruits. Le malentendu le plus fréquent survient lorsque le propriétaire de l’arbre pénètre sans autorisation sur le fonds voisin pour récolter, pensant être dans son bon droit. Or, une fois la limite de propriété franchie, les fruits pendants changent de régime légal.

En pratique, nous recommandons de ne jamais laisser une situation s’envenimer pour quelques fruits. Si votre voisin exige soudainement l’élimination des branches après des années de tolérance, rappelez-lui que cette taille drastique le privera de sa récolte gratuite, ce qui suffit souvent à le faire changer d’avis.

Sources officielles

Informations vérifiées le 2 septembre 2026

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La règle exposée ici découle directement de la loi et s’applique dans toute la Suisse. Cette page fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : faites valider votre situation par un professionnel via JuriUp.

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